Casablanca : à  peine 12% du budget 2014 affectés aux infrastructures !

Les dépenses de fonctionnement consomment plus de 80% des recettes. La taxe professionnelle, la TVA et les taxes d’habitation, de construction et des terrains non bà¢tis représentent le gros des recettes.

Depuis le discours royal au Parlement le 11 octobre, les projecteurs sont braqués sur Casablanca, la manière dont la chose publique y est gérée et surtout les récentes cessions du Conseil de la ville. La dernière en date, marquée par une assiduité exceptionnelle des élus, vient d’adopter sans les habituelles empoignades le budget de 2014. «Le budget est sorti de la zone de compétence du conseil le 31 octobre. Après cette date, seul le ministère de l’intérieur peut procéder à des rééquilibrages pour mieux servir l’intérêt général», commente un élu. Car souvent, l’Intérieur est amené à revoir des rubriques du budget vu que des communes les surestiment ou les dévaluent pour des considérations purement politiques, parfois par connivence entre élus. En résumé, l’on s’attend à ce que les dépenses de la ville de Casablanca absorbent l’ensemble des recettes prévues en 2014. Autrement dit, zéro excédent pour financer l’équipement.

Les recettes totalisent en effet 3,046 milliards de DH. Elles sont constituées principalement de taxes dites économiques qui vont y contribuer à hauteur de 47,14% (1,435 milliard de DH), en l’occurrence la taxe professionnelle (800 MDH contre 715 MDH en 2013), la taxe sur les services communaux, la taxe urbaine (25 MDH), la taxe d’édilité (40 MDH), autant pour la taxe sur les débits de boisson et la patente, ainsi que les redevances pour occupation temporaire du domaine public qui ont augmenté dans le budget 2014 d’environ 65 MDH.

Pour leur part, les taxes techniques, notamment la taxe d’habitation, la taxe sur les terrains non bâtis et la taxe sur les opérations de construction rapporteront environ 1,15 milliard de DH, soit 37,7% du montant total. Le reste étant constitué de la part de la TVA revenant à la commune qui atteindra environ 400 MDH en 2014. «La TVA renferme encore un vieux paradoxe qui est aux antipodes de la bonne gestion. C’est injuste que la commune ne profite que de 30% à peine de cette taxe et que le reste soit reversé à l’administration centrale pour profiter aux autres régions du Maroc alors qu’elle est recueillie de l’activité économique de la métropole», s’insurge un élu ayant pris part à la cession d’approbation du budget.

L’excédent de 2013 dépassera à peine 115 MDH

Bien que l’heure soit à l’austérité comme le rapportent plusieurs voix au sein du conseil, les dépenses ne vont pas être comprimées à des niveaux qui permettront de dégager des excédents à même de financer les besoins grandissants de la métropole. On apprend ainsi que les dépenses de «la direction générale» (les charges courantes) absorberont 52% des recettes en culminant à 1,574 milliard de DH contre 1,508 million en 2013. Les factures d’eau et l’électricité due à la Lydec dont les arriérés vont représenter 10% du budget, le nettoyage et l’entretien comptera pour 20%, 4% iront aux arrondissements et 2% serviront de frais pour instruire les affaires de la commune en justice. «En définitive, il ne reste que 12% du budget pour financer l’entretien des infrastructures, notamment les revêtements des sols, l’entretien des espaces verts, l’entretien des bâtiments et celui du patrimoine», résume Mustapha Ghazali, président de la commission des finances au Conseil de la ville de Casablanca. En absolu, le reste du budget de fonctionnement, hors charges dues au train de vie de la commune, est estimé à 360 MDH, montant dérisoire face aux carences de la métropole.

Toutefois, même avec ces moyens, tous les budgets de l’entretien des infrastructures ont été revus à la hausse, 86 MDH pour les routes contre 50 millions en 2013, 50 millions pour les espaces verts contre 42 millions en 2013 et 118 millions pour les arrondissements contre 106 millions budgétisés un an auparavant. «En gros, cette rubrique a été réévaluée de 14,6% par rapport à 2013. Idem pour le budget consacré au social qui a augmenté de 28,2% notamment pour aller de pair avec les directives du discours royal», nuance M. Ghazali.

Le train de vie de Casablanca débouche sur des ressources insuffisantes pour financer les gros besoins en équipements manifestés par la ville. En guise d’exemple, l’excédent prévisionnel (puisque les comptes ne sont arrêtés que fin janvier) à dégager à l’issue de l’année en cours dépassera à peine 115 MDH. «A quoi peut servir ce montant lorsqu’on assiste à l’avènement de conglomérations de plus de 500 000 habitants qui viennent s’ajouter au périmètre de la ville avec un budget zéro. Sachant qu’il faut au moins le budget de Casablanca en entier pour garantir une vie décente à leur population», schématise un élu.