«Nous devons mieux nous organiser à travers des programmes de production en phase avec la commercialisation»

Production, export, fiscalité et financement sont les contraintes et les aléas du moment de l’activité. Il met en exergue l’intérêt de mieux conjuguer production et commercialisation.

Lahoucine Adardour, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation de fruits et légumes (FIFEL) et président de l’Association des producteurs et producteurs exportateurs de fruits et légumes (Apefel), expose les préoccupations du secteur.

Comment se déroule actuellement la campagne d’exportation de fruits et légumes ?
Jusqu’à présent, le bilan est plutôt passable pour les cultures maraîchères. Nous sommes confrontés à plusieurs contraintes. Au niveau de la tomate, la variété de la tomate ronde enregistre véritablement une commercialisation difficile en raison de la concurrence. La recette nette production est à peine de 0,20 euro le kg à l’export. De plus, nous faisons face à des problèmes de rendement à cause de maladies et en raison du froid qui a marqué cette campagne. Notre rendement a baissé aujourd’hui de près de 50% dans certaines exploitations. Alors qu’il était entre 150 à 200 tonnes à l’hectare, il n’est plus que de 120 à 100 tonnes à l’hectare lors de cette campagne de production, en raison de tous ces aléas. Paradoxalement, nos coûts de production sont en hausse. Ils atteignent aujourd’hui 400 000 à 500 000 DH/ha pour les cultures de tomates sous abris.
Pour les exportations d’agrumes, la filière a enregistré un véritable bond en termes de production. Le rendement des arbres a doublé et même triplé. Mais sur le plan commercial nous avons de grosses difficultés à écouler notre production. Plus que jamais il faut mieux nous organiser à travers des programmes de production conjugués à des programmes commerciaux adossés à des contrats de vente avec nos acheteurs. C’est primordial pour aller de l’avant à l’international et même au niveau national.

Les préoccupations sont donc grandes. Quelles sont vos priorités du moment ?
Il est important dans ce contexte pour nous maintenir que les crédits accordés par les banques soient prolongés. C’est primordial pour que nous puissions financer la prochaine campagne de production. Il y a aussi les prochaines Assises de la fiscalité.

Quelles sont vos doléances à ce niveau ?
Les représentants de la Comader (NDLR: Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural) ont été reçus dernièrement par le directeur général des Impôts. Nous lui avons exposé nos a priori concernant l’imposition de l’activité. Les agriculteurs n’ont pas encore véritablement assimilé l’imposition du secteur.
Aussi, la Fifel a proposé l’application du régime forfaitaire conventionnel durant une longue période transitoire qui pourrait être même de plus de 25 ans. C’est nécessaire le temps que les mentalités changent et que la profession intègre vraiment dans son activité ces nouvelles charges. Nous souhaiterions aussi que les taxes que nous payons d’office telle celle au niveau du marché de gros, soient prises en compte dans la fixation des taux d’imposition auxquels l’activité est soumise. Il est aussi important que la facturation soit généralisée dans tous nos échanges commerciaux sur le marché local. Nous sommes de gros consommateurs de TVA mais nous n’arrivons pas à la récupérer en raison de l’absence de factures dans un grand nombre de transactions.

Cette année, les précipitations ont été relativement faibles. Quel impact sur vos coûts de production ?
Le pompage des eaux souterraines coûte cher. Il est aujourd’hui en moyenne à 1 DH la tonne en raison de la hausse des prix de l’énergie. Malgré toutes ces préoccupations, nous restons optimistes. L’activité continue à se diversifier.
Des mesures sont prises par le département de tutelle en faveur du développement de la transformation qui va absorber une partie de la production agrumicole. La filière des fruits rouges est de son côté en plein essor avec des programmes ficelés avec les grandes surfaces de distribution à l’export. Et c’est bien sûr des retombées très positives au niveau social en termes de création d’emplois en faveur du monde rural.