Cession de 31% de Wana : les coulisses d’un deal conclu après plusieurs mois d’intenses négociations

Depuis mai 2008, la recherche d’un partenaire financier avait été envisagée. Les premiers contacts ont débuté
en août.
Les négociations ont d’abord commencé avec Al Ajial qui a proposé d’associer Zain à  l’opération.

Nous l’annoncions, avec une information à moitié complète, dans notre édition du 2 mars dernier (www.lavieeco.com). L’information a été officialisée deux semaines plus tard. Ce sont finalement deux actionnaires nouveaux, et non pas un, qui font leur entrée dans le capital de Wana Corporate, l’opérateur télécoms, aux côtés d’Ona et de la SNI, jusque-là détenteurs, respectivement, de 51% et 49% de parts. Les nouveaux arrivants, par le biais d’une augmentation de capital réservée, acquièrent 31% de Wana, à parts égales, pour une somme rondelette de 2,85 milliards de DH. Il s’agit du fonds d’investissement marocain, Al Ajial investment fund holding et de l’opérateur télécoms koweïtien Zaïn, jadis connu sous le nom de MTC  (Mobile télécommunications company).
C’est donc également un partenariat industriel que conclut Wana grâce à cette alliance. Mais c’est surtout le partenariat financier qui permettra à l’opérateur d’envisager l’avenir avec beaucoup plus de sérénité. Depuis le démarrage de son activité, en décembre 2007, l’entreprise n’a d’ailleurs pas cessé d’alimenter les rumeurs. C’est ainsi que le troisième opérateur télécoms a été donné d’abord comme bénéficiant d’appuis importants puis aux prises avec de grands défis stratégiques, à cause de l’impasse du choix technologique, et de gros besoins financiers. A un moment même, on le disait pas loin de mettre la clé sous le paillasson. En partie vrai, en partie faux. Wana a effectivement vécu des moments difficiles…

Wana aurait été cédée, si elle n’avait pas décroché la 3e licence 2G
Tout a commencé en avril 2008, lorsque le business-plan de l’opérateur a été refusé par le conseil d’administration d’Ona en avril dernier pour cause de non viabilité et surtout un gros et urgent besoin de financement additionnel de 4,5 milliards de DH demandé à des actionnaires qui en avaient déjà déboursé 3. La mission de revoir la copie a été confiée à la SNI qui a pris en charge le pilotage stratégique de Wana : les orientations stratégiques devaient être revues. Toutefois, quel que soit le scénario, il s’est avéré que les besoins de financement qui avaient été sous-estimés devaient trouver une réponse rapide, sous peine d’étouffer le démarrage de l’entreprise, donc la condamner. Soit les actionnaires remettaient la main à la poche, soit il fallait se résoudre à ouvrir le capital. D’emblée, l’option de continuer seuls a été écartée du fait, non pas d’un manque de moyens au sein du groupe, mais plus par le risque de création d’un effet d’éviction qu’elle présentait. Investir plus dans Wana, pour les actionnaires, impliquait de  freiner le développement des autres filiales. On travailla alors d’arrache-pied pour déterminer quelles pistes suivre : ouverture majoritaire ou minoritaire du capital, et même «cession pure et simple, au cas où Wana n’aurait pas eu la troisième licence GSM 2G», révèle Mohamed Lamrani, directeur à la SNI qui a accepté de recevoir La Vie éco, en compagnie de Karim Zaz, PDG de Wana.  Avec cette incertitude, en fond de trame, commence une phase active de recherche de partenaire financier. La banque conseil Lazard sera désignée pour l’assistance et l’accompagnement dans la recherche d’un mode de financement externe. S’ensuivra  alors une série de contacts avec aussi bien des fonds souverains que des hedge funds ou encore des fonds de private équity, que ce soit à Londres, au Moyen-Orient ou en Asie, confie Mohamed Lamrani.
Cette phase qui s’étalera sur trois mois, entre mai et juillet 2008, va nourrir la conviction de la cellule de pilotage que l’issue d’une ouverture du capital à un ticket minoritaire était viable. L’idée de garder le contrôle et la gestion étant entérinée, il fallait commencer à envoyer un dossier détaillé à un nombre limité d’investisseurs sélectionnés sans tout à fait renoncer à explorer d’autres pistes. C’est ainsi que, parallèlement à d’autres, en septembre, les premiers contacts avec le fonds d’investissement Al Ajial ont lieu. La période la plus difficile sera celle comprise entre ce même mois de septembre et la fin novembre. Et pour cause, la crise économique sans précédent qui n’épargne aucun pays.

Le 13 février, l’accord de principe était conclu
A un certain moment, l’hypothèse d’un financement par une institution chinoise a même été évoquée… «Mais des pistes relativement sérieuses existent», confie M. Lamrani. Entretemps, et dans un souci de préserver les équilibres financiers de Wana, dont l’endettement bancaire atteint l’équivalent de 3 milliards de DH de capital, le tandem Ona/SNI apporte un nouveau milliard aux fonds propres de la société. Les moments décisifs se joueront en janvier et février derniers car trois prétendants vont présenter des offres sérieuses, presque du même ordre que celle retenue, selon le staff de la SNI. Itissalat ou Orascom étaient-ils parmi ceux qui ont postulé ? On ne le saura pas, en tout cas pas de la bouche de Mohamed Lamrani ni de celle de Karim Zaz. Quoi qu’il en soit, cette période va connaître des négociations fiévreuses car on avait été dans les limites de ce que la SNI considérait comme les «lignes rouges» à ne pas dépasser. M. Lamrani tient à donner une précision de taille : «C’est le fonds Ajial qui, après avoir confirmé son intérêt, a proposé d’investir en consortium avec Zain. Les négociations avec ce dernier n’ont en fait commencé qu’à partir de début janvier. Pour la petite histoire, c’est le 13 février que l’accord de principe a été entériné mais l’accord final n’a été scellé que le 13 mars et, affirme-t-on à la SNI, jusqu’aux dernières minutes de la finalisation de la transaction, des points continuaient à être discutés ardemment».