Efficacité énergétique : du financement structuré pour booster les investissements

Seulement 5% des entreprises financent elles-mêmes leurs investissements. 10% des investissements subventionnés par des fonds spécialisés comme le MorSEFF. BMCE Bank Of Africa, la Banque Populaire et la BMCI sont les trois banques partenaires.

Avec la montée de l’intérêt pour les questions d’efficacité énergétique et l’intégration graduelle de dispositifs d’alimentation en énergies renouvelables dans le mix électrique consommé par les opérateurs économiques, la question du financement des investissements qui y sont liés se pose aujourd’hui à plusieurs niveaux : pour les bénéficiaires directs (unités industrielles, entreprises, groupements urbains, etc.), pour les banques (regardantes sur les risques) et pour les fonds de soutien (dont les offres sont souvent méconnues des principaux intéressés). Et étant donné que la mise en place de tels dispositifs requiert la mobilisation de capitaux colossaux, le financement des investissements nécessaires est, pour plusieurs entreprises, une variable décisive à la prise de décision.

Le MorSEFF, l’un des fonds les plus actifs et les plus sollicités pour financer les projets d’énergie durable au Maroc, est doté d’une ligne de financement de 110 millions d’euros. Il est soutenu par l’Union Européenne dans le cadre de la Facilité d’Investissement pour le Voisinage (FIV) lancée en 2008 et la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), en collaboration avec la Banque Européenne d’Investissement (BEI), l’Agence Française de Développement (AFD) et la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW). Pour l’octroi des financements, le fonds travaille en collaboration avec le groupe BMCE Bank, la Banque Centrale Populaire et, depuis le début de l’année, avec la BMCI.

Doha Mounir, chargée de projets au sein du MorSEFF, fonds dédié au financement de projets d’efficacité énergétique, explique à La Vie éco: «Encourager la multiplication de ce type d’investissements passe impérativement par la mise à disposition de solutions de financement structuré au profit des installateurs et des entreprises privées. Cela permet à ces dernières de bénéficier d’un accompagnement professionnel assuré par des équipes d’ingénieurs spécialisés, qui vont les aider à déterminer leurs besoins en financement et travailler, avec leur concours, sur une configuration financière qui leur permettrait de s’engager dans ce processus de transformation énergétique».

Jusqu’à 50 MDH de financement

«Les projets éligibles au programme du MorSEFF sont ceux ayant trait à l’efficacité énergétique et aux énergies durables. Mais l’accord sur le financement n’est pas automatique. Les demandes, déposées par les installateurs ou par les bénéficiaires directs, sont dûment étudiées par nos équipes qui vérifient l’éligibilité des projets, valident l’estimation des investissements à engager et apprécient la régularité des financements demandés par rapport à la taille desdits projets», confie Doha Mounir. La chargée de projets explique également que la limite de financement que le MorSEFF s’impose est de 50 MDH. Une fois le projet jugé éligible, le dossier du demandeur est transféré à l’une des trois banques partenaires avec un accord préalable sur le financement à accorder.

Une subvention de 10% sur le montant financé est accordée par le fonds. «Cette subvention permet aux bénéficiaires de réduire l’impact des dépenses liées à l’achat d’équipements, à la modernisation des dispositifs présents, la rénovation, l’extension de la capacité de production,… Et à réaliser d’importantes économies d’énergie qui sont, par la suite, intégrées dans les cash-flows prévisionnels et pris en compte dans l’analyse des risques», poursuit Doha Mounir.
L’accompagnement proposé concerne aussi bien l’équipement pour les projets dont le besoin en financement est inférieur à 3 MDH (la liste des fournisseurs étant disponible sur la base de données des partenaires du fonds), que pour les projets plus importants, incluant un suivi sur la demande de prêt, l’évaluation technico-financière, le suivi de la mise en œuvre des installations, les visites sur site et la revue des offres.

