COP 22 : De la négociation à l’action

Pas moins de 90 parties, représentant 65% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ont ratifié l’accord de Paris. 100 milliards de dollars seront réservés aux pays du Sud, premières victimes du réchauffement climatique. L’objectif final est de contenir le changement climatique en dessous de 2°C d’ici à 2100.

«Marrakech sera la COP de l’action», ne cessent d’affirmer les responsables et acteurs marocains. En effet, la COP22 sera d’une importance primordiale pour définir les engagements concrets des Etats dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est un rendez-vous de l’action certes, mais aussi de l’implémentation de l’accord de Paris. A ce jour, pas moins de 90 parties, représentant 65% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ont ratifié l’accord, sachant que pour pouvoir entrer en vigueur, il devait comporter au minimum 55 signatures, pour 55% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Parmi ces pays se trouvent la Chine et les Etats-Unis, qui émettant à eux deux 38% des gaz à effet de serre de la planète, et l’Union Européenne. Au delà des engagements pris par les pays signataires de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, cette COP sera marquée par la prise d’initiatives en faveur des pays en développement et des Etats insulaires, en plus d’un certain nombre de démarches pour la mise en place d’une plateforme pour les acteurs étatiques et non étatiques ainsi que des initiatives visant le financement et ses mécanismes. In fine, l’objectif est de crédibiliser un accord déjà signé et confirmer l’engagement de la communauté internationale à changer de cap, passant de la négociation à la mise en œuvre. Autrement dit, la conférence devrait établir une feuille de route pour la mise en œuvre du financement des projets climats et ses composantes essentiellement, à savoir la mobilisation des 100 milliards de dollars attendus d’ici 2020, à côté du renforcement des capacités et de l’implication de la société civile.

Le choix de Marrakech pour abriter cet événement d’envergure mondiale vient en fait couronner tous les efforts que le Maroc a déployés et déploie toujours en matière de lutte contre les dérèglements climatiques. Il faut dire que le pays est pionnier en matière d’environnement et de développement durable.  Il s’est engagé bien avant la COP 21 à limiter ses émissions de gaz à effet de serre de 13% d’ici 2030, par rapport à 2010. Et les stratégies mises en place dans cette perspective ne manquent pas. Elles concernent aussi bien une politique proactive du développement durable et de protection de l’environnement que le Plan Maroc Vert et l’initiative «Zéro plastique». Cette volonté s’est traduite également par la promotion et le développement des énergies renouvelables, à travers l’énergie solaire et la gestion des ressources en eau.

Dans la perspective des prochaines négociations internationales, le Maroc s’est engagé, au cours de cette COP22, à porter la voix des pays vulnérables face aux changements climatiques, en particulier celle des pays africains dont 65% de la population est déjà affectée par le changement climatique. Le Royaume vise ainsi à créer une coalition en faveur de l’initiative pour l’Adaptation de l’Agriculture africaine ou «Triple A Initiative». Lancée en avril 2016, la triple A émane d’un constat selon lequel l’agriculture et l’adaptation ne sont pas souvent prises en compte dans les négociations internationales dans l’allocation des fonds pour le climat, sachant que ce secteur est particulièrement vulnérable au changement climatique. Dans ce cadre, des défis majeurs sont à relever dont celui du financement. Il s’agira en fait de garantir les financements nécessaires aux projets, spécialement ceux liés à l’adaptation des agricultures aux changements climatiques; d’œuvrer à l’augmentation de la productivité agricole et d’augmenter le pouvoir de séquestration du carbone dans les sols africains. Cela devra s’accompagner inévitablement par l’amélioration de la fertilité des sols, la maîtrise durable de l’eau dans l’agriculture sur le continent et l’optimisation de la gestion des risques climatiques dans le secteur agricole.

