Comment l’AMDIE creuse son sillon

L’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) a aménagé dans de nouveaux locaux à Rabat depuis le 15 janvier. L’opération de départs volontaires est toujours en cours, un nouvel organigramme a été mis en place. Une direction est dédiée à chacun des 20 secteurs phares de l’économie.

Ses statuts ont été publiés il y a une vingtaine de jours au Bulletin officiel. Cependant, l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), issue de la fusion de l’Agence marocaine de développement des investissements (AMDI), Maroc Export et l’Office des foires et expositions de Casablanca (OFEC), est opérationnelle depuis le 20 décembre 2017, jour durant lequel s’est tenu le premier conseil d’administration présidé par le chef du gouvernement Saâdeddine El Othmani. Le second est prévu courant février. Bref, cet organisme placé sous la responsabilité de Hicham Boudraa (qui officiait à l’AMDI depuis 2015) en qualité de directeur général par intérim, semble avoir bien pris ses marques.

Depuis le 15 janvier, une équipe d’une centaine de personnes a déménagé de Casablanca vers Rabat dans des locaux flambant neufs dans le très cossu quartier Mahaj Riad. Une partie de l’équipe de Maroc Export a été affectée à l’OFEC qui ne disposait pas des compétences idoines, notamment dans les volets commercial, marketing et communication. Cet office basé à Casablanca se cantonnait auparavant à une gestion opérationnelle, occultant la concrétisation de volume d’affaires et l’amélioration de la performance commerciale. Des prérogatives qui lui ont été ajoutées.

Les fédérations sont désormais les principaux interlocuteurs

Une nouvelle ère semble se profiler à l’AMDIE dont l’ancêtre AMDI créée en 2009 n’a pas eu un historique de tout repos. Celle-ci a subi une restructuration au bout de huit ans d’activité et vécu le passage de quatre directeurs généraux en moins de 10 ans. La jeune agence, quant à elle, devait d’abord capitaliser sur son capital humain et ses acquis avant de faire «sa petite révolution». Avec un budget qui dépasse les 260 MDH, sans compter le budget de restructuration, l’AMDIE a opté pour une organisation sectorielle. Selon le management, une vingtaine de directions s’occupent des secteurs phares, notamment le textile, l’automobile, l’aéronautique, les secteurs ferroviaire et naval inclus, l’agroalimentaire, les matériaux de construction, l’industrie pharmaceutique… La nouvelle organisation comprend également un incubateur dédié à faire croître les secteurs naissants jusqu’à devenir porteurs et créer de la valeur ajoutée.

Une direction qui se charge de l’intelligence économique et de l’open data est aussi opérationnelle. Elle se doit d’ailleurs de collaborer en mode transverse avec les autres administrations. L’objectif est de pouvoir présenter, à titre d’exemple, le prix du foncier en temps réel dans n’importe quelle région du Maroc et se doter d’un système digital très performant conformément au projet national. L’Agence de développement du digital soutiendra ces projets.

Autre nouveauté, la démarche de l’agence est désormais orientée client pour ce qui est des fédérations ayant signé des contrats programmes avec l’Etat et non plus vers les entreprises individuellement. Résultat: d’un commun accord avec les objectifs des différentes fédérations, le nombre de participations aux salons a été réduit d’au moins 40%, à une centaine par an. Pour atteindre ces objectifs, l’agence a signé au préalable une convention avec l’Association marocaine des exportateurs (Asmex), l’Association marocaine de l’industrie du textile et de l’habillement (Amith) et le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (Gimas) qui fixe les listes de services soumis à un paiement lors des missions effectuées à l’étranger. Le but est de responsabiliser les hommes d’affaires dans leurs déplacements en les incitant à contribuer à leurs frais de transport aérien et d’hébergement. L’AMDIE se charge des outils de promotion, de la préparation des stands dans les salons et de l’accompagnement.

