Ils ne sont pas en rupture avec les valeurs sociales

On les décrit comme égoïstes, irrespectueux et rebelles. Pourtant, l’enquête révèle une face beaucoup plus consensuelle des millennials. Ils revendiquent les mêmes valeurs que le reste de la société, mais avec de légères différences selon les critères de classification.

La tolérance. L’écrasante majorité des personnes interrogées (77%) attribue une note de 9 à 10 à cette valeur, soit une très bonne note. Mieux, il y a une véritable convergence autour de cette valeur, l’écart type n’étant que de 1,78. Plus cette valeur est faible, plus les données sont regroupées autour de la moyenne, ce qui témoigne d’une homogénéité des attitudes sur un critère défini au sein d’une population statistique. Ce n’est peut être pas une surprise que les femmes soient plus tolérantes que les hommes : 80% d’entre elles lui attribue une note de 9 ou 10 et l’écart type est de 1,72 au lieu de 1,84 chez l’autre sexe. Selon la classe d’âge, il y a plus de dispersion chez les 22-25 ans, et les CSP C. Et petite surprise, les CSP AB font preuve de beaucoup de tolérance, avec une concentration beaucoup plus dense que la base. Avec une note de 9,4/10, ils dépassent la moyenne générale située à 9,1.
Par ville, Tanger et Agadir sortent du lot avec une moyenne de 9,3/10 contre 9,2 pour Marrakech.
Casablanca, Rabat et Fès sont en dessous de la moyenne. Leurs jeunes sont, à l’évidence, rattrapés par la pression des grandes métropole où l’individualisme est très poussé. Mais de manière générale, la situation est loin d’être préoccupante.

La solidarité

Le sens du partage et de l’entraîde est bien présent. La solidarité est très bien notée par les enquêtés, sexe, âge, CSP et lieu de résidence confondus. Il y a aussi une réelle homogénéité des opinions, l’écart type dans tous les cas inférieur à 2.
Ce sont encore les femmes qui attribuent la note la plus élevée à cette valeur. Et si l’on prend en considération l’âge, les 30-35 ans y attachent une plus grande importance que les 22-25 ans qui sont en dessous de la moyenne et les 26-29 ans. Ces données montrent que plus on prend de l’âge plus on s’assagit.
Par cette CSP, cette valeur reste bien partagée. Cependant, il vaut mieux se retrouver à Tanger, Marrakech ou Agadir qu’à Casablanca ou Rabat. Fès est encore en dessous de la moyenne générale. Ce score suscite une opinion défavorable mais on ne va pas jusqu’à dire qu’il fait moins bon vivre dans la capitale spirituelle que dans les autres grandes cités du pays.

L’amitié

C’est un grand paradoxe que ressort l’enquête. Tolérant et solidaire, le millénial est moins subjugué par cette valeur, même s’il y attache encore une certaine importance. Seulement 61% de l’échantillon lui attribue une note de 9 à 10. On remarque aussi une forte dispersion (écart type supérieur à 2, quel que soit le critère).
Les hommes y croient moins que les femmes. Et moins on est bien placé sur l’échelle sociale, moins on lui attache de l’importance. Pour illustration, seulement 58% des DE lui attribuent 9 ou 10.
Par ville, c’est la même configuration que les précédentes valeurs citées qui apparaît. Les deux capitales et Fès sont en retrait par rapport à Marrakech, Agadir et Tanger.

La famille

Elle reste sacrée. En effet, quand tout va mal, il n’y a qu’elle qui peut vous protéger et vous soutenir. La majorité des sondés la place en haut de l’échelle des valeurs. Encore plus chez les femmes que chez les hommes. A ce niveau, on peut dire que le conservatisme résiste à l’évolution du monde. Le millénial marocain peut être rebelle vis-à-vis de la société, mais ne coupe pas les ponts avec ses racines. Cette attitude est cependant beaucoup plus prégnante dans la capitale du Souss où les opinions sont largement plus homogènes. Il apparaît clairement, à l’aune des précédentes valeurs évoquées, que cette région est mieux protégée de l’influence extérieure.

L’amour

Oui à la famille, mais dès qu’on leur parle d’amour, les millennials deviennent moins enthousiastes. Elle prend une place moins importante sur l’échelle des valeurs, avec une forte dispersion. Naturellement, les plus jeunes y attachent encore moins d’importance. Peut-être qu’à 22-25 ans, on a d’autres priorités comme rechercher un emploi et mieux attaquer la vie active. L’intérêt grandit à 26-29 ans, l’âge des liaisons sérieuses et du mariage, et décroit au-delà. Ce sont les millennials de Casablanca qui donnent l’impression d’être plus distants, alors que le romantisme est à un très haut niveau dans la ville ocre (80% des sondés lui attribuent une note de 9 à 10 contre 50% dans la capitale économique). L’équilibre d’Agadir reste intact : 69% des enquêtés de cette ville y croient fortement. Et plus on est bien placé sur l’échelle sociale, moins l’amour devient important. Est-ce dû à l’égoïsme : 53% seulement des AB l’ont notée 9 ou 10. Néanmoins, ils ont une opinion plus homogène que les C qui restent très partagés. D’ailleurs, la note moyenne attribuée à l’amour (7,7) est en dessous de la générale qui est de 8,1.

