Investissements : Le soutien multiforme de l’Etat

Plusieurs dispositifs d’aide et de subvention portent sur les cultures à fort potentiel d’exportation. Encadrement complet pour la certification, formation et soutien au financement sont proposés aux producteurs.

Les projets d’investissement dans le secteur agricole sont accompagnés de très près par l’Agence pour le développement agricole (ADA). Cette dernière œuvre pour l’émergence d’un modèle d’exploitation agricole pérenne et fructueuse, conformément aux objectifs prévus par le Plan Maroc Vert (PMV). Ainsi, pour encourager et accompagner les promoteurs dans la réalisation de leurs projets, plusieurs mécanismes et mesures incitatives ont été mis en place. Parmi ceux-ci, des subventions financières accordées par le Fonds de développement agricole, l’assurance agricole, la facilitation de l’accès au financement bancaire, l’instauration d’un cadre juridique de l’agrégation, la création d’agropoles et la facilitation de l’accès au marché international.
Placé au cœur de l’équation du PMV, le développement des investissements agricoles a été rendu possible grâce aux actions menées par le Fonds de développement agricole, et ce par la mise en place d’un système d’incitations à l’investissement qui, à travers un réseau de 58 guichets uniques, a permis d’atteindre les objectifs fixés. Ce système s’est voulu plus rationnel, inclusif et facile d’accès à l’ensemble des catégories d’agriculteurs et d’éleveurs. Sa mise en place a nécessité la révision des textes juridiques, des procédures, de l’organisation des services, la mise en place du système d’information dédié ainsi qu’un plan de formation et d’information. Ainsi, un système ciblé d’aides financières de l’Etat a été mis sur pied, et s’est basé sur les engagements pris dans les contrats programmes des filières de production. Il permet le ciblage des filières prioritaires du PMV, l’accompagnement du Programme national d’économie d’eau en irrigation (PNEEI) et la facilitation de l’accès aux aides au bénéfice de l’ensemble des agriculteurs à travers un système universel et inclusif. Aussi, ce système garantit la rationalisation des investissements et l’instauration du principe de proximité du service rendu aux agriculteurs par le développement d’un réseau de 58 guichets uniques au niveau de l’ensemble des Directions provinciales de l’agriculture (DPA) et des Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA).
D’après les données fournies par l’ADA, l’investissement dans certaines filières est fortement encouragé par des facilitations et des aides financières ciblées. Les vergers d’olivier, d’agrumes, d’amandier, de figuier, de caroubier, de pistachier et de noyer, aux côtés des pommiers, de prunier et d’arganier sont subventionnés, parfois jusqu’à 80% du coût d’acquisition. Ces exploitations bénéficient de couvertures pour ce qui est des projets d’irrigation locales et d’aménagement du foncier, au même titre que l’acquisition du matériel agricole et de protection des cultures, qui sont, également, largement subventionnés.

La coopérative comme vecteur de développement

Ainsi, les différentes opérations bénéficiant des aides financières de l’Etat ont été redéfinies pour répondre aux orientations précédentes. Ces aides ciblent les différents maillons de la chaîne de production de l’amont à l’aval des filières. Ces opérations concernent les aménagements hydro-agricoles et les opérations foncières, les équipements des exploitations en matériel agricole et d’élevage, l’intensification de la production animale, les plantations fruitières, l’utilisation de semences certifiées, le développement des unités de valorisation des produits agricoles et la promotion et la diversification des exportations.
Les projets d’agrégation, quant à eux, bénéficient de taux bonifiés pour l’acquisition de matériel agricole, majoré de 10 à 20 points, ainsi que pour l’équipement en système d’irrigation localisée, subventionné à hauteur de 100%. L’équipement en système d’irrigation de complément est, pour sa part, subventionné à 70%. Les subventions forfaitaires sont aussi accordées aux agrégateurs à hauteur de 5000 DH/ha pour les filières pour les productions végétales, et 350 DH/tête pour les filières animales.
Aussi, le système des aides et incitations a permis d’assurer une garantie pour les organismes bancaires pour le financement des investissements réalisés par les agriculteurs. L’octroi d’une attestation d’approbation préalable aux agriculteurs garanties une subvention qui sera accordée aux investisseurs et par conséquent le remboursement de la totalité ou d’une partie des prêts octroyés par les banques. Les incitations accordées à travers le FDA ont connu une importante croissance depuis 2008, traduisant la pénétration du système auprès de toutes les catégories d’agriculteurs et la dynamique positive et le climat favorable d’investissement agricole privé créé par la stratégie PMV. Ainsi, ce sont plus de 26 milliards de DH d’incitations qui ont été accordées entre 2008 et 2018 dont presque 50% au titre des projets d’économie d’eau à la parcelle. 19% de ces aides ont concerné le développement de la mécanisation et de l’équipement des exploitations agricoles, tandis que 12% d’entre elles ont contribué au développement des filières animales et 11% pour l’appui des agriculteurs pour l’utilisation des semences sélectionnées à des prix subventionnés. L’extension des vergers nationaux à travers de nouvelles plantations fruitières a capté 4% des aides. Pareil pour les actions menées en vue d’améliorer la compétitivité des exportations des produits agricoles, qui ont également capté 4% du total des aides octroyées.
Khadija Bendriss, directrice du développement des produits du terroir au sein de l’ADA, explique que «le secteur est très largement composé de petits agriculteurs. Et ceux qui réussissent le mieux à organiser leur productivité sont ceux qui se regroupent en coopératives agricoles». A son avis, ce format s’avère être «le plus efficace pour le développement des petites exploitations agricoles. Il est également le moins contraignant, et favorise la poursuite des investissements en mutualisant les moyens et en travaillant dans le sens d’une planification complémentaire de la production».

