Aéroport de Benslimane : 500 MDH investis… pour une infrastructure non ouverte aux vols internationaux !
11 octobre 2010
Lavieeco (25778 articles)
Partager

Aéroport de Benslimane : 500 MDH investis… pour une infrastructure non ouverte aux vols internationaux !

Depuis 2007, l’aéroport a bénéficié d’une méga mise à  niveau en vue d’accueillir les activités de l’ex-aéroport d’Anfa.
La piste de 3 200 m de long et de 45 m de large peut accueillir des avions de toute taille.
Pour les vols internationaux, les opérateurs doivent accomplir leurs formalités de police ou de douane à  Nouaceur ou Rabat.

Même si sa mise à niveau, qui s’est étalée sur trois ans, est achevée depuis plusieurs mois, l’aéroport de Benslimane doit être parmi les plus calmes du Maroc. Certes, il y a bien des avions qui s’y posent et en décollent, au total entre 160 et 200 vols par mois, mais cela reste peu, très peu au regard des possibilités offertes et, en plus, ce sont essentiellement des mouvements des avions d’entraînement de RAM Academy, l’école de formation de la compagnie nationale, ceux de l’armée et des vols d’aviation privée. Les lieux ne sont pas déserts, puisque plusieurs opérateurs y sont installés, certains depuis 2008. La plupart d’entre eux s’activent dans le transport d’hommes d’affaires, le transport sanitaire ou la maintenance d’avions.

Une connexion à l’autoroute et une aérogare refaite

Dans les 15 hangars de 1 250 m2 chacun (1 000 m2 pour l’activité et 250 m2 pour les bureaux) déjà livrés ont aménagé les sociétés qui étaient installées à l’aéroport d’Anfa, aujourd’hui désaffecté. On y trouve ainsi Casa Air service, RAM Academy, Medi business Jet, Colline, Privair, Spret, Alfa air, une école privée, en l’occurrence le Centre de formation du personnel naviguant commercial (CFPNC), Aero Maroc et Air Atlantic industrie. Certains opérateurs comme les deux derniers cités disposent respectivement de deux et trois hangars. Tous sont en activité sur le site sauf Casa Air service qui tout en y louant un hangar a déménagé ses activités à Tit-Mellil, un aéroport de dimensions nettement plus modestes qui se trouve
à moins d’une trentaine de
kilomètres, à la sortie de Casablanca. L’aéroport ne fait pas preuve du dynamisme habituel d’une infrastructure du genre, mais on y construit encore cinq nouveaux hangars «pour répondre à une demande assez insistante de nouveaux opérateurs», indique son directeur Ahabchane Taïbi.
Pourtant, cet aéroport est assez imposant car il dispose de tous les équipements nécessaires pour devenir un des principaux du pays et l’aérogare d’une capacité de 50 000 voyageurs par an est fin prête tout comme sa piste de 3,2 kilomètres de longueur et 45 mètres de large qui peut recevoir des avions de toute taille. Mieux encore, cinq avions de taille moyenne (du type Boeing 737) peuvent stationner sur le parking.
Présenté comme une infrastructure qui allait changer la face de la région (il est à 13 kilomètres de la ville) sur le plan économique en accueillant, par exemple, un hub cargo -comme il en avait été question-, il a fait l’objet d’une attention particulière de la part des autorités. Même s’il n’est pas actuellement indiqué sur les panneaux de l’autoroute, l’accès y a été grandement facilité par une double voie qui y mène à partir de la route nationale Casablanca-Rabat. Avec cela, il accueille très peu de trafic.
Les opérateurs qui s’y sont implantés après leur départ forcé du site de l’aéroport de Casa-Anfa font aujourd’hui contre mauvaise fortune bon cœur.

«Puisqu’il n’est pas international autant s’installer à Tit-Mellil»

Bécaye Ba, qui dirige Atlantic Air industrie, une entreprise de maintenance d’avions, explique qu’à part quelques coupures d’eau et d’électricité, l’infrastructure ne lui donne aucun souci. «Notre activité se développe bien et nous continuons à recruter des clients, un peu partout pour l’entretien de leur flotte. D’ailleurs, de quelques personnes recrutées, au départ, nous totalisons un effectif de près de 15 personnes», commente-t-il. Même son de cloche chez Chakib Lahrichi, un architecte reconverti dans le transport sanitaire et d’affaires qui explique que l’aéroport est bien situé et que son entreprise, Alfa Air, est en plein essor. Il emploie une quinzaine de personnes et dispose d’une flotte de 3 avions, dont un Falcon, et s’apprête à en affréter un autre.
Le problème, et il est de taille, c’est que l’aéroport de Benslimane n’est pas international. Du coup, pour les vols à destination de l’étranger, toutes les formalités doivent être effectuées à Casablanca ou Rabat. «Imaginez que vous avez un malade en situation d’urgence ou un homme d’affaires qui veut forcément gagner du temps, mais qui sera contraint d’effectuer les formalités à l’aéroport d’à côté», explique M. Lahrichi. L’activité de maintenance souffre des mêmes problèmes puisqu’il faut d’abord réceptionner les avions dans un aéroport international et faire le même passage obligé avant de les livrer à leurs propriétaires.
Nadia Lyoussi qui, en plus du transport d’affaires, utilise sa flotte de 14 avions dans les activités liées à l’épandage agricole, a dû se résoudre à s’installer à Tit-Mellil car, dit-elle, «au moment de notre départ de Casa-Anfa, nous devions résoudre les problèmes d’acheminement de notre personnel sur les lieux du travail. Or cela ne servait à rien de s’installer à Benslimane si l’aéroport n’est pas international».
Au-delà des récriminations des opérateurs et même si on ne peut ignorer leurs arguments, la question se pose : fallait-il mettre près de 2 milliards de DH (même si l’Office national des aéroports n’en a supporté que 25%, le reste relevant des installations militaires et du magasin général des FAR) pour des installations qui allaient être sous-utilisées ?
Il est évident qu’on savait dès le départ que l’on ne pouvait optimiser ces installations que si l’aéroport devenait international pour pouvoir recevoir des vols cargos et/ou commerciaux. Avait-on lancé une étude en bonne et due forme pour s’assurer de la faisabilité ou du choix d’y installer des sociétés spécialisées dans le transport aérien ?
a-t-il été fait dans l’urgence ? A l’heure où nous mettions sous presse, les réponses
promises par l’ONDA ne nous étaient toujours pas parvenues.