COP21, prélude à une limitation des changements climatiques

Tous ces défis et ces objectifs fixés, et qui seraient traités lors de la COP22, ont trouvé leurs origines l’année dernière, à l’occasion de la tenue de la COP 21 qui a été tenue du 30 novembre au 12 décembre 2015, à Paris. Elle avait réuni les 195 pays signataires de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Tous signataires de cette convention, ils ont reconnu la nécessité de lutter contre le changement climatique. Cette conférence a permis d’aboutir à un accord, qualifié d’historique, engageant l’ensemble de ces pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit de contenir le réchauffement climatique causé par les activités humaines en dessous de 2°C d’ici à 2100 et, aussi, de poursuivre les efforts pour limiter ce réchauffement à 1,5°C. Cet objectif est d’autant plus important que les activités humaines seraient responsables d’une hausse de température de 0,85°C. En parallèle, les émissions de gaz à effet de serre, couvertes par le protocole de Kyoto, ont atteint près de 49 milliards de tonnes équivalent CO2, soit une augmentation de 80% entre 1970 et 2010. Cela est la conséquence directe du doublement de la consommation d’énergie dans le monde pendant cette période, sachant que la majorité de ces émissions est liée à la combustion d’énergies fossiles. En tout cas, pour respecter l’objectif fixé par la convention-cadre, les émissions cumulées de gaz à effet de serre devraient s’établir à moins de 2900 milliards de tonnes équivalent CO2, sachant que 1900 milliards de tonnes auraient déjà été émises en 2011. En plus clair, d’ici 2100, il faudrait limiter ces émissions à environ 1000 milliards de tonnes. Ce qui représente une baisse de 40% à 70% des émissions mondiales d’ici à 2050 par rapport au niveau de 2010 et partant, atteindre une économie quasiment neutre en carbone.

En plus de la ratification d’un accord engageant les 195 Etats qui étaient présents lors de la COP21, d’autres objectifs avaient été fixés comme l’annonce des contributions nationales. En effet, chaque pays était censé remettre ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, à l’horizon 2025 ou 2030 aux Nations Unies. De plus, les moyens de financement devaient être précisés et notamment le «Fonds vert pour le climat» destiné à aider les pays en voie de développement à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Autre objectif : la présentation d’engagements concrets d’actions, appelé «Agenda des solutions durables» mis en œuvre par des acteurs non gouvernementaux : entreprises, collectivités, ONG… Ainsi, un mécanisme de révision à la hausse tous les 5 ans des engagements nationaux des pays a été mis en place. Dans ce cadre, chaque pays devra effectuer un bilan de ses actions menées en 2023 et devra aussi revoir à la hausse ses engagements en 2025. Pour le volet financement, les pays développés se sont engagés sur une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars, réservée aux pays du Sud et ce, à partir de 2020. Ce budget, constituant un plancher, devra être révisé à la hausse à l’horizon 2025. Au-delà, les négociations climatiques ont intégré un concept de responsabilité partagée mais différenciée. En ce sens, les pays développés et industrialisés sont historiquement considérés plus responsables du niveau des émissions des gaz à effet de serre. Ainsi, les Etats-Unis et la Chine restent les deux principaux émetteurs dans le monde mais aussi les plus importants consommateurs dans le monde. Rien qu’en 2010, la Chine était responsable de l’émission de 22,7% des gaz à effet de serre, contre 15,6% pour les Etats-Unis et 10,9% pour l’Union Européenne.

D’un autre côté, la croissance économique des pays en voie de développement ne doit pas être entravée par les mesures prises pour lutter contre le changement climatique, surtout qu’ils reposent beaucoup sur les énergies fortement émettrices de gaz. La responsabilité des pays est certes engagée, mais sera partagée en fonction de leur degré de développement et de leur industrialisation. L’accord de Paris prévoit également la création d’un mécanisme de transparence, à travers la mise en place d’un comité d’experts qui aura pour objectif de vérifier les informations transmises par tous les Etats, qu’ils soient développés ou en développement, tout en notant leurs progrès en matière de réduction des émissions. Cette obligation de transparence consacrera la règle du «name and shame», qui devra conduire les Etats à respecter leurs engagements, compte tenu de la mise en jeu de leur crédibilité et leur respectabilité, en particulier vis-à-vis des opinions publiques.

Les émissions de gaz à effet de serre provenant des transports, aérien et maritime, constituent également un enjeu dans le futur. En fait, elles ne sont couvertes ni par la CCNUCC ni par le protocole de Kyoto, parce que difficilement attribuables à un Etat. Du coup, la réduction de ces émissions devrait s’effectuer sous l’égide de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et de l’Organisation maritime internationale (OMI). A côté, il est vrai que les émissions qui émanent du transport routier sont souvent dénoncées, mais restent inférieures à celles de la production d’électricité et de chaleur qui, elles, varient sensiblement en fonction de la composition du parc électrique de chaque pays.