Le secteur financier marocain mis à contribution dans le développement durable

Une feuille de route a été signée, visant à aider le pays à atteindre ses objectifs de réduction de GES. Elle comprend 5 axes stratégiques et est déclinée pour tous les autres secteurs.

Le secteur financier se mobilise pour le climat. En effet, une feuille de route visant l’alignement du secteur financier marocain sur le développement durable a été signée par l’ensemble des acteurs financiers du pays (AMMC, ACAPS, CFC, GPBM, FMSAR, bourse de Casablanca et le ministère de l’économie et des finances), et s’inscrit dans le cadre des orientations financières de la charte nationale sur l’environnement et le développement. Elle arrive à point nommé surtout que le Maroc, dans son objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 32% à l’horizon 2030, a besoin de 10 milliards de dollars qu’il devra mobiliser par ses propres moyens.

Cette vision commune des acteurs de la place financière s’articule autour de 5 axes majeurs et chacun d’entre eux est décliné par secteur d’activité dont les banques, les assurances, le marché des capitaux et CFC. Ainsi, le premier axe consiste à étendre la gouvernance aux risques socio-environnementaux. «Ce qui implique la prise en compte des facteurs de durabilité dans les décisions de financement et d’investissement», explique Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib. En plus de l’identification du risque carbone dans le portefeuille d’actifs des établissements bancaires, les compagnies d’assurance tablent sur le placement de 6 milliards de DH d’actifs sous gestion dans des actifs verts, sur une période de 5 ans. Il faut dire qu’à côté, le défi du développement durable exige des moyens financiers à sa mesure. Pour cela, les intervenants doivent adapter leur palette de produits et de services en vue de répondre aux besoins de leurs clients en financement de technologies propres. Le secteur des assurances par exemple compte développer des produits d’épargne verts avec comme objectif 500 MDH/an.

En outre, le secteur financier est tenu de promouvoir l’inclusion financière en tant que vecteur de développement durable et de renforcer les capacités dans le domaine de la finance durable. Il s’agit, entre autres, d’engager les acteurs à mettre en œuvre les programmes de formation pour les sensibiliser aux enjeux du développement durable surtout qu’il a été constaté que la faiblesse des capacités des acteurs économiques et financiers représente souvent le premier obstacle à un développement économique et social durable et inclusif. Le dernier axe et non des moindres s’articule autour de la transparence et de la discipline du marché. Dans ce cadre, le secteur bancaire s’engage à publier un rapport spécifique sur les politiques de durabilité. Pour leur part, les émetteurs sont exigés d’élaborer une note relative à l’impact environnemental et social de leurs activités. Le Maroc n’a pas omis d’intégrer la dimension africaine dans sa feuille de route. «Le continent n’arrive à mobiliser que 3 milliards de dollars de financement, alors que ses besoins sont compris entre 5 et 10 milliards de dollars, si la communauté internationale souhaite atteindre l’objectif d’un réchauffement climatique de +2°C», se désole Nizar Baraka, président du comité scientifique de la COP22. Pour ne rien arranger, l’essentiel de ce financement, soit 15 à 16%, sont destinés à l’adaptation, alors que le reste est destiné à l’atténuation. Or, l’Afrique a besoin de financer davantage l’adaptation que l’atténuation.

Le Maroc s’engage aussi pour son continent

Ainsi, les engagements pris par le Maroc dans sa feuille de route pour faire émerger une finance durable consistent notamment à renforcer la coopération sur le plan régional et continental en matière de développement durable, que ce soit pour Bank Al-Maghrib ou le GPBM avec leurs homologues africains respectifs. De plus, M.Jouahri a annoncé qu’une première initiative sera lancée par l’AMMC en collaboration avec la Bourse de Casablanca, visant à fédérer les régulateurs et les bourses africaines autour d’engagements en faveur du développement des marchés de capitaux verts en Afrique. Enfin, le pays ambitionne de positionner la place financière de Casablanca en tant que hub pour la finance climat, à travers plusieurs démarches dont l’accompagnement de l’initiative AAA, le lancement de l’African Forum for Responsible Investment (AFRI) et la mise en place d’une proposition de valeur dédiée, dont le but est d’attirer les acteurs verts mondiaux pour s’installer à Casablanca et opérer dans la région.