Ribatis, la société derrière Casaurba.ma et Rokhas.ma

Ribatis a investi 12 millions de DH dans sa plateforme Karaz, pour conduire la transformation digitale des 36 arrondissements de Casablanca-Settat. Mission: digitalisation de l’octroi des autorisations d’urbanisation et économiques.

Le 5 avril 2019, Khalid Safir, directeur général des collectivités locales, avait annoncé la généralisation, sur tout le territoire national, du guichet automatique unique relatif à l’octroi des autorisations d’urbanisme.

Visant le zéro papier, cette initiative a été lancée par le ministère de l’intérieur, et impliquant plusieurs acteurs étatiques et locaux. Sur le plan technique, elle est portée par un opérateur privé : Ribatis, société 100% marocaine, dont les locaux sont à Casablanca. Nous avons rencontré Fayçal Benachou, son directeur exécutif et fondateur.

A la traque de l’impact

Fondée en 2007 par deux actionnaires, rejoints ensuite par un troisième, Ribatis « était spécialisée dans le consulting opérationnel dans le domaine des systèmes d’informations », nous raconte cet ingénieur de formation. « Il est vrai que le consulting est une activité juteuse, mais, à un moment, il fallait que notre travail ait de l’effet à une grande échelle, au lieu de rester prisonnier des présentations power-point », développe-t-il. 2012 donc, le changement d’itinéraire fut opéré par l’équipe dirigeante de Ribatis qui a jeté son dévolu sur l’édition des logiciels dans le domaine de la conception et l’implémentation des processus.

Alors qu’elle collaborait, essentiellement, avec les opérateurs télécoms, Ribatis, suite au changement de son business, a redéfini également le profil de ses prospects. Ses clients ce sont désormais les établissements publics. Le premier à lui avoir fait confiance fut la CNDP, fraîchement créée. « Nous avions mis en place le processus du référentiel pour la déclaration du traitement des données personnelles. C’est un projet que nous avions vendu à perte, mais le pari était de nous faire connaître auprès d’autres organismes publics ainsi que de roder notre plateforme, Karaz », a-t-il expliqué. 

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Karaz a nécessité un investissement de 12 millions de DH. “Ce sont des investissements, majoritairement, à caractère intellectuel : des interventions d’experts internationaux dans le Business Process Management, architecture des systèmes, programmation avancée, bases de données, etc.”, détaille ce lauréat de l’ENSIAS, promotion 2002. Et de préciser : “Karaz a été conçue pour répondre aux gros besoins, dont ceux des collectivités territoriales, un terrain vierge, qui n’inspire pas souvent  les opérateurs privés, pour des raisons de solvabilité et de compétences internes”.

L’équipe de Ribatis passe outre ces apriori. C’est ainsi que Casaurba.ma a été développée, dans le cadre d’un partenariat public-privé, en 2014 et, trois ans après, Rokhass.ma. 

La plateforme, une messagerie 

“Le challenge était de concevoir un processus où le demandeur puisse suivre le traitement de son dossier, en ligne, depuis son espace personnel qu’il crée lors de sa première connexion ”, explique Fayçal Benachou. Et de détailler : “Casaurba est une messagerie, où se passent toutes les interactions entre usagers de l’administration et les services chargés de traiter les autorisations.  L’utilisateur est notifié de l’état d’avancement de sa demande. C’est ce qui lui permet de suivre toute la procédure en ligne.” 

Cette plateforme est aussi un espace où les utilisateurs ont accès à tout l’historique des autorisations qu’ils ont demandées. Ils peuvent les télécharger et les présenter en cas de besoin. Les architectes en sont “les principaux utilisateurs”, nous précise-t-il. 

Selon le directeur exécutif de Ribatis, la plateforme a permis la transparence : “lorsque nous avons mis en place la plateforme, les citoyens demandaient de voir les fonctionnaires chez qui le dossier est arrivé, puisque les noms et les départements sont mentionnés. Aussi, à chaque fin d’étape et le début d’une autre, le compteur se déclenchait pour calculer le temps de traitement du dossier’, détaille-t-il. Un compteur que Ribatis a développé pour inciter les fonctionnaires à la performance. 

Sur la question de la performance de la plateforme, Fayçal Benachou explique : “on pense que lorsqu’on met en place une plateforme, tous les problèmes sont réglés. La réponse est non”. Car, selon lui, la performance dépend du niveau de formation des fonctionnaires et des moyens logistiques des communes. C’est ce qui explique que le délai de traitement varie d’une administration à une autre”. 

D’autres administrations dans le portefeuille

En parallèle des chantiers engagés avec les collectivités territoriales, Ribatis,  composée d’une équipe de 20 personnes, collabore également avec le ministère de l’équipement du transport et de la logistique. “Nous travaillons sur un projet de dématérialisation de l’équivalence des diplômes, s’appuyant sur le même processus que Casaurba”, nous dit-il. Aussi, le ministère de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville est l’un des clients pour la mise en place d’un géo-portail national.