Des additifs dans les aliments de bétail pour réduire les émissions de méthane

Le gaz méthane dégagé par les ruminants pollue 25 fois plus que le CO2. L’additif alimentaire réduit de 20% ces émissions et permet de produire en plus un litre de lait par vache. Des négociations sont en cours avec les producteurs d’aliments de bétail pour généraliser l’utilisation.

Avec un cheptel de 30,4 millions de bêtes, le Maroc n’échappe pas à la pollution atmosphérique causée par le méthane, un gaz sans bruit ni odeur qui se dégage de la flatulence des ruminants. Ayant un pouvoir de réchauffement 25 fois supérieur à celui du CO2, il est aussi responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Pour les réduire, des chercheurs de l’Institut agronomique vétérinaire de Rabat (IAV) et de l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès ont pu développer des additifs alimentaires incorporés à la ration alimentaire des bovins. Ils permettent de réduire significativement les émissions de méthane des bêtes. «On a pu développer des additifs alimentaires composés de substances naturelles issues des huiles végétales riches en acides gras saturés. Incorporés à la ration alimentaire des bovins, ces additifs permettent une réduction de 20 à 30% des émissions de méthane chez la vache laitière», étaye Abdelhai Guerouali, professeur chercheur au département des sciences biologiques et pharmaceutiques vétérinaires à l’IAV Hassan II.

Une vache laitière produit au maximum 600 l de méthane/jour avec le même effet sur l’environnement qu’une voiture qui a roulé 30 km/jour. Le problème ne fera que s’aggraver avec l’augmentation de la production de lait et de viande rouge (à l’horizon 2020, le Plan Maroc Vert espère atteindre une production de lait de 5 milliards/an et de viande rouge estimée à 560 000 t). En 2020, le cheptel laitier devrait passer de 1,2 million à 1,33 million de têtes. La pollution de méthane n’en sera que plus importante.

Des gains supplémentaires pour les éleveurs

Des expérimentations ont ainsi été menées sur des vaches laitières dans les régions de Fès et d’Azemmour. Elles ont permis de réduire les émissions de méthane de 20% et, en même temps, d’augmenter la production de lait. Le produit aurait même été accepté par les éleveurs. Et pour cause, l’ajout de 50 g de cet additif dans la portion journalière de la bête permet d’augmenter la production de lait d’un litre par jour (la vache produit 20 litres de lait/jour). «Le coût de ces additifs est de 1 dirham/vache/jour en plus des dépenses alimentaires journalières. A Fès, des négociations sont en cours avec un producteur d’aliments de bétail. La licence de production d’additifs sera, elle, confiée à un industriel», développe Abdelhai Guerouali. Avec un prix de vente de lait fixé en moyenne à 2,50 dirhams/litre et une portion journalière d’additifs au coût d’un dirham, l’agriculteur est gagnant. Les chercheurs font d’une pierre deux coups. La vache produit 20% de gaz méthane en moins et en conséquence pollue moins. Pour sa part, l’agriculteur gagne 1,50 DH grâce au solde de vente du litre de lait produit et de paiement d’un dirham pour la ration d’additif alimentaire. Au niveau de l’Etat, les chercheurs espèrent que le département de l’environnement pourra encourager la création de nouveaux laboratoires de recherche en vue de répandre l’utilisation de ce nouveau procédé.

Une fois généralisé à tout le cheptel national, les chercheurs espèrent une réduction des émissions de méthane de 2 à 2,5 mégatonnes/équivalent CO2 par an. A noter que le Maroc produit 100 mégatonnes/équivalent CO2/an et contribue à la pollution mondiale à hauteur de 0,2%. «La faiblesse de la contribution du Maroc n’est pas une raison pour ne pas se doter d’une réelle stratégie de lutte contre le changement climatique», résume le professeur chercheur. La COP 22 organisée novembre prochain à Marrakech a amorcé plusieurs chantiers qui rentrent dans le cadre de la préservation de l’environnement. Espérons que celui-ci retiendra aussi l’attention des autorités.

Pour produire 20 litres de lait/jour et plusieurs kilos de viande rouge, une vache dégage au maximum 600 l de méthane, à peu près 30 kg de fumier (déchet) et environ 20 l d’urine. Elle consomme également 15 kg d’aliments concentrés et 30 kg d’herbe. Et pour produire ces aliments, les agriculteurs consomment 40000 l d’eau. «Il faut savoir que 30% des céréales produites dans le monde sont destinés à l’élevage», déclare Abdelhai Guerouali. De plus, il soutient que le lait et la viande rouge ne sont pas neutres sur la santé. «Le lait est composé de matières grasses (acides gras saturés). Ceux-ci sont directement stockés en gras dans le corps humain et provoquent des maladies cardiovasculaires. Quant au calcium contenu dans le lait, il n’est absorbé qu’à hauteur de 30 à 40% alors que celui des végétaux est absorbé à hauteur de 90% dans le tube digestif», explique M.Guerouali. Et d’ajouter : «Dans les pays scandinaves où l’on consomme beaucoup de lait, il y a une prévalence d’ostéoporose. Last but not least, le lait est la voie d’élimination de tous les pesticides, herbicides et poisons contenus dans les aliments qu’ingurgite la vache d’autant plus que 50% des antibiotiques produits au Maroc sont destinés à l’élevage». Quant à la viande rouge, en général, elle est riche en cholestérol, sauf celle du dromadaire. «Les protéines consommées dans la viande rouge sont constamment dégradées et éliminées par le rein. Ce qui peut provoquer un risque d’insuffisance rénale si cette viande est consommée à fortes doses sans compter les risques de cancer. En plus de la pollution de l’air, une alimentation non saine risque d’engendrer des maladies chroniques», résume le professeur El Guerouali. Ce sont donc des aliments à consommer avec modération.