Dessalement : 45 m3 d’eau douce sur 100 m3 d’eau marine

Le groupe OCP a investi 850 MDH dans cette unité. Il utilise 0,3% de la consommation nationale des eaux douces. 7500 mètres cubes par heure des eaux de mer arrivent dans une unité de pompage via un canal.

Ce lundi 1er avril, la presse, tant nationale que locale, a été conviée pour une visite au complexe industriel du Groupe OCP : Jorf Lasfar, «le plus grand en matière de transformation des phosphates au monde», selon les termes de Ahmed Marhou, directeur du site. Objet de la visite? Constater ce que réalise le groupe pour se passer complètement des eaux douces en 2028 – échéance de la stratégie de développement minier et industriel du groupe. Alors qu’il représente jusqu’à 0,3% de la consommation nationale, le groupe a mis en place un dispositif d’économie circulaire, qui a pour ambition de ramener la consommation en eaux conventionnelles à 0, et en ne comptant que sur le non-conventionnel. La construction d’une usine de dessalement des eaux marines, au sein du complexe, en est un des principaux axes d’intervention.

Ne plus consommer “l’eau des Marocains”

Autour d’une maquette du complexe industriel de l’OCP, Ahmed Marhou, le patron du site, a rappelé aux journalistes les grandes phases qui ont fait de ce complexe le premier producteur et exportateur intégré des engrais au monde. «En 1986, la production du site ne dépassait pas 1,5Mt d’acide phosphorique et 2 Mt d’engrais, avec deux ou trois variétés de produits. A ce jour, nous en sommes à une quarantaine, qui répondent aux besoins spécifiques des agriculteurs dans le monde», a-t-il indiqué. Cette évolution est le résultat de partenariats que l’OCP a scellés avec des opérateurs étrangers. «En 1997 avec les Allemands et les Belges. En 1999 avec les Anglais. En 2007 avec les Pakistanais et les Brésiliens, en 2008», a-t-il restitué.

C’est avec l’arrivée de Mostafa Terrab à la tête du groupe, en 2006, que les choses ont alors pris une autre dimension, à travers la stratégie de doublement des capacités minières et le triplement des unités chimiques. «A Jorf Lasfar, deux des anciennes usines ont connu des travaux d’extension», a précisé le directeur du complexe. Et, «quatre nouvelles ont été ajoutées, entre 2015 et 2018», a-t-il précisé. C’est ainsi que s’est bouclée la stratégie qui consiste à produire 12 tonnes d’engrais par an.

Mais pour doubler les capacités d’extraction et de production, il faut faire de même pour ce qui est moyens, notamment l’eau, matière incontestable dans la chaîne de valeur du groupe. Sauf que l’OCP a choisi de faire autrement, dans l’objectif de ne plus consommer “les eaux des Marocains”, dit-on du côté du groupe. Pour ce qui est du transport, l’OCP a construit un pipeline de 185 km, depuis Khouribga jusqu’à Jorf Lasfar, transportant 8 millions de tonnes de phosphates par an.

Avec son extension, il permettra de transporter 40 millions de tonnes. Ceci représente également 10 fois moins le coût de transport par train. «Lorsque le transport se faisait via les trains, nous étions obligés de sécher les phosphates pour les mouiller au complexe», explique le directeur du site. Grâce au pipeline, ce n’est plus le cas, puisque le phosphate se transporte avec son eau, de la source au lieu de transformation, sans avoir besoin dêtre séché. Cette solution permet d’économiser de l’eau, certes. Mais pas autant que le dessalement des eaux de l’Océan atlantique, où se situe le complexe.
Les eaux marines dessalées contribuent à hauteur de 50% de la consommation des eaux au complexe Jorf Lasfar.

Le dessalement est en effet le plus important contributeur aux besoins de consommation des eaux. Pour 850 MDH, le groupe a construit, au sein de la plateforme Jorf Lasfar, la plus grande usine de dessalement au Maroc, d’une capacité de 25 millions de m3 par an. Après le reste des phases d’extension, sa capacité sera de 75 millions de m3 à terme. Les installations en place, «que les photographes ne peuvent prendre en photo, au nom du secret professionnel», tournent grâce aux 50 personnes déployées pour assurer cette opération ultra technologique, constituée de plusieurs étapes.

Sept mille cinq cents mètres cubes des eaux de mer arrivent chaque heure dans une unité de pompage via un canal. S’ensuit un procédé de dégrillage pour éliminer les algues et les impuretés supérieures à 3 mm. C’est ainsi qu’intervient une phase de prétraitement se basant sur les principes de la coagulation, la floculation à air dissout et la flottation. Ceci permet d’éliminer les matières en suspension : les huiles et graisses ainsi que les matières colloïdales.

Dans une unité d’ultrafiltration, les ingénieurs s’attaquent à l’élimination des particules ultrafines. au niveau de l’unité d’osmose inverse. Afin d’ajuster les caractéristiques requises pour l’eau potable, les eaux coulent ainsi dans une unité de post-traitement assurant l’ajout de CO2 et de la chaux. Grâce à ce circuit, «sur chaque 100 mètres cubes d’eaux marines, l’OCP en récupère 45 d’eaux douces», nous a assuré Chaimaa Ben Skoura, responsable exploitation de la station de dessalement de Jorf Lasfar.