« Le Maroc pourrait exporter les énergies propres »

Entretien

Les débouchés de la production des énergies propres sont garantis. L’étape suivante consiste à s’équiper d’électrolyseurs. La plateforme de recherche que mettra en place l’Iresen permettra d’optimiser les installations Power to X.

Le mix énergétique à base d’énergies solaire et éolienne est déjà mature. Le sont aussi les technologies comme les électrolyseurs, nécessaires pour produire l’hydrogène et l’ammoniac. Par-dessus tout, le Maroc peut utiliser la logistique existante pour acheminer sa production en Europe. Badr Ikken, directeur général de l’Iresen ( Institut de recherche en énergie solaire et énergies nouvelles), explique pourquoi le Maroc est capable non seulement de subvenir aux besoins locaux en matière d’énergies propres, mais aussi de les exporter.

Quel intérêt revêt le Power to X pour le Maroc ?
Sur la base des études réalisées par trois centres de recherche Fraunhofer, un des plus grands réseaux de recherche appliquée en Europe, le Maroc est capable non seulement de produire l’hydrogène et l’ammoniac, mais aussi de garantir des débouchés à ces deux énergies propres. Plusieurs éléments ont été pris en considération. Prenons l’exemple de l’ammoniac. Sa production nécessite, en amont, un mix énergétique renouvelable que le Maroc possède déjà. Aussi, selon une étude menée par le World Energy Council Germany, le Maroc est parmi les cinq pays (sur vingt) qui possèdent un fort potentiel en matière du Power to X. Il en ressort surtout que le Maroc peut exporter des molécules à forte valeur ajoutée.

Quels sont les éléments sur lesquels cette assertion est fondée ?
D’abord, nous sommes situés à proximité du marché de l’Union Européenne. Nous avons déjà le mix énergétique nécessaire pour constituer la première étape à la mise en place d’un système Power to X. Au Maroc, l’éolien et le solaire sont déjà matures avec, surtout, des prix très concurrentiels et une complémentarité remarquable entre ces deux énergies renouvelables. En ce qui concerne le mix énergétique renouvelable, la notion de facteur de charge (load factor) est très importante pour répondre à votre question.

Dans quel sens ?
Cela veut dire qu’il faut avoir un mix renouvelable qui vous permet de faire tourner votre installation Power to X le plus de temps possible pendant 24 heures. Le solaire permet de couvrir environ 30% du besoin. Si l’on y ajoute l’apport de l’éolien, on peut atteindre 50%. Ainsi, on peut même monter jusqu’à 70 ou 80% si on fait usage du stockage. L’autre finalité est d’atteindre la parité entre le coût de revient de la production de l’hydrogène ou l’ammoniac en utilisant les énergies fossiles et entre le coût de revient de la production des ces énergies en utilisant le photovoltaïque et l’éolien.

A-t-on atteint cette parité au Maroc ?
Pas encore. C’est ce que permettra d’atteindre la feuille de route 2030. En plus de l’éolien et du solaire, le Maroc peut acquérir d’autres solutions de stockage pour atteindre un facteur de charge très élevé. Nous pouvons dire qu’il en a les capacités, en se basant sur les infrastructures d’énergies renouvelables existantes.

Quelle est donc l’étape suivante ?
Pour produire l’hydrogène par exemple, il faut des électrolyseurs. Il s’agit d’une technologie mature, qui existe depuis plus de soixante ans et qui sont fabriqués par de grandes entreprises mondiales. Le plus intéressant, à ce propos, est que ces entreprises ont des feuilles de route qui indiquent l’agrandissement des capacités de ces électrolyseurs. A titre exemple, Siemens a une feuille de route qui montre exactement la capacité de ses électrolyseurs en 2022, en 2025 et en 2030, en ayant exactement une idée claire sur les coûts de production. C’est comme ça que fonctionnent de manière générale les activités de Recherche & Développement.

Avez-vous déjà pris en compte cette évolution ?
Bien évidemment. Nous avons prévu de mettre en place, en collaboration avec nos partenaires industriels et du centre de recherche Fraunhofer, une plateforme de recherche qui va nous permettre de travailler sur le facteur de charge. Le but est d’arriver au meilleur mix capable d’atteindre un facteur de charge à 100%. Nous travaillerons également sur comment optimiser les installations Power to X. Plus on dispose d’énergie constante, plus le rendement est élevé. En gros, il faut avoir des feuilles de route technologiques adaptées à chaque phase de production.

C’est tout ce qu’il faut mettre en place ?
Oui, il faut avoir un bon mix énergétique, ce que nous possédons déjà, la possibilité de renforcer ce mix avec d’autres hybridations, afin d’augmenter le facteur de charge et des industriels qui peuvent assurer les débouchés. Ce que le Maroc possède déjà. Si nous prenons le cas de l’hydrogène, il y a déjà des besoins exprimés de la part des industriels qui peuvent constituer une demande concrète.

Qu’en est-il de l’exportation ?
Sur le moyen terme, le Maroc sera capable d’exporter de l’énergie propre plus facilement que d’autres formes d’énergie. Je m’explique. Nous avons déjà été impliqués en tant que pays dans des projets qui visent à exporter de l’énergie verte en Europe, comme le projet Desertec. Les problèmes que nous avions rencontrés se résume comme suit. Il fallait passer par un réseau électrique, le consolider, assurer l’interconnexion et les bailleurs de fonds, convaincre les pays par où passera le réseau, etc. Avec cette filière de molécules à forte valeur ajoutée (hydrogène et ammoniac), nous pouvons utiliser des infrastructures existantes pour l’exportation. On peut même utiliser des pipelines de gaz qui existent déjà, ainsi que des bateaux. Exporter les énergies propres est donc un objectif réaliste pour le Maroc.

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