Entretien avec Nacer Ibn Abdeljalil : Pour l’instant, je n’ai pas encore trouvé d’agent…
1 avril 2016
Lavieeco (26212 articles)
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Entretien avec Nacer Ibn Abdeljalil : Pour l’instant, je n’ai pas encore trouvé d’agent…

Après avoir convaincu des entreprises marocaines de l’accompagner, il espère maintenant attirer les firmes du Moyen-Orient. Son prochain pari, la traversée du pôle Sud.

Banquier d’affaires de formation, Nacer Ibn Abdeljalil rentre au Maroc en 2010 après une expérience de dix ans à l’étranger, et intègre la société d’investissement Mutandis. Au bout de trois ans, il laisse tout tomber pour se consacrer aux sports extrêmes. Son premier exploit sera de gravir l’Everest. Suivront le Mont Blanc, le McKinley en Alaska et l’Aconcagua en Amérique du Sud. Quand il n’essaie pas d’escalader les montagnes, il est conférencier, coach et bloggeur. Dans le monde associatif, il est vice-président de l’association Amani qui milite pour la scolarisation des enfants de familles défavorisées et ambassadeur d’Injaz-Al-Maghrib qui promeut l’entreprenariat dans les écoles publiques. Mais Nacer Ibn Abdeljalil sait aussi tirer profit de son image et de son expérience… pour vivre. Comment procède-t-il? Il se livre en toute transparence.

Vous êtes diplômé de l’Ecole supérieure de commerce de Paris et de l’Executive MBA de l’INSEAD. Après la banque d’affaires Morgan Stanley à Londres et à New York et Natixis en France, vous décidez de rentrer au Maroc. Pourquoi ?

Après près de dix ans d’expérience à l’étranger, j’ai voulu contribuer au développement de mon pays. J’ai rencontré Adil Douiri en 2010, à Casablanca. A l’époque, il venait de monter la société d’investissement Mutandis. J’ai donc décidé de travailler pour lui sans même parler salaire, d’autant plus que l’entreprise, étant 100% marocaine, m’intéressait. J’étais directeur des investissements puis directeur de l’export de toutes les filiales, notamment vers l’Afrique. Au bout de trois ans, j’ai décidé de démissionner pour gravir l’Everest. Adil Douiri a apprécié l’idée de l’exploit et proposé de continuer à verser mon salaire pendant les 6 mois qui ont suivi ma démission, période où je me suis entraîné au Maroc, en Ecosse et dans les Alpes. Le 19 mai 2013, j’ai gravi l’Everest. Une expérience inoubliable qui a coûté, entre l’assurance, le stage, le matériel et les entraînements, un million de dirhams.

Comment avez-vous financé cette ascension de l’Everest ?

C’est à travers une levée de fonds auprès de sponsors marocains que j’ai pu réunir le million de dirhams nécessaire. Mon expérience à la banque m’a beaucoup aidé sur ce volet. Il faut savoir que les entreprises reçoivent une centaine de projets de sponsoring chaque année. Pour se démarquer, le dossier présenté doit être sérieux, montrer la symbolique (Maroc) sans omettre de présenter un réel retour sur investissement. Les entreprises bénéficient donc d’une visibilité dans les réseaux sociaux et la presse. A chaque fois que je suis invité pour une interview, je cite mes sponsors, porte parfois leurs couleurs… Finalement, la décision ultime d’accorder ou non une sponsorisation revient au PDG. Le réseau s’avère, dans ce cas, capital. A ce titre, le premier à avoir cru en moi est Ramsès Arroub, PDG de Wafa Assurance à l’époque. C’est un grand sportif que je connais à travers mes entraînements. Il a financé 10% du projet. Pour sa part, Saad Benjelloun, PDG de Madurel, encore méconnu pour moi avant l’expédition, a été séduit par l’idée de mettre le Maroc en exergue lors de l’ascension. Il a donc décidé de financer 50% des dépenses liées au projet Everest. Enfin, Miriem Bensalah Chaqroun, administrateur DG des Eaux minérales d’Oulmès, m’a sponsorisé à travers sa marque Ain Atlas. Et ce, à concurrence de 40%.

Un exemple de la nature des contrats qui vous lient aux entreprises ?

Le contrat de la Jaguar XE, signé avec Smeia, le distributeur de la marque au Maroc, est un contrat d’exclusivité. Je n’ai pas le droit de signer avec une marque concurrente dans le même secteur, du moins pendant la durée du contrat, en l’occurrence, un an. En tout cas, les contrats de sponsoring sont généralement exclusifs. En retour, mon image sera exploitée dans les campagnes de communication de Jaguar XE dès la semaine prochaine. Une voiture m’est offerte pendant un an au minimum en plus d’un montant financier que je ne peux dévoiler.

N’est-il pas prenant d’être sur le terrain et de négocier directement avec les partenaires ?

Pour l’instant, je n’ai pas encore trouvé d’agent. C’est l’agence de communication Boomerang qui s’occupe des conférences de presse, de l’envoi des dossiers de sponsoring aux entreprises… sans compter le soutien de ma famille. Je gère également mon image à travers les réseaux sociaux. Le compteur affiche 103 000 fans sur Facebook et 3 000 sur Instagram. Je suis exigeant sur la qualité du contenu de ma page Facebook. Et pour cause, en termes de sponsoring, je me suis positionné sur des marques premium, d’autant plus que je cherche à m’exporter au Moyen-Orient.

Pourquoi le Moyen-Orient ?

Les entreprises de la région sont exigeantes sur la nationalité des fans qu’ils souhaitent plus saoudienne, émiratie ou égyptienne. Pour l’instant, je peux me targuer d’une prédominance des CSP+. D’ailleurs, je viens de signer un contrat avec Jaguar Dubaï. En termes de sponsoring, ces entreprises sont dans une logique de mise en valeur du sponsorisé tout en faisant preuve de générosité. A l’opposé, au Maroc, les entreprises considèrent encore le sponsoring comme du mécénat. Ainsi, pour trouver d’autres marques dans la région, en plus d’un contenu en français, j’ai choisi d’adapter mon contenu pour toucher cette population en m’exprimant en arabe et en anglais. Les résultats se font sentir. Après les Marocains et les Français, les Egyptiens sont la troisième nationalité prédominante de mes fans. J’ai également un blog que j’alimente en contenu francophone et anglophone.

Les cycles de conférences sont un autre créneau sur lequel vous vous positionnez. Quel est le type d’entreprise qui fait appel à vos services ?

Ma première conférence a été réalisée grâce à Ramsès Arroub après l’exploit de l’Everest. On a choisi comme thème les changements à mettre en place dans sa vie pour réaliser des performances dans la durée. On a lié les performances sportive et managériale sans omettre d’évoquer l’importance de l’esprit d’équipe, la communication… Depuis, le bouche à oreille a bien opéré. En trois ans, j’ai animé une centaine de conférences pour 50 entreprises, dont quelques-unes à l’étranger. Je peux en citer Nestlé et Danone à Dubai, sans oublier l’Afrique subsaharienne avec Attijarwafa bank. Ce sont des conférences destinées à motiver les troupes. J’ai également animé 70 conférences gratuitement dans les écoles publiques. Aujourd’hui, je développe également le coaching, le team-building et espère aussi devenir modérateur de conférences.

Et pour le futur, proche et lointain ?

Cette année, une traversée au pôle Sud est prévue. Le projet coûtant 1,5 MDH, je suis à la recherche de partenaires. J’écris également un livre sur l’exploit de l’humain adapté à un lectorat très large qui sera distribué au Maroc. Enfin, je prépare des expéditions avec des sportifs arabes.

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