Les bénéficiaires, les installateurs et les banques s’entendent sur le degré d’engagement de chacune des parties prenantes, en fonction du type de contrat qui lie le prestataire de services à l’industriel. Si ces derniers s’entendent sur un financement partagé des installations, avec un contrat de fourniture d’énergie, le financement s’adapte en conséquence, mais la subvention, toujours calculée sur le montant du prêt accordé, va exclusivement au bénéficiaire final.
De 2015 à ce jour, le MorSEFF a financé 141 projets pour un engagement total de 650 MDH. Le plus clair du portefeuille du fonds est constitué d’industriels à raison de 59 projets totalisant un financement de 417,90 MDH (64% du total accordé), suivis du secteur du bâtiment (21 projets pour 102, 699 MDH, ce qui équivaut à 16% du total), du secteur du transport (50 projets pour 86,09 MDH, soit 13% du total) et des énergies renouvelables (11 projets pour 43,561 MDH, soit 7% du total accordé).

Des problèmes de communication

Interrogé sur la pertinence de ce type de financement, Jean-Baptiste Trémouille, DG d’Aveo Energie, dont plusieurs clients ont bénéficié du fonds, indique que «seulement 5% des prospects optent pour l’installation clés en main des dispositifs d’efficacité énergétique, soit l’achat des installations et leur financement par fonds propres. L’écrasante majorité préfère faire financer leurs investissements par un tiers, et privilégie un financement structuré où des fonds, comme le MorSEFF, proposent des configurations qui leur sied. Ces industriels-là ont raison, puisqu’ils préfèrent réserver leurs ressources pour le développement de leurs moyens de production». Pour lui, «les banques deviennent, par le biais de ces fonds de soutien, des partenaires de ces investissements et des résultats qui en sont escomptés. Nous avons eu à structurer le financement de plusieurs projets avec le MorSEFF et ses banques partenaires». Et de poursuivre: «Je peux vous affirmer que les solutions proposées, en plus d’être adaptées au contexte national et aux exigences marocaines, sont très intéressantes. D’une part, parce qu’elles profitent directement aux bénéficiaires finaux, de l’autre, parce qu’elle encourage les industriels à s’engager dans ces investissements-là, tout en étant accompagnés par les installateurs, par les équipes d’ingénieurs du MorSEFF et par les experts financiers de la banque partenaire».

Un constat partagé par Marc Sauvaget, directeur général de DLM EnR, un autre installateur qui compte dans son tour de table le géant européen Valorem. Pour lui, «envisager des investissements dans l’efficacité énergétique devient une tâche moins ardue pour les industriels à partir du moment où la structuration du financement de ces investissements comprend des subventions octroyées par des fonds tels que le MorSEFF». Il précise : «Pour nous installateurs, proposer des investissements sur cette posture-là ne peut être que bénéfique pour la multiplication des projets en énergie durable et renouvelable, car les parties prenantes avancent sur ces projets avec sérénité, en mutualisant les expertises et en proposant aux bénéficiaires des solutions de financement qui collent à leurs attentes». Un problème, cependant : «La plupart des entreprises que nous approchons ou qui font appel à nos services ne sont pas du tout au courant de l’existence de tels fonds, ou même de la possibilité de structurer leurs besoins en financement et bénéficier d’une subvention. Nous faisons la promotion de ces solutions auprès d’eux», déplore Jean-Baptiste Trémouille.

Plusieurs options d’aide au financement ou à l’investissement sont mises à la disposition des PME et industriels marocaines. Parmi elles, l’aide octroyée par le Fonds français pour l’environnement pour le secteur du bâtiment, l’accompagnement octroyé par le fonds d’investissement Africa50, l’Agence marocaine pour le développement durable (MASEN), l’Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (Aderee). Il y a aussi les nombreuses actions menées notamment auprès des petits agriculteurs en partenariat avec le Crédit agricole, la Société d’investissements énergétiques (SIE), la Deutsche Investitions- und Entwicklungsgesellschaft (DEG) et la GIZ avec ses produits de co-financement.