Banques : Trois questions à Larabi JAIDI, Economiste

Larabi JAIDI : «Il faudra accélérer la transformation numérique des services financiers».

La Vie éco : Quelle relation faites-vous entre bancarisation et inclusion financière ?
L’inclusion financière est un concept beaucoup plus général que la bancarisation. Elle englobe la possibilité donnée aux individus et aux entreprises d’accéder à un large éventail de produits financiers via plusieurs canaux, en contournant justement l’insuffisance de l’extension des réseaux bancaires. Aussi, l’on ne peut pas aborder ce concept d’inclusion financière sans le lier à l’inclusion sociale qui est en quelque sorte l’objectif ultime. Il faut à cet égard faire la différence entre l’inclusion financière et l’accès au financement : elle ne veut pas dire étendre le financement à toute la population et à tout prix, mais surtout de récupérer les individus exclus du cercle financier via des produits adaptés.

Ceci veut dire que la notion de ciblage est cruciale ?
n Absolument. L’inclusion financière développe une approche très ciblée des populations et présente une offre financière très inspirée des besoins exprimés par les individus, à un coût raisonnable et avec proximité. Grâce à ce ciblage, son offre vise à augmenter l’usage des services financiers pour les détenteurs de comptes bancaires et à faciliter l’accès aux services financiers pour les non-bancarisés.

Quel est le diagnostic que vous faites de l’inclusion financière au Maroc ?
A voir les chiffres officiels, l’on se rend compte de l’avancée certaine en matière d’inclusion financière au Maroc. Le développement à la fois de l’infrastructure bancaire et de l’offre des services ont plaidé dans ce sens. En dix ans, le nombre d’agences pour 1000 habitants a doublé, les cartes bancaires en circulation ont quadruplé, et le taux de bancarisation est passé de 25% à plus de 56%. En parallèle, l’offre financière a connu de grands changements et beaucoup de nouveautés. C’est toute la chaîne de valeur des services financiers qui a amorcé sa montée en gamme. De plus, on passe d’une logique de réseau physique à un réseau dématérialisé. Sur ce plan, il y a encore de l’espace à conquérir en matière d’usage de procédés digitaux (e-banking, mobile banking, etc.). L’utilisation des nouvelles technologies de l’information pour atteindre l’inclusion financière est encore limitée, sachant que le taux de pénétration de la téléphonie mobile (point d’entrée à l’usage des services digitaux) est élevé. Dans cette configuration, l’écosystème financier n’a pas le choix : c’est cette transformation digitale des services financiers qu’il faudra accélérer. Toutefois, ce chantier colossal et très sollicitant à plusieurs égards doit être verrouillé sur le plan réglementaire (ANRT, BAM, DSI des banques, …) parce qu’il recèle de vrais risques de dérive. La veille doit être irréprochable pour la sécurité des infrastructures et la protection des consommateurs.