COP22 : l’action climatique en marche !

Les gouvernements se sont fixé l’année 2018 comme échéance pour finir le règlement d’opérationnalisation de l’Accord de Paris . Des mesures financières, d’assistance et d’appui ont été prises en faveur des pays en développement. L’environnement, l’énergie, l’eau, les océans, l’agriculture…, aucun secteur n’est laissé pour compte.

Après les nombreuses conférences et négociations qui ont eu lieu lors des 11 jours de la COP22, l’heure est au bilan. La communauté internationale peut se targuer d’avoir obtenu 15 ratifications supplémentaires des pays présents lors de la COP21, ce qui porte le nombre de pays ayant rejoint l’Accord de Paris à près de 130. Plusieurs actions et démarches ont été mises en place ; la plus remarquable reste la proclamation de Marrakech qui est, selon Salaheddine Mezouar, président de la COP22, «une réaffirmation de l’engagement de toute la communauté internationale pour ce combat contre le réchauffement climatique». Ainsi, de nombreux pays, dont le Canada, l’Allemagne, le Mexique et les États-Unis, ont annoncé leurs stratégies climatiques d’ici à 2050, conformément à l’objectif à long terme de l’Accord de Paris d’atteindre la neutralité climatique et un monde à faibles émissions dans la seconde moitié du siècle. De même, «Marrakech Global Partnership», résultant de la réunion de l’agenda de l’action, reste aussi une mesure de taille, réunissant aussi bien les acteurs étatiques que non étatiques. En a découlé «la mise en place d’un réseau de compétences : le NDC Partnership, présidé par le Maroc aux côtés de l’Allemagne avec l’objectif d’aider les pays à fixer leur NDCs (NDLR, contributions nationales déterminées)» explique Hakima El Haite, ministre déléguée chargée de l’environnement. Le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) a également été créé et a lancé une initiative de renforcement des capacités pour la transparence soutenue par 11 pays développés donateurs de 50 millions de dollars de financements. Plus de 30 projets de réduction des émissions avec des objectifs de transfert de technologie ont été approuvés par ce fonds.

La mobilisation des fonds n’est plus une problématique

L’accent est fortement mis sur la mobilisation des 100 milliards de dollars d’ici à 2020. Dans ce sens, la présidence marocaine a insisté sur la nécessité que l’année prochaine soit celle des projets de grande envergure, de la mobilisation des financements, et de l’accès aux services financiers nécessaires à l’adaptation. Ainsi, une initiative a été lancée en vue de proposer une approche à l’ensemble des pays et sera présentée en mai prochain aux assemblées de la Banque mondiale. D’ores et déjà, Nizar Baraka, président du comité scientifique de la COP22, a assuré que les engagements des Etats ont été portés à 67 milliards de dollars à l’horizon 2020. En outre, la part destinée à l’adaptation a été revue à la hausse pour atteindre 25% contre 12% initialement. Selon Mme El Haite, «le rapport qui a été réalisé par la Grande-Bretagne et l’Australie montre que les 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2020 devraient être dépassés. La question du financement n’est plus problématique, puisque plusieurs bailleurs de fonds se sont engagés sur des financements de projets en Afrique et dans les Etats insulaires». En tout cas, les pays ont fait preuve de détermination à propos du règlement de l’opérationnalisation de l’accord de Paris, et ont fixé la date anticipée de 2018 pour son achèvement. Ils ont déjà établi la base de ce travail en évaluant les actions de chacun visant à réduire les émissions, entre pairs, grâce à un processus transparent qui a déjà débuté en 2014.

Le financement climatique: des plans nationaux ont déjà vu le jour

Les gouvernements ont réalisé des progrès dans le domaine du financement climatique. En effet, les pays ont promis plus de 81 millions de dollars au Fonds pour l’adaptation, dépassant ainsi son objectif pour l’année. Ils se sont aussi engagés à verser plus de 23 millions de dollars au Centre et réseau des technologies climatiques (CTCN), qui soutient les pays en développement en matière de développement et transfert des technologies climatiques. A côté, le Fonds vert pour le climat (GCF) a approuvé deux propositions de formulation de plans nationaux d’adaptation, pour le Libéria à hauteur de 2,2 millions de dollars et pour le Népal à hauteur de 2,9 millions de dollars. Il est attendu que 20 autres propositions de pays soient bientôt approuvées, bénéficiant chacune d’un maximum de 3 millions de dollars. De plus, le fonds est sur la voie de l’approbation de 2,5 milliards de dollars pour des projets à destination de plusieurs pays.

