Portrait de Mohamed Ben Brahim, Co-fondateur de la coopérative agricole «Sahara Bio»

Mohamed Ben Brahim, jeune agriculteur de 29 ans, a quitté des études en sociologie pour se consacrer à l’agriculture bio. Aujourd’hui à la tête d’une coopérative agricole dénommée Sahara Bio, il raconte son parcours depuis ses années d’apprenti jusqu’à sa maîtrise de la transformation des produits agricoles biologiques.

En intégrant l’Université Moulay Abdellah de Fès pour des études de sociologie en 2009, Mohamed Ben Brahim ne s’imaginait pas se trouver, 10 ans plus tard, à la tête d’une coopérative agricole. Natif de la commune de Missour, située dans la province de Boulemane dans la région de Fès-Meknès, rien ne le prédestinait à devenir agriculteur. Rien… ou presque. Lycéen, il travaillait à ses heures perdues dans les souks de la ville où il commercialisait des fioles d’huile d’olive, d’amande et d’argane. Ces huiles, produites par des coopératives locales, renforceront les liens que Mohamed tissait avec les produits du terroir, et l’initieront aux arcanes du métier de la transformation des produits naturels.
Une fois à l’université pour étudier la sociologie, le futur expert en agriculture biologique est dépitée par le déroulement des cours, les grèves à répétition et les incessantes annulations des examens programmés. Par la force des choses, il se consacrait chaque jour un peu plus à ses activités commerciales, jusqu’à cumuler une expérience de six ans dans le circuit de la récolte, du conditionnement et de la distribution. Il représente la coopérative qui l’employait lors de plusieurs expositions, et se découvre un don pour la vulgarisation des procédés et la captation de l’intérêt des visiteurs et clients. Au même moment, sa passion pour les produits naturels et leurs multiples applications s’affirmait. L’idée de changer de vocation et de s’installer en propre commençait à lui trotter dans la tête. Mais c’est un camarade de l’université qui le poussera à se décider une fois pour toutes. En 2017, un dossier de constitution d’une coopérative est déposé à la préfecture de Missour. Dix jours plus tard, Sahara Bio voyait le jour.

2,5 millions de tonnes commercialisées en 2018

Fraîchement lancée, la coopérative créée par Mohamed se spécialise dans la transformation d’huiles diverses. Mais ce dernier comprend très vite que pour espérer la rentabiliser, il lui fallait se développer dans un marché plus grand, avec une gamme de produits plus diversifiée. C’est alors qu’il intègre le Centre Lilyane de Naturopathie créé au Maroc en partenariat avec Soly Manantial et Fenaco Espagne, deux centres d’étude et de formation spécialisés dans tous types de processus de transformation de produits du terroir. Mohamed y apprend à fabriquer du savon, du champoing, des crèmes pour le corps, des masques, etc. Tous issus de produits bio. Une fois son diplôme en main, notre ancien étudiant en sociologie va s’installer à Casablanca et proposer, dans un petit magasin situé dans le quartier de Bourgogne, pas moins de 60 références. En 2018, la coopérative Sahara Bio a écoulé 2,5 tonnes de produits bio issus du terroir, et fidélise continuellement les clients, grâce notamment à sa machine de presse d’huile, qui lui permet de produire de l’huile en présence des clients. A 29 ans, Mohamed ne regarde que rarement dans le rétroviseur, et ne montre aucun signe de regret. «Les produits du terroir m’ont sauvé. Je faisais fausse route, et le retour aux sources m’a permis de m’épanouir en vivant de ma passion».