Camping : une activité en croissance qui réclame plus de professionnalisme

Malgré le contexte morose du secteur du tourisme, les campings ont tenu le coup. Les Européens continuent de venir et les Marocains découvrent l’hôtellerie plein air. Plus de 220 campings sont référencés par les guides dédiés, mais la plupart ne sont pas aux normes.

Si le Maroc veut reconquérir le cœur des touristes français, la clé de la réussite est peut-être du côté des campings. Ces derniers ont en effet depuis longtemps la cote auprès de cette clientèle, mais aussi des Espagnols, des Allemands ou des Hollandais. Les dernières années n’ont pas toujours été roses mais, globalement, l’activité se porte bien. «Comme tout le secteur touristique, nous avons connu une baisse de notre activité. Nous avons par exemple constaté une baisse de 15% de notre chiffre d’affaires ‘‘camping’’ entre 2010 et 2011 et de 10% entre 2011 et 2012. Néanmoins, nous estimons que l’activité devrait bien repartir d’ici fin 2013 avec un chiffre d’affaires en hausse de 10%», confie Hakim Ibn Fellam, directeur du complexe Diamant Vert à Fès. D’ici 2014, ce dernier compte d’ailleurs investir 1,2 MDH pour moderniser son site.

A Taghazout, près d’Agadir, le camping Terre d’Océan, ouvert depuis 2010 après avoir remporté un appel d’offres lancé dans le cadre de l’aménagement de la baie d’Agadir, est quant à lui en progression constante. «Notre activité est rentable mais nécessite des investissements réguliers afin de maintenir la qualité des infrastructures», précise Emmanuelle Jeunemaître, propriétaire du camping.

Dans la région d’Essaouira, un autre camping (dont le propriétaire préfère l’anonymat) connaît quant à lui une légère baisse de son activité: «Nous sommes en légère perte de vitesse depuis 5 ans, principalement parce que Ramadan coïncide avec l’été. Juillet et août représentent en effet près de 40% de notre chiffre d’affaires. 80% de notre clientèle sont des Marocains qui viennent des grandes villes, surtout pendant l’été. Ils privilégient les bungalows, les tentes nomades et les petits chalets en bois», explique le propriétaire. «Notre activité doit être rentable. Là, c’est juste», poursuit-il.

Les Marocains plébiscitent les bungalows et tentes nomades

Le coût d’un camping-car neuf atteignant un million de DH, et minimum 500000 DH pour un d’occasion, les familles marocaines, mais également les jeunes, se rabattent sur les nouvelles installations de l’hôtellerie de plein air, qui restent plus accessibles que l’hôtellerie traditionnelle. Depuis 2010, le complexe Diamant Vert dispose de 54 bungalows tout équipés. Il faut débourser, par nuit, entre 500 DH pour 2 personnes et 800 DH pour 5 adultes et 3 enfants. «Ca marche très bien. 80% de la clientèle sont des Marocains», explique M. Ibn Fellam. De quoi rentabiliser les 900 000 DH investis pour l’achat d’un bungalow tout équipé. «Il y a une clientèle nationale qui aspire à ce type d’hébergement», confirme Mme Jeunemaître. Cette dernière dispose de 15 logements en «dur», soit des chambres, bungalows et appartements.

Pour les campings équipés d’emplacements réservés aux camping-caristes, la saison haute est en hiver. «Nous observons un pic de remplissage en janvier et février. Les retraités européens viennent passer l’hiver au chaud et restent pour certains jusqu’à 6 mois», explique Mme Jeunemaître. «Les touristes viennent principalement en camping-car, ou en 4×4, voire en motos. Nous accueillons également les groupes d’enfants pendant les vacances. Entre janvier et mars, notre taux d’occupation atteint facilement les 100%», avoue M. Ibn Fellam.

Le camping sauvage, une plaie pour le tourisme au Maroc

Mais si la demande est là, l’offre n’est pas toujours à la hauteur. Sur les quelque 220 campings marocains référencés par les guides dédiés, pas tous, loin s’en faut, sont classés ou mériteraient de l’être. «Une trentaine de campings marocains sont aux normes», estime M. Ibn Fellam.

«Beaucoup de campings ignorent qu’il existe une classification. Résultat, très peu sont classés», explique Pascal Lombard-Ramel, propriétaire d’un camping à Erfoud et initiateur de la création d’une association professionnelle dédiée (voir encadré). Sans oublier que le camping sauvage continue de sévir au Maroc. «La saison dernière plus de 400 camping-cars ont séjourné pendant 3 mois en bord de plage moyennant 20 DH par jour sur un terrain jouxtant le projet de station balnéaire de Taghazout. Un collectif des campings a écrit aux autorités, sans réponse. Nos campings se sont vidés au profit de cette concurrence déloyale. Le problème se pose sur tout le Royaume et nuit à l’environnement», s’insurge Mme Jeunemaître.

Un premier pas vers l’interdiction du camping sauvage a été fait avec le projet de loi du littoral. On estime qu’entre 23 000 et 25000 camping-cars entrent chaque année sur le territoire marocain.
Il y a donc de quoi s’inquiéter. De son côté, le ministère du tourisme peine à réaliser les objectifs fixés par la Vision 2010. Celle-ci prévoyait en effet que chaque station Biladi soit accompagnée d’un camping. Chargée du dossier, la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) reste muette, comme à son habitude. «Le politique vis-à-vis des campings est médiocre», commente simplement un responsable d’un Centre régional de tourisme.