A Tadla, le verger agrumicole se remet difficilement des dernières gelées

La campagne actuelle enregistrera une baisse de 50 % pour les oranges et 30
% pour le petit fruit (clémentine, mandarine…)
Les intermédiaires qui, à pareille époque, achetaient
la production sur pied, ne se manifestent pas.

Dans le Tadla, on a du mal à se remettre des conséquences des dernières gelées de la campagne 2004/2005, les plus catastrophiques qu’ait connues la région de mémoire d’agriculteur. En fait, le froid n’avait pas seulement emporté la récolte dans sa quasi-totalité, mais il a sérieusement hypothéqué la campagne actuelle. Aujourd’hui, on s’attend à une production réduite de moitié pour les oranges, et notamment la variété Maroc late et 30 % pour ce qu’on appelle le petit fruit (clémentine, mandarine…). Et cela concerne entre 9 000 et 10 000 ha, dédiés aux différentes variétés d’agrumes (dont la production est estimée à quelque 200 000 tonnes), destinés moitié pour l’export et moitié pour le marché local. A souligner au passage que le Maroc produit bon an mal an, entre 1,2 et 1,4 million de tonnes d’oranges dont 500 000 à 600 000 tonnes sont exportées.
Mais revenons à la situation dans le Tadla. Selon Abdeslam Chahbar, directeur technique d’une exploitation de la région, la situation actuelle repose sur plusieurs facteurs. «Il y a d’abord le long moment où le fruit desséché par la gelée est resté sur l’arbre, retardant la croissance de la fleur du fruit à venir. Les autres raisons qui ont si lourdement affaibli la campagne actuelle sont le stress de l’arbre occasionné par les conditions climatiques et notamment les chaleurs qui ont suivi les gelées», explique-t-il. En clair, non seulement la production va baisser mais les calibres et la qualité vont aussi s’en ressentir.
Par ailleurs, ajoute Mohamed Berhil, représentant régional de l’Aspam (Association professionnelle des producteurs d’agrumes du Maroc), il ne faut pas oublier que nombre d’exploitants n’ont planté qu’une partie de leur terre, alourdis qu’ils sont par le déficit causé par la récolte perdue. D’autres en ont loué une partie quand certains, plus vulnérables, ont même vendu tout ou partie de leurs propriétés.

La qualité des oranges risque d’hypothéquer la reconquête des parts de marché à l’export
Sur le terrain, les intermédiaires qui avaient l’habitude d’acheter les récoltes sur pied, essentiellement pour les vendre sur le marché local, ne se manifestent même pas pour prendre des options. En effet, ces négociants manquent de liquidités, affaiblis par les pertes subies. «A pareille époque de l’année, les intermédiaires ont déjà fait leur marché. Cela permet de rassurer les producteurs et même de les soulager quand ils reçoivent des avances», commente Haj Mohamed Sefiani, agriculteur et notable de la région.
Autre donne, des pays comme l’Egypte, en l’absence du produit marocain cette année, ont fait des percées significatives en Europe. Et comme le redoutent les grands groupes intégrés (production-conditionnement) comme Delassus, la reconquête des parts de marché à l’export risque d’être laborieuse. En effet, les problèmes de qualité qui planent sérieusement sur la prochaine récolte vont rendre le défi encore plus difficile à relever. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, il a fallu compter avec l’augmentation du prix du gasoil et celle du prix de l’eau de 2 centimes par m3, décidée par l’Office de mise en valeur agricole de la région.
Tout cela fait que les perspectives d’investissement dans le secteur sont assez sombres. Replantation, modernisation des méthodes de travail et d’irrigation sont tout simplement compromises. Pour illustrer le propos, il faut noter que pour chaque hectare planté, il faut compter un investissement de 120 000 à 150 000 DH et une période d’attente de 4 ans avant que les arbres ne commencent à donner des fruits.
Entre 275 et 600 litres d’eau consommés par kg d’orange
La problématique des méthodes modernes d’irrigation pèse de tout son poids dans la productivité et dans le coût des récoltes. Ainsi, pour chaque kilogramme d’orange récolté dans la région, la consommation d’eau est de l’ordre de 600 litres dans les techniques gravitaires. Dans les exploitations dotées de systèmes performants de micro-irrigation, il faut près de 275 litres pour chaque kilogramme d’orange produit, alors qu’en Espagne, on ne consomme guère plus de 120 à 130 litres sur l’année pour une quantité identique. Dans ce dernier pays, les agriculteurs n’ont d’ailleurs pas fini de batailler pour réduire la consommation d’eau.
Si, dans l’ensemble, l’agriculteur marocain a néanmoins appris à relativement bien produire, il ne faut pas oublier, fait remarquer un professionnel, que la densité de plantation en matière d’orange est encore faible dans le pays puisqu’elle est de l’ordre d’un arbre pour 56 m2 dans un verger, contre un arbre pour 12 m2 en Europe.

140 MDH de pertes en 2005

Les gelées qui ont touché le Maroc en janvier et février 2005 ont fait des dégâts dans l’agriculture et en arboriculture notamment. Dans le Tadla, où des phénomènes du genre s’étaient déjà produits en 1975, 1981 et 1986, les températures enregistrées en 2004/2005 ont atteint des pics de -8 et -9 degrés, jamais connues auparavant. La récolte a été presque entièrement détruite. Les pertes avaient été estimées par les agriculteurs de la région à près de 140 MDH. La seule gestion des déchets et de leur enfouissement a été évaluée à 8,5 MDH.