Ouverture d’esprit, audace et flexibilité

Créer une coopérative agricole est, d’après l’ADA et plusieurs petits agriculteurs qui en ont fait l’expérience, une chose des plus aisées : un dossier est constitué, résumant le projet agricole, la nature de l’exploitation et le type de produits. Un minimum de 5 contributeurs doivent être réunis, et la dénomination commerciale de la coopérative déposée à l’OMPIC. Un compte bancaire au nom de la coopérative est ensuite créé, et chacun des membres devra s’acquitter d’une contribution, souvent fixée à moins de 250 DH par personne. Le dossier est ensuite déposé à la préfecture locale et étudié par les équipes chargées de la validation des projets au sein du ministère de tutelle. Le processus dure 10 jours en moyenne.
Toutefois, mettre sur pied une coopérative n’est que la case départ. Les exploitants se doivent de faire preuve d’ouverture d’esprit, d’audace et de flexibilité. «Les petites coopératives qui arrivent à se faire labéliser ont beaucoup plus de débouchés», affirme la directrice du développement des produits du terroir de l’ADA. Elle poursuit : «La mise à niveau des petites coopératives, quant aux obligations de la loi N°15-06 relative aux signes distinctifs d’origine et de qualité des denrées alimentaires et des produits agricoles et halieutiques (SDOQ), se fait par le biais de programmes de formation sur la valorisation des produits, leur conditionnement, leur accès aux marchés internationaux, la négociation des contrats d’approvisionnements aussi bien au niveau local qu’avec des groupes internationaux, la communication, le marketing et les finances». Aussi, les coopératives qui certifient leurs produits décrochent des tickets d’entrée aux manifestations agricoles internationales. L’ONSSA et Morocco FoodeX sont les deux organismes qui permettent aux produits des coopératives d’intégrer les rayons du marché mondial. Sur place, l’ADA assiste les coopératives sélectionnées pour la conclusion de contrats d’approvisionnement avec des groupes étrangers, et les aide dans les démarches logistiques nécessaires à l’exportation de leurs produits.
Le résultat des différentes actions menées peut être apprécié à travers les investissements réalisés, qui ont totalisé près de 63 milliards de DH avec un effet de levier des incitations de 2,4. Le contrat-programme pour le développement des industries agro-alimentaire, signé en avril 2017, prévoit un investissement global de l’ordre de 12 milliards de DH à l’horizon 2021, dont 33% provenant de la contribution de l’Etat. Celle des opérateurs privés s’élève à 66 %. Ce contrat-programme vise la création de 38 457 emplois additionnels, et la réalisation d’un chiffre d’affaires annuel additionnel de 41,74 milliards de DH.

Le Maroc compte 5000 coopératives agricoles. Dans le lot, 642 d’entre elles ont bénéficié de l’accompagnement de l’ADA pour la formation, la certification et l’exportation de leurs produits. Ces coopératives totalisent 15 000 unités de production, dont 2500 spécialisées dans les produits les plus prisés par le marché international (huiles d’argane et d’olive, olives, dattes, plantes médicinales, figues, etc.). Le marché est estimé à 4 milliards de DH.