Hajja Khadija El Qorti, Une grande dame au cœur d’or

Présidente de l’association Jannat, Khadija El Qorti ou Lhajja Khadija pour les intimes, ne ménage aucun effort pour venir en aide aux femmes malades du cancer, à travers son association qu’elle a créée en 2009. Elle a 80 ans mais reste toujours très engagée sur le plan social.

Cette femme de près de 80 ans a ouvert gratuitement sa maison sise au quartier Yaacoub El Mansour à Rabat aux femmes atteintes de cancer il y a plus de 10 ans. Lors de ses visites à l’hôpital où son mari était traité de cancer (décédé depuis cette date), Khadija El Qorti remarquait que les malades en traitement chimiothérapique ou radiologique venus de diverses régions hors de Rabat passaient souvent la nuit dehors ou attendaient leur rendez-vous à l’entrée de l’hôpital. D’où l’idée d’ouvrir sa maison dès fin 2007 devenue ensuite «l’association Jannat pour l’hébergement gratuit des malades cancéreux» en 2009. L’association accueille 36 femmes nourries, logées, blanchies et très heureuses malgré leur maladie. Certaines viennent pour une nuit ou deux. D’autres restent plus longtemps, selon l’éloignement de leur ville. Depuis un an et 4 mois, Lhajja Khadija a même loué une maison annexe lui permettant d’héberger 17 femmes sur les 36 dans de bonnes conditions. «Si l’Etat ne m’avait pas imposé des limites, j’aurai accueilli jusqu’à 50 femmes», déclare Lhajja Khadija qui a perdu son fils il y a deux mois d’une crise cardiaque.
Pour obtenir le statut d’association, la maison de Lhajja devait se conformer aux normes et standards de l’Etat.

Très appréciée par ses protégées

Les matelas au sol ont laissé place à des lits individuels avec table de chevet. En 2015, l’association qui emploie 9 personnes (non encore déclarées à la CNSS faute de moyens) a entrepris des travaux pour renforcer les fondations de la maison. «Nous avons déboursé 150000 DH pour créer ou renforcer 17 poutres et éviter ainsi les risques d’effondrement (permettant d’obtenir l’attestation de stabilité). Les travaux sont entamés dans la maison à chaque fois que cela est nécessaire»,tient-elle à dire accompagnée de son secrétaire général Abdellah Sassioui et de son trésorier et frère Salah El Qorti.
Cette femme certes analphabète au cœur d’or est très appréciée par ses convives. Une ambiance bon enfant règne dans sa maison tranchant avec celle morose de l’hôpital. Mais cette ambiance a un prix. «Le coût de la prise en charge des patientes chaque semaine peut atteindre 5000DH. Nous avons un mini-van pour transporter les femmes en traitement chaque jour mis à notre disposition par l’INDH. Par ailleurs, les dons que nous recevons ne sont pas réguliers et sont surtout en nature alors que nos charges fixes sont importants. Nos besoins ne se limitent pas à la nourriture.Nous avons aussi besoin de ressources financières. Une hygiène irréprochable et de l’eau chaude sont très importantes pour le bien-être des patientes. Il faut payer pour cela. Les salaires des femmes de ménage, du personnel et le loyer de l’annexe sont budgétivores», déclare le SG.
L’association Jannat ne peut pas prétendre pour l’instant à des fonds publics. Pour ce faire, elle doit obtenir le statut d’association à utilité publique et se conformer à un cahier des charges très strict: deux femmes par chambre dotée de sanitaire indépendant, des assistantes sociales, un médecin ou infirmier à disposition en permanence, une maison adaptée aux handicapés… Toutes ces conditions semblent difficiles à satisfaire. Mais l’espoir de Lhajja d’apporter de l’assistance et de la chaleur à ces femmes est incommensurable