A quoi servent les Chambres de commerce ?

Pour 2006, leur budget d’investissement atteint à peine
40 000 DH par Chambre.
Elles souffrent du retard des subventions et du manque de ressources propres.
Les présidents sont prêts à travailler sur la base d’un
cahier des charges.

Les Chambres de commerce, d’industrie et de services (CCIS) du Maroc ne donnent pas une image de dynamisme et de créativité. Certains vont même jusqu’à se demander à quoi elles servent ? Et cela vaut aussi bien pour le public que pour les partenaires, que ce soit du côté des opérateurs ou du côté du ministère de tutelle. A tel point qu’un ancien ministre de l’Industrie et du Commerce, département dont relèvent justement les chambres, a tout simplement dit un jour à un de ces collaborateurs que leur disparition ne ferait de mal à personne. Parmi les 28 présidents de Chambres de commerce, d’industrie et de services que compte le pays, ils sont nombreux à faire le même constat.

Cela dit, si pour beaucoup «les chambres sont de simples boîtes aux lettres», d’autres, comme Omar Derraji, Driss Houat et Chafik Rachadi, respectivement présidents des CCIS de Rabat, Oujda et Settat, sont quelque peu scandalisés que les efforts qu’ils déploient soient ignorés ou du moins peu reconnus. Ils avouent, certes, les difficultés de leurs institutions à jouer pleinement leur rôle, mais ils mettent aussi en avant certaines réalisations comme les centres de comptabilité, les structures d’arbitrage, les bulletins d’information, les mises en relation des entreprises…

A la chambre de Rabat, on s’enorgueillit de compter plus de 300 entreprises de différentes tailles. Pour son président, Omar Derraji, outre les services rendus aux ressortissants (terme qui désigne les entreprises représentées), la chambre abrite gratuitement des bureaux comme celui de la CGEM ou encore celui de l’Asmex (Association marocaine des exportateurs). A Oujda, «la chambre, explique Driss Houat, a réalisé une étude sur le développement de la contrebande, qui montre que le phénomène correspond à un chiffre de 6 milliards de DH, soit 32 400 emplois perdus pour la région de l’Oriental».

Les textes réglementaires et le statut du personnel seront revus
Pour autant, on ne peut pas parler d’un rôle déterminant des chambres en matière de conseil, de formation et d’accompagnement des opérateurs. Nombreux sont les présidents à être d’accord sur le fait qu’un saut qualitatif est aujourd’hui nécessaire. Pour ce faire, le ministère de tutelle, en association avec les CCIS, prépare des textes qui vont permettre à ces dernières un meilleur fonctionnement, du moins en théorie, en plus d’un nouveau règlement électoral et d’un statut du personnel plus approprié.
Mais c’est sûrement au niveau du financement, nerf de la guerre, qu’il faut chercher le levier majeur de dynamisation.
Pour Chafik Rachadi, président de la Chambre de Settat, le dynamisme des CCIS est effectivement bloqué par le manque de moyens et, souligne-t-il, «plusieurs projets ont été abandonnés ou pas du tout entamés pour cette raison».

C’est pourquoi Salaheddine Mezouar avait commencé par organiser une réunion entre le premier ministre, Driss Jettou, et les présidents des chambres. De cette rencontre, tenue en février 2006, est sortie une mesure importante : une subvention exceptionnelle de 7,76 MDH leur a été accordée et une deuxième tranche de 4,6 millions est programmée, toujours au titre de l’exercice 2006.
Il faut savoir, en effet, que la plupart des CCIS se voient débloquer leur budget, et depuis longtemps, entre juillet et novembre de l’exercice concerné, alors que, selon la loi, ces budgets doivent avoir été programmés à la fin de l’année précédente pour être visés et débloqués à chaque début d’exercice. Ce décalage fait souvent qu’elles ne peuvent payer ni leurs fournisseurs ni les salaires des employés durant les premiers mois de chaque année. Et c’est ce qui est encore arrivé cette année. D’où la subvention que leur a accordée le premier ministre.

Le deuxième volet de cette problématique est que les budgets des Chambres, alimentés par une ponction sur l’impôt des patentes, sont en réduction constante à cause des contrats-programmes signés par le gouvernement avec différents secteurs et dans lequels, justement, les professionnels obtiennent soit des réductions soit des exonérations de la patente. Au total, les 28 chambres doivent recevoir en 2006 (et, toujours à cause du retard, recevront en fin d’année) 88,77 MDH contre 106,24 millions en 1999/2000. Résultat : il n’y a plus d’argent que pour le fonctionnement et rien pour l’investissement.
La preuve les sommes allouées à ce volet sont passées de 53,7 MDH en 1999/2000, pour les 28 chambres et leur fédération, à 1,4 million pour 2006, soit, en moyenne, 40 000 DH pour chacune. Autant dire rien ! D’ailleurs, se lamente Mounji Zniber, directeur de la CCIS de Rabat, aucun investissement n’est prévu pour la Chambre de la capitale cette année.

500 000 DH seulement de ressources propres
Ce problème aurait pu être moins grave si les sources de financement étaient plus diversifiées. Or, à ce jour, les ressources d’appoint sont trop faibles voire inexistantes. Avec un million de DH récolté grâce à la location de terrains pour diverses manifestations, la CCIS d’Agadir avait atteint son pic en 2003. Ces ressources annexes sont aujourd’hui comprises entre 400 000 et 500 000 DH. Chaque année, les Chambres de Meknès, Fès et Marrakech, grâce à leurs activités, dégagent des revenus propres de l’ordre de 400 000 à 500 000 DH.

On le voit bien, les CCIS vivotent. Si on peut se féliciter des dernières mesures du cabinet Jettou – on raconte que le premier ministre a été scandalisé du non-paiement des salaires des employés -, une véritable réflexion doit être menée pour dégager une vision globale sur le devenir des CCIS. Et si la question des ressources est incontournable, celle de la gouvernance doit être posée avec la même acuité.
Aujourd’hui, il y a tout de même un signe encourageant. Pour permettre aux chambres de jouer pleinement leur rôle, les présidents sont unanimes à accepter de travailler sur la base d’un cahier des charges évalué périodiquement.