Ait Manos : 16 ans d’existence et un zellige qui s’exporte vers une vingtaine de pays

D’un seul atelier installé à  Fès en 1995, l’entreprise a évolué et fini par intégrer tous les processus de fabrication du Zellige. Son credo est de toujours innover tout en respectant scrupuleusement la tradition.

L ors de la cérémonie de remise des Morocco Awards 2011, trophées distinguant les meilleures marques marocaines, le jury a attribué le prix de la «Marque de Terroir» à Aït Manos. Ce prix, destiné à récompenser les marques des différentes régions du Maroc et les marques de l’Artisanat, consacre le travail de cette entreprise qui a su faire d’un savoir-faire ancestral une marque de fabrique marocaine exportée vers une vingtaine de pays (Etats-Unis, France, Allemagne, Italie, Australie, Émirats-Unis, Espagne, Russie, Autriche…).
Tout commence en 1995 quand Tawfik Bennani et Ghalia Sebti décident de se lancer dans l’entreprenariat en créant leur propre entreprise dans un métier pourtant purement artisanal. Aït Manos, qui signifie «la tribu qui façonne à la main», débute dans la fabrication de Zellige dans les pures traditions de l’art marocain. L’idée est née du constat de la présence d’une forte demande étrangère de mosaïque marocaine que n’arrivait pas à satisfaire l’offre classique. La démarche consistait à connecter les deux univers en adaptant les savoir-faire ancestraux aux exigences techniques, visuelles et esthétiques des marchés étrangers.
Le jeune couple monte alors son atelier et commence son activité en travaillant une céramique particulière dont il importe la pâte de l’étranger, la travaille à la main à la mode fassie et la réexporte. Très rapidement, le couple s’est aperçu qu’il y avait une grande demande sur le marché du carrelage qu’il pouvait aisément exploiter, vu que son atelier était déjà équipé pour. Dès le départ, Tawfik et Ghalia optent pour le four à gaz, délaissant les fours à bois pour leur impact négatif sur l’environnement, et apportent des améliorations à leurs procédés de fabrication. En effet, pour Aït Manos, artisanat et tradition ne riment pas avec immuabilité et l’innovation fait partie intégrante de leur vision d’entreprise. C’est en ce sens qu’en 1997, un brevet est déposé au nom de la société et fait référence au zellige préassemblé, prêt à poser en plaques de différentes dimensions. Le «Aït Manos Thinset Zillij» est un zellige traditionnel ancestral qui n’a rien d’industriel si ce n’est que la pose est faite en atelier au lieu d’être faite sur place.

Elle a obtenu sa première distinction en 1998 au Salon international du carrelage d’Orlando

Mai 1998 est une date importante dans l’histoire de l’entreprise qui expose au Salon international du carrelage «Coverings» d’Orlando en Floride. Le succès est immédiat et d’une telle ampleur que son stand ne désemplit pas et remporte même le prix du plus beau stand décerné par le célèbre joailler américain Tiffany.
Au lieu de revenir immédiatement au Maroc comme prévu, les deux compères se rendent à une réunion d’un prestigieux client, Walker & Zanger, à New York qui leur propose une commande impressionnante de 100 000 dollars à condition de vendre sous sa propre marque et d’avoir l’exclusivité. Face à une trentaine de personnes, le couple de jeunes entrepreneurs refusera l’offre. «On avait à peine commencé à installer la marque sur le marché et la réussite au salon nous a clairement montré qu’on était sur le bon chemin et qu’un bel avenir se profilait devant nous. Je ne leur ai accordé ni l’exclusivité ni la marque», se souvient Ghalia Sebti. Impressionné par la conviction de ses interlocuteurs, Jonathan Zanger signe quand même le contrat sous les conditions d’Aït Manos et deviendra un client régulier. A partir de cette période, les impératifs de qualité du marché américain pousseront l’entreprise à innover encore plus. Le plus gros challenge d’Aït Manos a été de mettre au point toutes les recettes des couleurs utilisées. Un travail de taille qui aboutira à la création d’une gamme de 34 coloris maison dont des finitions à la feuille ciselée (or, argent et cuivre).

Des réflexions sont engagées pour intégrer la pierre, le bois ou le marbre

Que ce soit sur le plan de la logistique qui doit être irréprochable, sur le plan des procédés de fabrication pour s’adapter au système de mesure non-métrique ou encore sur les techniques de couleurs, l’entreprise se surpasse et installe petit à petit son propre mode de gestion et sa politique de ressources humaines qui lui permettront la conquête des marchés européens. Car contrairement au chemin classique emprunté, qui veut que la France soit le pays d’export par essence des produits marocains, c’est le marché américain qui lui ouvrira les portes du marché européen, notamment français. La raison en est que pendant les années 90, l’artisanat du Maroc souffrait d’un déficit d’image en France suite à quelques mauvaises rencontres qui ont fait passer l’envie aux français d’acheter ce type de produits. Les réalisations de projets new-yorkais pousseront des clients français intéressés à prendre contact en 2000. Ensuite, les choses vont s’accélérer. Relayée par le bouche-à-oreille, la qualité du groupe se fit un nom dans plusieurs pays et les chantiers s’enchaînent même au Maroc où le groupe décide de travailler en organisant en 2003 une réception pour annoncer son activité nationale. Entre-temps, l’atelier de Fès est déménagé à Casablanca où un deuxième sera même installé pour atteindre une capacité totale de 5 fours.
Aït Manos, c’est également une équipe de 50 maâlems (maîtres artisans) sous la direction du créateur Tawfik Bennani, qui a en charge la production, la mise au point de nouveaux designs ainsi que la pose des zelliges sur les chantiers au Maroc et à l’international. Une équipe de 7 cadres, dessinateurs, infographistes travaille sous la direction de Ghalia Sebti, qui supervise la création, le marketing et la logistique.
Forte de son expérience et de quelques trophées gagnés en cours de route, Aït Manos qui devrait réaliser un chiffre d’affaires d’environ 8 MDH en 2011, dont près de 50% à l’export, est aujourd’hui une entreprise en pleine croissance sur le point d’engager un tournant marquant vers sa maturité. Une réflexion profonde est menée pour pouvoir intégrer d’autres produits artisanaux tels que la pierre, le bois ou le marbre, qui pourront faire de la marque un véritable représentant du savoir-faire marocain en la matière.