Banques : sourde bataille pour la conquête de parts de marché

En social, Attijariwafa bank et BMCE ont perdu des parts sur les dépôts en 2018 au profit du CIH notamment. Sur le même exercice, plus de 60% de l’encours de crédit est détenu par le trio Attijariwafa bank, BMCE Bank of Africa et BCP. La concurrence reste accentuée tant sur le financement des entreprises que sur les crédits immobiliers. Malgré la baisse des taux de crédits, la demande n’a pas suivi.

Les banques commerciales continuent de se livrer une bataille sans merci pour la conquête de parts de marché ou leur maintien, dans un contexte de croissance molle des dépôts et des crédits, et de taux d’intérêt à leur plus bas niveau historique.

Selon nos calculs qui se basent sur l’activité commerciale des neuf banques, Al Barid Bank compris, au niveau national, l’on peut d’ores et déjà observer que les dépôts n’ont augmenté que de 3% pour atteindre 738 milliards de DH en 2018, alors qu’ils avaient progressé de 5% en 2017 et de 11% en 2016.
Dans cette configuration, Attijariwafa bank et BMCE BOA raflent la mise avec près de la moitié des dépôts (49%). Bien qu’en tête du classement avec une part de marché de 26%, la filiale d’Al Mada a marqué le pas en perdant 7 points depuis 2015, quand BMCE BOA cédait 3 points à 17%. «Malgré l’étendue de leur réseau commercial et l’agressivité de leurs offres, ces banques ont fini par céder quelques points au profit d’autres banques, dont notamment le CIH Bank», explique-t-on auprès de la profession. En effet, cette dernière a réussi à augmenter d’un point sa part de marché sur les dépôts à 5%. Elle récolte les fruits de l’offensive commerciale menée à l’endroit des jeunes et des femmes. Offensive caractérisée par de nombreux services, à l’instar de la gratuité des frais de tenue de compte ou encore de la suppression des dates de valeur… En face, Crédit du Maroc (CDM) et la BMCI ont maintenu stables leurs parts de marché à 6%, Crédit Agricole du Maroc (CAM) à 10% et la Société Générale Maroc (SGMA) à 9%.

Faible croissance des dépôts à vue

Par catégorie de dépôts, les banques ont été moins agressives sur les ressources non rémunérées qui, malgré tout, continuent de représenter près de 60% de l’encours. Ils sont en croissance de 2% en 2018 contre 4% aussi bien pour les comptes d’épargne que pour les DAT.

L’évolution de l’encours des dépôts à vue est de 2% pour Attijariwafa bank (148 milliards de DH), 1% pour BMCI (29 milliards de DH). BMCE BOA et la BCP ont perdu 1% et 4% avec un encours se situant à 75 et 37 milliards de DH. «Il faut dire que dans un contexte de resserrement des liquidités bancaires, les établissements bancaires cherchent davantage à attirer une clientèle ‘‘rentable’’ plutôt que des déposants ‘‘gratuits’’», explique une source du secteur.
De leur côté, les clients optent naturellement pour les placements bancaires, par manque d’opportunités ou en raison de l’atonie de l’investissement. Ce qui draine les disponibilités des particuliers et des entreprises vers les banques. Si l’on ne prend que les DAT, la hausse la plus fulgurante a été enregistrée par BMCI avec 68% à 6,6 milliards de DH, suivie du CIH avec 39% à près de 10 milliards de DH, BCP avec 32% à 15 milliards et Al Barid Bank avec 31% à 881 MDH. A contrario, l’encours des comptes bloqués a accusé un recul de 23% chez la BMCE à 24 milliards de DH, de 15% auprès de CDM à 3,8 milliards et de 9% chez SGMA à 6,6 milliards. Notons que sur le segment des comptes d’épargne, Al Barid Bank s’adjuge la 2e place avec une part de 22% à 30 milliards de DH. Elle vient après Attijariwafa bank qui, elle, a collecté 43 milliards de DH, soit une part de marché de 32%.