Les études

Homme ou femme, jeune ou moins jeune, riche ou issu de la classe populaire, tout le monde y croit. L’homogénéité des opinions est très marquée. La gent féminine et les classe DE placent cependant les études très haut. Preuve qu’ils considèrent l’école comme un moyen d’accomplissement de soi. C’est encourageant dans un pays où l’on dit que l’ascenseur social est en panne. Une remarque, Fès se présente encore comme un cas particulier. L’intérêt pour les études est moins prononcé que dans les autres villes, même s’il reste significatif.

Le travail

C’est un point qui fait l’unanimité. Il est aussi placé très haut dans l’ordre des priorités. Même si les valeurs de solidarité restent bien ancrées, on ne compte d’abord que sur soi-même. Avoir un emploi et se prendre en charge inspirent confiance dans toutes les sociétés. Les opinions sont largement convergentes, que l’on soit de Casablanca, Fès, Rabat, Marrakech, Agadir ou Tanger.

Le mariage

Difficile de penser à fonder une famille quand on attache une moindre importance à l’amour. Le besoin de liberté des millennials se manifeste plus nettement dès que l’on aborde la question du mariage. Seulement, la moitié de l’échantillon le juge très important. Petite surprise, les femmes (49% lui donne 9 ou 10) y croient moins que les hommes. Peur de la déception, niveau d’études plus élevé, donc opportunités d‘avoir une indépendance financière, volonté de se libérer du carcan social… L’attitude de la gent féminine par rapport au mariage peut être expliquée par ces facteurs. La moyenne générale est toutefois correcte, ce qui veut dire que les jeunes ne répugnent pas, tant que ça, à convoler en justes noces, même s’ils font preuve d’une grande prudence. Ils sont encore plus en retrait à Casablanca et Rabat que dans les autres quatre villes étudiées.

La justice

Une quasi-unanimité se dégage à propos de cette valeur. Les jeunes ont soif de justice et le disent ? (Est ce pourquoi ils se désintéressent de la chose politique). Avec une note moyenne de 9,4, ils la placent au même niveau que les valeurs cardinales que sont la solidarité et l’honnêteté. Il est vrai qu’à cet âge on est plus idéaliste que les aînés. Malgré tout, la justice est une valeur cardinale dans toute organisation humaine. Et qui dit justice, dit mérite. Les avis sont également convergents sur cette valeur. En d’autres termes, les jeunes veulent plus d’équité

La politique

C’est un gros travail que doivent mener les formations politiques. Les jeunes attachent très peu d’importance aux batailles partisanes. Sur une échelle de 10, la politique obtient une note moyenne de 5 et descend parfois en dessous selon la catégorisation. On relève cependant une très faible polarisation sur cette question. Ce qui veut dire qu’on a parlé en fonction des circonstances sans s’y appesantir. Ce détachement est plus net à Casablanca et Rabat, contrairement à Fès, Marrakech et Tanger. La capitale spirituelle est sans doute la ville où les étudiants sont très politisés. C’est certainement ce qui explique cela.

L’honnêteté

C’est une valeur bien partagée. L’écart type est en dessous de 2. Quel que soit le critère, les sondés lui octroient, à une écrasante majorité, la note 9 ou 10. C’est là aussi une preuve de la normalité des jeunes. Les femmes y attachent une très grande attention, tout comme les résidants de Marrakech et d’Agadir. On relève quand même une plus grande disparité des opinions à Casablanca avec un écart type supérieur à 2.

La richesse

Ils veulent être autonomes, mais la richesse n’est pas leur finalité. Moins de la moitié de l’échantillon lui octroie une note de 9 à 10. En revanche, les femmes et les CSP DE la jugent un peu plus importante. Reste qu’il y a moins d’homogénéité que sur la solidarité, la famille et le travail.

Respect des aînés

C’est une valeur sacrée, en témoignent le score (une note de 9,8) et la polarisation des opinions (écart type de 0,81). L’image de rebelle qui leur colle se fissure si on les interroge sur leurs rapports avec leurs aînés. C’est une valeur extrêmement ancrée à Agadir ; à tout le moins, plus que dans les autres villes. Les femmes aussi l’inscrivent en tête de leurs préoccupations, plus que les hommes.

Fiche technique