Energies renouvelables : gros appétit du saoudien Acwa Power pour le marché marocain

Avec les contrats des centrales solaires Noor Ouarzazate, Noor Laâyoune et Noor Boujdour, le Maroc devient la troisième destination des investissements du groupe Acwa Power. Le géant saoudien se positionne également comme fournisseur d’électricité aux unités industrielles à travers le parc éolien Khalladi près de Tanger.

Le verdissement du mix électrique marocain fait le bonheur des mastodontes internationaux. Dans le solaire, c’est le groupe saoudien Acwa Power et ses consortiums qui donne le la sur ce marché. «Au sein d’Acwa Power, le Maroc est aujourd’hui la plateforme avec la plus grande capacité installée en énergie renouvelable. En termes d’investissements, le Royaume vient en troisième position après l’Arabie Saoudite et les Émirats», confie Badis Derradji, DG de la filiale marocaine d’Acwa Power. Au total, cinq projets -dont deux déjà livrés – ont été pilotés par le groupe saoudien spécialisé dans les énergies renouvelables et le dessalement de l’eau de mer, qui a investi 35 milliards de DH depuis son implantation au Maroc.

Des contrats totalisant 800 MW

Avec une capacité globale de 800 MW en cours d’installation, il ne fait aucun doute que le groupe présent dans dix pays est le leader de l’énergie solaire au Maroc. En effet, les consortiums conduits par Acwa Power sont en train de développer l’ensemble des projets du complexe Noor Ouarzazate, à savoir les parcs thermo-solaires (CSP) NoorO I (160MW), NoorO II (200MW), NoorO III (150MW) et le parc photovoltaïque (PV) NoorO VI (72MW), ainsi que les centrales Noor Boujdour (85 MW) et Noor Laâyoune (20 MW), utilisant également le PV. Mis à part NoorO I qui est opérationnel depuis février 2016, tous les autres parcs sont en cours de réalisation, confie Badis Derradji. Ils seront livrés courant 2018 selon l’agenda fixé par MASEN, l’agence publique chargée du pilotage des énergies renouvelables.

Qu’en est-il du financement de ces projets ? «Il s’agit d’un modèle unique en financement de projets dans lequel Masen est notre bailleur de fonds et qui à son tour finance les projets en recourant à un panel d’institutions financières internationales», indique M. Derradji. En clair, le groupe saoudien s’appuie sur la finance climat et ses nombreux acteurs de plus en plus disposés à promouvoir les énergies renouvelables (fonds internationaux, la BEI, la BERD, la BAD et la banque allemande KWF, la BM).

Sur le plan des tarifs au kWh -fixés à l’avance conformément au modèle IPP (Independent Power Production)-, le top management d’Acwa Power se gargarise d’offrir une tarification compétitive. Ainsi, l’électricité injectée par Noor I dans le réseau coûte 1,61DH/kWh. S’agissant des autres parcs, les tarifs sont de 1,36DH/kWh pour NoorO II, de 1,42 DH/kWh pour NoorO III et 0,46 DH/kWh pour Noor PVI.

Pour ce qui est du taux d’intégration, il se situe entre 30% et 35%, mais tout porte à croire qu’il augmentera avec le lancement d’un écosystème dédié aux énergies renouvelables dans le sillage du plan d’accélération industriel (PAI).

Le portefeuille de projets sera élargi

En plus de ces projets destinés à approvisionner des clients publics, le groupe saoudien s’est également positionné comme fournisseur d’énergie pour les industriels. Profitant du nouveau cadre réglementaire du secteur des énergies renouvelables (loi 13-09) permettant aux opérateurs privés de produire de l’électricité, le groupe saoudien a déjà livré son premier projet.

Il s’agit du parc éolien Khalladi (120 MW) situé à 30 km de Tanger pour un investissement de 1,7 milliard de dollars. Objectif affiché : produire 380 GWh au profit de clients industriels connectés au réseau de haute tension.

Comme pour le complexe Noor, Akwa Power a encore une fois usé de la même recette. En effet, le projet Khalladi a été financé par une dette à long terme, principalement avec la contribution de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), en collaboration avec le Fonds pour les technologies propres (CTF) et BMCE Bank.

Interrogé sur les perspectives d’Acwa Power au Maroc, le DG Badis Derradji soutient que l’ambition du groupe est d’élargir davantage le portefeuille de projets. De plus, le groupe saoudien a dans le viseur le marché des usines de dessalement de l’eau de mer. En fait, le dessalement de l’eau de mer comme méthode non conventionnelle visant le développement de l’offre hydrique est -tout comme le développement des énergies renouvelables- un créneau en plein essor au Maroc. Ce sont pas moins de 10 unités opérationnelles comme nous l’avait confié la secrétaire d’État chargée de l’eau dans une interview accordée à La Vie éco (www.lavieeco.com) et autant de projets en cours de réalisation (à Dakhla et à Agadir). Cela va sans dire que le virage vert du Maroc est une aubaine pour Acwa Power.

Acwa Power est un développeur, investisseur et exploitant d’un parc de centrales électriques et d’unités de dessalement d’eau présent dans 10 pays à travers le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord ainsi que l’Afrique du Sud et l’Asie du Sud-Est.

Son parc, totalisant un investissement de plus de 30 milliards de dollars, représente une capacité de production d’électricité de plus de 22 GW et une capacité de dessalement d’eau de 2,5 millions de m3 par jour. Il approvisionne aussi bien les services publics que privés (clients industriels) sur la base de contrats long-terme, de partenariats public-privés, de concessions ou encore de gestions délégataires de services publics.

Le capital d’Acwa Power, dont le siège social est situé en Arabie Saoudite, est détenue par huit conglomérats saoudiens, Sanabil Direct Investment Company (détenue par le Fonds d’investissement public de l’Arabie saoudite), l’Agence Saoudienne des pensions publiques et la Société Financière Internationale (SFI – membre du Groupe Banque mondiale). Au Maroc, le groupe emploie à ce jour 200 personnes.