Investissement et exportation ne sont plus dissociés

Outre les fédérations sectorielles, l’agence est au service des départements ministériels pour la recherche d’investisseurs, de nouveaux marchés, de joint-ventures et de partenaires privés….
Pour le moment, on se félicite de réalisation des objectifs inscrits dans la feuille de route du ministère de l’industrie, du commerce, de l’investissement et des nouvelles technologies avec le budget alloué. L’objectif premier demeure la réponse à sa nouvelle prérogative: l’accompagnement des investisseurs marocains à l’étranger. En d’autres termes, elle va les aider à trouver des opportunités d’investissements à l’étranger essentiellement en Afrique. «Le mode de fonctionnement de l’agence a changé. On ne peut plus dissocier exportation et investissement. Les deux missions sont réalisées de manière complémentaire», nous confie-t-on. Dans cette optique, l’agence veut accompagner l’investisseur sur d’autres volets opérationnels tel que le volume de fabrication. Elle peut maintenant diriger l’investisseur vers un industriel marocain qui réalise la même activité (augmentant ainsi la capacité locale), l’aider à trouver des donneurs d’ordre qui passent des commandes, voire chercher d’autres investisseurs pour atteindre le volume souhaité et par conséquent stimuler le tissu industriel. L’objectif est d’être l’interlocuteur unique de l’investisseur non seulement dans ses démarches administratives, mais aussi dans l’orientation de son activité et la recherche de nouvelles opportunités. Le management tient à préciser que la promotion des investissements ne dépend pas de la nationalité de l’investisseur – marocain ou étranger – mais de son projet d’investissement orienté vers l’innovation et les besoins de compléter la chaîne de valeur. A l’amont du textile, par exemple, investissement très capitalistique, boudé par les locaux, les IDE sont très convoités.

Enfin un IDE turc dans le textile au Maroc

Ces investissements permettraient à titre d’exemple de répondre aux conditions d’éligibilité à l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis qui exige la triple transformation. D’ailleurs, un grand projet d’investissement direct turc intégré au niveau de l’amont du textile est prévu au Maroc. Ce projet destiné à la fois à l’export et au marché local (vente aux industriels de textile marocains) sera accompagné par une banque marocaine. Il a été concrétisé grâce à l’ambassade de Turquie au Maroc à travers leur conseiller économique.
A terme, avec l’arrivée de grandes locomotives dans des secteurs de pointe tels que l’aéronautique ou capitalistique tels que l’amont textile, l’agence s’attend à la naissance d’opérateurs marocains spécialisés qui se grefferont sur les métiers précités. A l’étranger, l’accompagnement des investisseurs est réalisé à travers le repérage d’opportunités d’investissement, notamment par le biais du réseau africain. L’accompagnement se fait par la facilitation de rendez-vous, d’association des entreprises au road-shows et aux salons, de la prise de contact avec des partenaires ou encore de l’ouverture de portes, restées longtemps closes, par le biais d’agents commerciaux très au fait des secteurs les plus porteurs dans ces pays…

Les consulats et les ambassades du Maroc à l’étranger coopèrent de plus en plus avec l’AMDIE pour la recherche de nouvelles opportunités d’investissement. D’ailleurs, la dernière vague d’ambassadeurs nommés au cours de l’année 2017 ont suivi une demi-journée de formation et reçu les outils de promotion que sont des films institutionnels, des brochures et autres supports. «Nous travaillons très étroitement avec certaines ambassades du Maroc comme celles du Japon, de Chine, de Corée du Sud, de France, d’Italie, du Portugal, d’Espagne, des Etats-Unis… qui nous accompagnent également lors de nos déplacements. Cela rassure les Marocains qui explorent ces marchés-là et les investisseurs étrangers qui remarquent que les représentants officiels du Royaume sont présents autour de la table», déclare une source à l’agence.

Le Maroc a changé en 40 ans. Fini le temps où les hauts responsables du pays étaient impressionnés par des investisseurs étrangers. «On est désormais dans un système de partenariat. Les Marocains imposent leurs conditions aux investisseurs. Il nous est arrivé de refuser l’accompagnement d’investisseurs qui ont déjà des projets similaires à beaucoup d’autres réalisés dans le pays, ou dont l’assise financière est peu solide. Certains viennent sans fonds et croient obtenir gratuitement un terrain, comme cela se fait dans certains pays. On ne brade pas le pays, on vise à attirer des projets viables économiquement et socialement», confie un responsable de l’agence.