Power To X : quel intérêt pour le Maroc ?

Les coûts de revient de production des énergies renouvelables au Maroc sont très très concurrentiels. La stratégie nationale bénéficiera des taux d’expansion historiques très élevés des ER. Il peut exploiter les infrastructures existantes comme le Gazoduc Maghreb-Europe pour transporter sa production.

Avec 30 centimes de dirham le Kwt pour l’éolien, un record mondial, et 43 centimes le Kwh pour le photovoltaïque, les coûts de revient de la production d’énergie renouvelable au Maroc sont très compétitifs. Or, ce n’est pas le seul élément sur lequel s’est basé l’Institut de recherche en énergie solaire et énergies nouvelles (Iresen), créé en 2011 par le ministère de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement, et plusieurs acteurs clés du secteur énergétique au Maroc, pour faire son annonce. En effet, le résultat le plus proéminent des deux études réalisées par le réseau de recherche allemand Fraunhofer est que le Maroc pourrait capter, à l’horizon 2030, jusqu’à 4% de la demande mondiale en matière de Power to X (P2X), une technologie se basant sur la production d’énergie renouvelable (voir encadré).

Comme pour la crédibiliser davantage, cette annonce a été appuyée par une décision ministérielle de constituer une commission mixte en charge de mettre en place une feuille de route en la matière (2030). En tout cas, les détails des études en question, dont nous possédons une synthèse, méritent d’être mis en exergue, tant cette technologie constituera un débouché supplémentaire pour les énergies renouvelables au Maroc.

Une question de demande

D’emblée, exporter de l’énergie Power to X, comme le précise ci-contre Badr Ikken, directeur général de l’Iresen, signifie qu’on est déjà capable de répondre à la demande interne. Selon une étude réalisée l’année dernière par le World Energy Council Germany, «la demande P2X sera possiblement plus élevée que prévu». La demande en électricité, quant à elle, connaît une hausse annuelle d’environ 7% depuis plusieurs décennies.

Actuellement, «le potentiel des ER au Maroc peut non seulement couvrir la demande intérieure d’électricité mais aussi du Power to X». Il s’agit là d’une des principales conclusions de l’une des deux études, intitulée «Etude sur les opportunités et les priorités du Power to X au Maroc». Tenant en compte l’objectif du Maroc en termes d’ER, à savoir atteindre 52% du mix énergétique en 2030, «un objectif ambitieux mais compatible avec les taux d’expansion historique d’ER», l’exportation du P2X s’avère même une solution au manque actuel de rentabilité de l’exportation de l’électricité classique. En effet, «étant donné la forte baisse des coûts des ER par rapport au transport de l’électricité, l’exportation directe de cette dernière est moins attrayante qu’autrefois», dit l’étude.

En tout cas, au-delà «des infrastructures existantes que le Maroc peut exploiter», à savoir le Gazoduc Maghreb-Europe ainsi que «l’infrastructure portuaire, capable de jouer le rôle de plateforme d’exportation du fuel liquide», les relations économiques avec l’Union Européenne ne cessent de se renforcer. En Europe, l’Allemagne, partenaire privilégié du Royaume en ER, «compte remplacer ses besoins en énergies fossiles (charbon) et nucléaire en important de l’énergie propre, conformément à ses engagements environnementaux. Ce constat, que ce pays partage avec d’autres pays industriels, est une opportunité indéniable pour les pays capables de produire des énergies propres», souligne M. Badr Ikken.

L’ammoniac, illustration de l’opportunité économique du P2X

Avec l’hydrogène, l’ammoniac synthétique représente une opportunité économique prometteuse pour le Maroc. D’emblée, le Royaume est fortement dépendant à l’égard de l’ammoniac importé en tant qu’intrants des engrais à base de phosphore, en provenance d’Ukraine, de Trinidad & Tobago et des USA. «Remplacer donc ces importations par l’ammoniac vert peut renforcer la fabrication locale d’engrais». En termes de capacité, «environ 3 GW seront nécessaires pour produire 1 Mt d’ammoniac vert, ce qui correspond aux importations actuelles du Maroc». Cerise sur le gâteau, l’exportation de l’ammoniac propre peut réduire jusqu’à 95% des GES, en remplacement des procédés classiques, consommateurs d’ammoniac dans ces pays. Un élément qui le rend bénéfique à la fois pour le pays exportateur et pour le pays importateur.

Selon la définition de l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), le concept «Power to X» ou «P2X» est «la transformation de l’électricité en un autre vecteur énergétique». Ce vecteur peut être de la chaleur (Power to Heat), utilisé notamment pour alimenter des réseaux particuliers d’électricité. Le «Power to X» peut également être un gaz de synthèse (Power to Gas) comme l’hydrogène, utilisé généralement pour des usages de mobilité. Le méthane, souvent injecté dans les réseaux gaziers pour des besoins industriels, de chauffage ou de mobilité est aussi une forme de «Power to G». Si dans certaines applications, le P2X entre en concurrence avec les procédés d’électrification directe, il est probablement sans alternative dans plusieurs cas comme la chaleur industrielle et certains produits chimiques.

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