1 900 postes ne pourront être pourvus dans les hôtels en 2009

Surnombre dans certaines filières et régions, déficit dans d’autres.
Les hôtels de Marrakech, Tanger-Tétouan, Doukkala et de l’Oriental manqueront de personnel.
62 000 lauréats devront être mis sur le marché entre 2008 et 2012.

Le volet ressources humaines est le talon d’Achille du secteur touristique.
Ce n’est pas un hasard si, en tête des recommandations des dernières assises tenues en juin 2008 à Tétouan, figurait la préparation d’un contrat-programme RH-hôtellerie pour la période 2008-2012. L’état des lieux est devenu alarmant et, il faut bien le dire, ce volet n’a pas bénéficié de l’attention qu’il méritait au moment de la mise en œuvre de la Vision 2010.

Mais, depuis juin, le travail piloté par le ministère du tourisme semble bien avancer et le contrat-programme est en train de prendre forme. Si l’on en croit une source proche du dossier, il sera finalisé avant la fin de l’année, donc conformément au planning établi.

En tout cas, un document de travail du ministère, dont La Vie éco a pu se procurer une copie, établit avec une précision quasi chirurgicale les besoins quantitatifs du secteur pour l’année 2009, qui serviront de base à l’élaboration et au réajustement des priorités.

L’offre et les besoins pour 2009 sont déclinés par profils et par régions avec un constat pour le moins inquiétant : l’urgence d’une adéquation formation/emploi dont on est encore loin. En effet, de ce document, qui a fait l’objet d’une réunion entre les responsables du ministère du tourisme et ceux du secteur privé jeudi 16 octobre, il ressort, en termes quantitatifs, que le système de formation national privé et public doit mettre sur le marché, pour la période 2008-2012, quelque 62 000 lauréats pour répondre aux besoins de tout le secteur, dont 70% concentrés dans les métiers de l’hôtellerie, et 80% dans quatre régions.

Par ailleurs, la confrontation de l’offre globale par filière aux besoins fait ressortir, pour la seule année 2009, un déficit de 1 900 personnes. Et il ne s’agit pas forcément et seulement de personnel hautement qualifié. Ainsi, entre autres profils, celui des employés d’étage fait cruellement défaut. Pour 2009, les besoins sont de 2 729 personnes alors que le système mettra sur le marché seulement 1 201 lauréats, soit un déficit de 1528.

Trop de pâtissiers et de réceptionnistes, peu d’agents de maintenance et d’animation
Même chose pour les assistantes gouvernantes, dont l’offre est de 123 personnes face à une demande de 247, soit 124 postes non pourvus. La filière maintenance hôtelière souffrira d’un manque de 445 agents, la restauration de 342 et, d’une manière générale, les services de restauration de 856. Les déficits à rattraper touchent aussi l’animation touristique (-146), etc.

En revanche, d’autres filières n’auront aucun mal à trouver le profil recherché. C’est le cas des boulangers pâtissiers qui présenteront un excédent de 618 personnes, des métiers de cuisine (+178 personnes) et des réceptionnistes (+507).

Le problème est aussi inégalement ressenti au niveau des régions. Il en va ainsi pour Marrakech, dont le déficit pour 2009 est évalué à quelque 1774 personnes. La région de Tanger -Tétouan devrait chercher ailleurs 950 lauréats, l’Oriental a besoin de 1 088 lauréats et Doukkala-Abda de plus de 1 200 personnes.

En gros, les régions touristiques qui connaissent des investissements importants, dans le cadre du plan Azur ou en dehors de ce dernier, auront du mal à trouver le personnel sur place. A l’opposé, une région comme Rabat-Salé, qui va mettre sur le marché plus de 500 lauréats, n’a pas besoin de personnel supplémentaire.

C’est le cas pour le Grand Casablanca où les lauréats des écoles hôtelières sont en surnombre (+1 331). Idem pour Meknès, où il n’y a aucun poste pour les 630 lauréats qui arrivent.

Certes, il ne s’agit pas d’ajuster à la personne près l’offre et la demande en matière de ressources, mais le fait est que les écarts dans un sens ou dans un autre sont importants…

Le contrat RH-hôtellerie devrait donc permettre, dans le cadre du partenariat public/ privé, et à travers des réajustements quantitatifs et qualitatifs, de remédier à la situation. Ainsi, les principaux engagements du département du tourisme et des représentations professionnelles associées à cette démarche s’articulent autour de plusieurs axes.

Le comportemental et la communication d’abord
Sur le plan quantitatif, il s’agira de réajuster l’offre de formation par filière et par région tout en poursuivant l’effort d’amélioration du dispositif de formation.

A ce titre, dès le mois de novembre prochain, les principales régions concernées par cette problématique seront visitées pour arriver à une meilleure coordination dans ces réajustements qui impliquent plusieurs centres de décisions et intervenants.

Sur le plan qualitatif, il est prévu de privilégier l’approche par compétence et de renforcer les modules liés au volet comportemental, à la communication et à l’utilisation des TIC. En même temps, il est prévu de mettre en place des modules pour la formation des formateurs et de développer les formations de cadres moyens et du top management.

Comme l’explique un expert avisé dans ce domaine, «il ne suffit pas de disposer de toutes les pièces mécaniques pour réussir l’assemblage d’un moteur. Encore faut-il le faire tourner au régime qu’il faut». C’est là que réside toute la problématique de la formation au Maroc et pas seulement celle liée au secteur du tourisme.