Attijariwafa bank plus agressive sur les crédits à la trésorerie et à la consommation

Si la concurrence se montre rude au niveau des ressources, elle l’est davantage du côté des crédits. Notons d’emblée que l’encours global a augmenté de la même ampleur que les dépôts, à savoir 3%, atteignant ainsi 663 milliards de DH, toujours selon nos calculs, après une progression de 4% sur les deux précédentes années. Sur ce plan, le trio Attijariwafa bank, BMCE BOA et BCP dictent leur loi. A elles trois, elles détiennent plus de 60% de l’encours global.
La filiale d’Al Mada s’est montrée plus agressive sur les crédits à la trésorerie et à la consommation, puisque son encours a augmenté de 17% à 54 milliards de DH, soit une hausse plus forte que le secteur dans son ensemble, qui, elle, s’est limitée à 6%, alors qu’il avait dévissé de 7% une année auparavant. Cette performance s’est faite au détriment des réalisations de BMCE BOA et de BCP qui ont perdu respectivement 10% et 5% à 33 et 25 milliards de DH. Dans ces conditions, il faudra mettre en évidence la performance de CIH Bank qui a réussi à hisser son encours de 16% à 6,6 milliards de DH. «Les efforts déployés pour la restructuration de la banque et son positionnement en tant que banque universelle destinée aussi bien aux particuliers qu’à la clientèle corporate ont fini par payer», explique un expert.

Pour le reste, on retrouve des évolutions disparates sur ce segment pour les autres banques. Au moment où l’encours de BMCI a cédé 5% à 12 milliards de DH, SGMA et CDM ont gagné 6% à 19 et 14 milliards de DH respectivement. Une autre source ajoute : «Certaines banques, en manque de liquidité préfèrent lever le pied sur ce type de financement qui n’est pas assez rémunérateur».

Baisse de rythme sur le crédit à l’équipement

La bataille entre les banques est encore plus corsée sur le financement immobilier. Attijariwafa bank qui accapare près du tiers de l’encours global (223 milliards de DH) a enregistré une croissance supérieure d’un point que celle du secteur, soit 3%, perdant quand même 2 points par rapport à 2017, et ce malgré l’assouplissement des conditions de financement. La raison: une demande toujours atone. C’est le cas pour toutes les autres banques. Alors que BMCE a maintenu stable son encours à 40 milliards de DH, la BCP a décroché de 4% à 27 milliards de DH. En revanche, SGMA, CDM et CIH Bank ont maintenu le même rythme de progression à 3%, 5% et 2% dans l’ordre, s’adjugeant au passage quelques points de parts de marché.
CIH Bank semble porter son attention sur les financements aux entreprises, comme l’atteste la progression de son encours de 63% à 4,2 milliards de DH, quand le secteur évolue en moyenne de 3% à 175 milliards de DH.
Globalement, face à la montée du coût du risque, compte tenu d’une conjoncture assez morose, certaines banques ont préféré marquer le pas sur les prêts à l’équipement. Attijariwafa bank en fait partie puisque son encours ne s’est apprécié que de 5% à 66 milliards de DH, contre une hausse de 10% en 2017. BMCE a même enregistré un retrait de 2% de son encours à 22 milliards de DH, au lieu d’une croissance de 17% en 2017. Les banques, à capitaux français, elles, ont accusé des replis également allant de 3% pour BMCI à 9 milliards de DH, à 15% pour CDM à 6 milliards de DH et dans une moindre mesure SGMA avec -1% à 18 milliards de DH.

La structure des emplois et des ressources ne devrait pas connaître de grands changements au titre de l’exercice en cours, selon les professionnels contactés. Plusieurs raisons plaident pour ce statu quo, dont la conjoncture économique qui montre à peine quelques signes de frémissement. Cela est conjugué à une demande qui reste tout de même timide malgré les efforts des banques pour simplifier les conditions de financement.
Un autre élément, non des moindres, s’ajoute à la donne : l’application de la norme IFRS9. En effet, la mise en application de cette nouvelle norme de gestion des risques devrait se manifester aussi bien par la revue des politiques commerciales des banques que par l’actualisation des stratégies de portefeuille. In fine, l’encours des crédits devrait enregistrer le même rythme de croissance, à savoir 3%. Il serait porté par les prêts immobiliers, et dans une moindre mesure, par le financement des particuliers. L’encours des dépôts, lui, serait tiré par les ressources non rémunérés.