«14 barrages sont en cours de réalisation et pas moins de 35 en projet»

En plus de la construction de barrages avec une cadence de trois par an, les ouvrages de dessalement de l’eau de mer et de réutilisation des eaux usées épurées seront les nouveaux fer de lance de la politique hydrique du Royaume. Principal déclinaison de la Stratégie nationale de l’eau (SNE), le Plan national de l’eau sera revu pour s’adapter aux dispositions de la loi.°36-15 sur l’eau, promulguée en août 2016.

140 barrages, 10 usines de dessalement de l’eau de mer auxquelles il faut ajouter trois en cours de réalisation, une montée en puissance de la capacité d’épuration de l’ONEE et autant de plans et d’initiatives qui déclinent la Stratégie nationale de l’eau… La Secrétaire d’Etat chargée de l’eau dresse un bilan satisfaisant de la Stratégie nationale de l’eau lancée en 2009.

A quelle logique obéit le changement de la tutelle du département de l’eau qui est désormais dans le giron de l’Equipement ?

Il y avait plusieurs approches. Pour ne citer que deux parmi elles, il y en a une qui perçoit le département de l’eau comme un secteur à part entière puisque la politique hydrique dépasse le seul volet des infrastructures et une autre qui considère que, compte tenu des réalisations au niveau stratégique et de la politique de l’eau, il était temps que ce département revienne sous la tutelle de l’Equipement pour recentrer les efforts, comme par le passé, dans la construction de barrages et d’autres ouvrages. Pour moi, peu importe la tutelle du département, l’essentiel c’est qu’il garde son autonomie et que la politique hydrique demeure indépendante et non pas diluée dans l’un ou l’autre des ministères de tutelle. Pour le moment, c’est le cas puisque nous travaillons comme avant.

Quel bilan d’étape dressez-vous de la Stratégie nationale de l’eau (SNE) lancée en 2009 ?

Avant de vous présenter les réalisations et les projets en cours, je tiens à rappeler les grandes lignes du Plan national de l’eau (PNE) -qui constitue la déclinaison opérationnelle de la SNE- formulées autour de trois grands axes. En premier lieu, il y a l’axe «gestion de la demande et valorisation de l’eau» qui porte essentiellement sur l’amélioration des rendements des réseaux de distribution d’eau potable et l’économie d’eau en irrigation moyennant l’adoption de techniques économes en eau.

Deuxièmement, il y a l’axe «gestion et développement de l’offre» qui s’attelle à définir les principales possibilités d’augmentation de l’offre en eau concernant la poursuite de la mobilisation des eaux de surface via les barrages avec la construction de trois grands barrages par an, le dessalement de l’eau de mer et la promotion de la réutilisation des eaux usées épurées essentiellement dans l’agriculture irriguée et l’arrosage des espaces verts, qui reste malheureusement un potentiel non valorisé.

Le troisième axe a trait à la préservation des ressources en eau, du milieu naturel et l’adaptation aux changements climatiques, notamment à travers l’accélération de la mise en œuvre du plan national d’assainissement liquide et d’épuration des eaux usées et l’adoption d’une gestion des ressources en eaux souterraines participative et durable dans un cadre contractuel.

Qu’en est-il des réalisations phares et des projets relevant de ces trois piliers?

La mise en œuvre de ces actions a déjà démarré en coordination avec l’ensemble des départements ministériels et établissements publics concernés. A titre d’illustration, dans le premier axe, une superficie de l’ordre de 450000 ha a été reconvertie à l’irrigation localisée, avec une moyenne de 50 000 ha/an.

Pour ce qui est de la mobilisation des eaux de surface grâce aux barrages, il y actuellement 14 barrages d’une capacité d’environ 3,5 milliards de m3 qui sont en cours de réalisation et 35 en projet.

Dans le deuxième axe, notamment dans le volet développement et la promotion de la réutilisation des eaux usées épurées, notre département a contribué financièrement à plusieurs chantiers. Cinq conventions ont été signées ces cinq dernières années avec un volume réutilisable de 29Mm3/an et d’autres projets sont en cours de finalisation.

Toujours dans le cadre de ce dernier volet, un plan national de réutilisation des eaux usées préparé par le Secrétariat d’Etat chargé de l’eau en coordination avec les partenaires est en cours de finalisation. Il sera intégré au programme national d’assainissement liquide et d’épuration des eaux.

Pour ce qui est du dessalement de l’eau de mer, dix usines sont opérationnelles à ce jour. Un grand projet de dessalement destiné à la fois à l’irrigation et à l’alimentation en eau potable dans la région de Souss est en cours de réalisation. A Dakhla, également, une autre usine qui devra tirer vers le haut l’agriculture dans cette région est prévue. Les études sont en cours de finalisation. Dans le volet protection des ressources en eau, un nouveau mode de gouvernance des ressources en eau souterraine privilégiant une gestion participative et contractuelle des nappes a été adopté. Il est en cours de mise en œuvre et plusieurs conventions cadres sont en cours de finalisation avant d’être paraphées incessamment.