Une autre action climatique accélérée s’est manifestée par la mise en œuvre par les pays du «Comité de Paris sur le renforcement des capacités». Il contribuera à renforcer les capacités en matière d’action climatique dans les pays en développement. Il faut savoir que les membres du comité ont été élus et les travaux seront entrepris en mai 2017.

D’autres annonces ont été faites par les villes, les gouvernements infranationaux, les investisseurs et les entreprises dans le cadre de l’action mondiale pour le climat menée par Laurence Tubiana, ambassadrice de France pour les négociations climatiques, et Hakima El Haïté. Elles ont lancé le «partenariat de Marrakech pour l’action mondiale en faveur du climat» afin de fournir une feuille de route solide sur la manière dont le processus de la CCNUCC catalysera et appuiera l’action climatique au cours de la période 2017-2020. Dans ce cadre, 19 autorités de marchés des capitaux africains, représentant 26 pays africains, ont signé et approuvé «l’Engagement de Marrakech pour l’encouragement des marchés de capitaux verts en Afrique». De son côté, la commission de l’Union Européenne a lancé le «Fonds européen pour le développement durable» afin d’encourager les investissements en Afrique et dans le voisinage de l’UE pour renforcer les partenariats et atteindre les objectifs de développement durable. Ce plan comprend un montant de 4,1 milliards d’euros destinés à des investissements régionaux publics et privés, qui pourrait être renforcé pour s’élever à 44 milliards d’euros d’ici à 2020 ; une assistance technique pour aider les collectivités locales et les entreprises à développer des projets bancables ; et une amélioration du domaine des affaires en général par le soutien de réformes de la gouvernance économique.

Par secteur, plusieurs actions ont été initiées :

Energie

Une initiative a été lancée par le secteur privé, nommée la «Renewable Energy Buyers Alliance» (REBA). Elle établit des liens entre la demande d’électricité des entreprises et l’approvisionnement en énergie renouvelable. Elle s’inscrit dans le cadre de 3 programmes mis en place. Le 1er concerne l’efficacité énergétique du Maroc, le 2e est relatif aux énergies renouvelables et est porté par la Guinée et le dernier concerne l’alliance solaire proposée par l’Inde.

Eau

Le Maroc a lancé l’initiative «De l’eau pour l’Afrique». Soutenue par la Banque mondiale, elle a pour vocation l’adoption d’un plan d’action spécifique qui mobilisera différents partenaires politiques, financiers et institutionnels internationaux. De même, les trois alliances pour les bassins, les mégalopoles et les entreprises, créées lors de la COP21 à Paris et représentant plus de 450 organisations, ont signé un engagement commun visant à mobiliser conjointement leurs partenaires, à identifier et diffuser les bonnes pratiques et à soutenir le développement de nouveaux projets.

Océans

En plus de l’initiative «Ceinture Bleue» lancée par le Maroc en vue de promouvoir une pêche et une aquaculture durables, une autre a été prônée conjointement par la FAO, la Banque mondiale et la BAD, baptisée «African Package for Climate-Resilient Ocean Economies». Il s’agit essentiellement de l’assistance technique et financière pour soutenir les économies vivant de l’océan en Afrique et renforcer la résilience au changement climatique des zones côtières. En outre, une feuille de route stratégique pour des mesures en faveur des océans et du climat de 2016 à 2021 a été mise en place par les partenaires de la COP, proposant une vision de l’action sur les océans et le climat au cours des cinq prochaines années pour six océans.

Agriculture

Au delà de l’initiative «Adaptation de l’Agriculture Africaine», ou triple A, lancée par le Maroc et qui regroupe 27 pays participants, l’événement a connu le lancement du «Cadre mondial sur la pénurie d’eau» dont le but est d’aider les pays à intégrer le changement climatique et l’utilisation durable de l’eau dans les politiques des secteurs agricoles et le dialogue intersectoriel. D’autant que 130 maires de villes du monde entier ont signé le «Pacte de Milan» sur les politiques alimentaires urbaines, qui appelle à des systèmes alimentaires durables qui favorisent l’accès à des aliments sains pour les citadins, la protection de la biodiversité et la réduction des déchets alimentaires.