Economie circulaire : le modèle OCP dans la gestion de l’eau

Le groupe OCP a investi depuis 2008 pas moins de 3,5 milliards de DH dans un programme dédié à la gestion de l’eau. L’objectif est d’assurer la satisfaction durable des besoins énergétiques et hydriques de plus en plus croissants du groupe. Plusieurs projets, comme la station d’épuration des eaux usées de Benguerir, sont déjà réalisés.

Quelque 3,5 milliards de DH. C’est la coquette somme investie par le groupe OCP depuis 2008 dans le «programme eau». Faisant partie d’un programme plus large dédié à l’économie circulaire (voire encadré), celui-ci vise à satisfaire durablement les besoins en ressources hydriques. Des besoins qui ne cessent de croître, passant de 63 millions de m3 en 2010 à 160 Mm3 dans les années à venir, soit l’équivalent de la consommation d’eau du Grand Casablanca. «Inhérente à l’activité du groupe, l’eau est un enjeu majeur pour le développement durable de l’OCP», explique la communication du groupe.

Dans le détail, le programme eau repose sur deux piliers : l’optimisation de l’utilisation de l’eau sur toute la chaîne de valeur (activités minières, transport, valorisation) et la mobilisation des ressources en eaux non conventionnelles comme les eaux usées domestiques épurées et les eaux de mer dessalées. L’idée est de viser à la fois l’excellence opérationnelle et environnementale via la préservation des ressources, la production durable, la consommation raisonnée et la création de valeur via la transformation et le recyclage. Activée en 2008 dans le sillage de son plan de développement industriel – doté de 21 milliards de dollars pour doubler sa production minière et tripler sa capacité de valorisation à l’horizon 2028-, le programme eau affiche des objectifs ambitieux.

A commencer par la satisfaction de 100% des besoins d’eau industrielle à partir des eaux non conventionnelles. En clair, le groupe veut abandonner le recours aux eaux souterraines. «Dès 2020», confie la communication du groupe, ajoutant qu’une grosse part du financement du programme eau est assurée par des bailleurs de fonds internationaux, à l’instar de l’AFD (France) et la KWF (Allemagne). A fin 2018, 30% des besoins sont couverts par les eaux non conventionnelles.

Autre objectif et non des moindres : recycler 80% des eaux utilisées dans les procédés d’enrichissement, en système continu, par lavage- flottation au niveau des unités de ses sites de production. La philosophie est de faire plus et mieux avec moins. Le tout en phase avec les objectifs de développement durable (ODD) et la lutte contre les changements climatiques.

La STEP de Benguerir, un cas d’école

Pour réaliser ses objectifs, l’OCP a déjà livré plusieurs projets. C’est le cas de la station d’épuration des eaux usées de Benguerir, opérationnelle depuis 2015 et nécessitant un investissement de 150 MDH. Destinée au traitement des eaux usées de la ville, celle-ci table sur une capacité de traitement de 112000 équivalent-habitant en 2020 et 165 000 équivalent-habitant en 2030. Son procédé d’épuration biologique consiste en l’élimination de la pollution carbonée via trois files de traitement : eau et boue, avec traitement, filtration, extraction et séchage, puis gaz, avec stockage et valorisation.

Les eaux épurées en sortie de la station sont utilisées dans les activités minières du groupe OCP dans la région. Une partie de ces eaux sert par ailleurs à l’arrosage des espaces verts de la Ville Verte Mohammed V. A la STEP de Benguerir s’ajoutent deux autres STEP à Khouribga et Youssoufia. Les trois STEP ont permis à ce jour de traiter et réutiliser 10 millions de m3. Mieux encore, le biogaz issu du processus de traitement des eaux usées permet de couvrir 30% des besoins en électricité des trois stations. «Une série d’études de faisabilité sont en cours en ce moment pour augmenter le volume des eaux recyclées via la construction de STEP nouvelles ou le remodelage de STEP existantes», révèle une source au groupe OCP.

Toujours dans le cadre du programme eau, le groupe dirigé par Terrab mène des activités R&D – touchant différentes technologies de traitement de l’eau – en misant sur des partenariats avec l’Université Polytechnique de Benguerir. Notons, enfin, que le pipeline (Slurry pipeline) liant Khouribga à Jorf Lasfar – pour l’acheminement du phosphate lavé sous forme de pulpe – permet aussi une économie d’eau conséquente. Pas moins de 3 millions de m3 d’eau sont économisés.

Zéro consommation d’eau conventionnelle, 100% d’électricité propre, réhabilitation des mines au profit des communautés, maîtrise des émissions et gestion des effluents, maximisation de la valorisation du phosphate à faible teneur, implémentation d’une agriculture «intelligente»… Ce sont là autant d’objectifs fixés par le programme économie circulaire du groupe OCP. Si aucune information ne filtre sur l’enveloppe totale du programme, il faut dire qu’il nécessitera plusieurs milliards de DH. Ce qui en fait le plus gros programme d’économie circulaire au Royaume.