Je tiens également à signaler que ce PNE sera révisé prochainement selon une feuille de route bien établie pour s’adapter aux dispositions de la nouvelle loi sur l’eau 36-15.

Quels sont les apports de ce texte?

Pour rappel, la loi n° 36-15 sur l’eau a été promulguée le 10 août 2016 et publiée au Bulletin officiel le 25 août 2016. Par ses 12 sections et 163 articles, elle consolide les acquis de la loi n°10-95 sur l’eau et fixe les règles d’une gestion intégrée, décentralisée et participative des ressources en eau en vue de garantir le droit des citoyennes et des citoyens à l’accès à l’eau. Concrètement, d’importants apports aussi bien stratégiques qu’opérationnels sont inscrits au crédit de cette loi, dont la précision et la simplification des procédures d’utilisation et d’exploitation du domaine public hydraulique, ainsi que la mise en place d’un cadre juridique adéquat pour le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées, la collecte et la valorisation des eaux pluviales.

Je cite également le renforcement du cadre institutionnel via la création des conseils des bassins hydrauliques comme étant un Parlement de l’eau à l’échelle du bassin, la clarification des attributions du Conseil supérieur de l’eau et du climat, le renforcement des prérogatives des agences des bassins hydrauliques pour accompagner le chantier de la régionalisation…

Un autre apport concerne l’amélioration des conditions de prévention des phénomènes climatiques extrêmes en précisant les rôles des intervenants et les outils de gestion des risques liés aux aléas climatiques. Sur le plan local, les communes urbaines seront désormais obligées de se doter de schémas directeurs d’assainissement liquide, de réseaux d’assainissement et de stations d’épuration. La loi a aussi défini les règles de préservation des milieux aquatiques et imposé la mise en place de systèmes d’information sur l’eau.

Le Royaume a connu plusieurs inondations ces dernières années avec des pertes matériels et humaines conséquentes. Où en est-on du Plan national de protection contre les inondations (PNI) ?

De par sa situation géographique, le Maroc est confronté à une tendance climatique caractérisée par des épisodes pluvieux courts mais intenses qui risquent d’être accentués par le contexte de changements climatiques global. Face à cette situation et afin d’atténuer les effets des inondations, je rappelle que le Plan national de protection contre les inondations a été mis en place en 2002. Il a permis d’inventorier environ 400 sites exposés aux inondations. Le Secrétariat d’Etat chargé de l’eau a entamé sa mise en œuvre depuis 2003. Dans ce cadre, les ouvrages de protection de plus de 20 villes, dont Mohammedia, Al Hoceima, Ben Ahmed, Berrechid, Nouaceur, Tata, Zayo, Oued-Zem et El Ksar El Kébir ont été réalisés. Le montant global des investissements réalisés est de l’ordre de 7 milliards de DH.

Pour redéfinir les priorités d’intervention en tenant compte des événements pluvieux des années 2009-2010 et de l’apparition des nouveaux sites noirs, le SEE a procédé à l’actualisation de son PNI.

Le potentiel des ressources en eaux naturelles au Maroc est estimé en année moyenne à près de 22 milliards de mètres cubes (eau de surface : 18 milliards de m3/an et eau souterraine : 4 milliards de m3/an). Ce potentiel est caractérisé par une grande disparité territoriale. En effet, plus de 70% des eaux de surface sont concentrées sur moins de 15% du territoire national à l’extrême Nord-Ouest du Royaume. Le Maroc dispose actuellement d’un patrimoine de 140 grands barrages d’une capacité globale de 17,6 milliards de m3. Ces infrastructures ont permis au Royaume l’accès généralisé à l’eau potable en milieu urbain et un taux d’accès d’environ 96% en milieu rural, l’irrigation de près de 1,5 million d’hectares, la protection contre les inondations de vastes territoires et la couverture de près de 10% des besoins en électricité par la production de l’énergie hydro-électrique en année d’hydro-électricité normale. Durant la période du 1er septembre 2016 au 21 juin 2017, le Maroc a connu un bilan pluviométrique généralement déficitaire. Les précipitations enregistrées durant cette période ont oscillé entre 100mm au niveau du bassin Drâa et 690 mm au niveau du bassin de Tanger avec une valeur maximale de 1186 mm au niveau du bassin de Sebou. Ces précipitations ont permis de générer des apports d’eau au niveau des barrages évalués à 4,8 milliards de m3. Ces apports sont déficitaires de 48% par rapport à l’apport moyen de la même période des séries longues observées, et excédentaire de 36% par rapport aux apports de la même période de l’année dernière. Cette situation hydrologique a permis de stocker un volume d’eau évalué au total à 7,7 milliards de m3 à la date du 21 juin 2017, représentant ainsi un taux de remplissage de 50%. La puissance installée à ce jour dans l’énergie hydraulique est de 1 771 MW tandis que sa production hydro-électrique à fin 2016 a atteint 1 134 GWh. Elle a avoisiné 238 GWh durant le premier trimestre de 2017.