Gazoduc Nigéria-Maroc : les résultats de l’ingénierie préliminaire seront bientôt livrés

Après avoir finalisé l’étude de faisabilité en janvier, le cabinet Pempsen a effectué une estimation approfondie de l’étude sur l’offre et la demande de gaz.

Bientôt du nouveau dans le projet du gazoduc Nigéria-Maroc, un projet qui devra changer drastiquement la logistique d’acheminement du gaz produit en Afrique vers le Vieux continent. Ce mois de mars, la société d’ingénierie britannique Pempsen, à laquelle l’ONHYM et la société nigériane d’hydrocarbures NNPC ont attribué le contrat d’ingénierie préliminaire (FEED), pour la première phase de la construction de ce projet, devra livrer les résultats de son étude. L’annonce, faite par le cabinet britannique lui-même, en janvier 2019, a suivi l’étude de faisabilité réalisée par le même cabinet en juillet 2018. Une de ces plus importantes conclusions de cette étude était l’estimation de la longueur du gazoduc à 5 700 km. Ce que Pempsen devra livrer ce mois, ce sont les travaux d’évaluation de l’étude de faisabilité avec une estimation approfondie de l’étude sur l’offre et la demande de gaz. Parmi les travaux qu’elle devra effectuer aussi figure une étude d’impact environnemental et social (EIES). Celle-ci a pour objectif d’optimiser le tracé proposé ainsi que les aspects économiques de sa réalisation. Pempsen aidera également les deux partenaires marocain et nigérian dans les phases de la commercialisation et de la promotion du gazoduc auprès des futurs clients potentiels.

Le projet a des objectifs multiples

Dans un entretien publié dans nos colonnes il y a quelques semaines, Abdelaziz Rabbah, ministre de l’énergie et des mines, avait souligné l’importance des études réalisées dans le cadre de ce projet pour les pays de la région. «Les études relatives au gazoduc Nigéria-Maroc sont toujours en cours et la commission mixte est à l’œuvre. Plus encore, les pays de l’Afrique de l’Ouest sont toujours vivement intéressés par cette future infrastructure, dont la Mauritanie qui a manifesté son intérêt pour s’y associer en tant que producteur», avait souligné le ministre. En effet, les études relatives au projet du gazoduc Nigéria-Maroc ne pourront qu’intéresser les pays de l’Afrique de l’Ouest, dont la Mauritanie et le Sénégal. Compte tenu des relations économiques bilatérales avec ces pays, ainsi que les récentes découvertes de gisements pétrolier et gazier dans toute la région, le renforcement de la coopération devra aussi être positivement impacté par tout le projet. Après l’annonce du projet du gazoduc Algérie-Nigéria, en octobre dernier, le rôle joué par toute la région dans l’approvisionnement de l’Europe en gaz devra être renforcé.
Selon Abdelaziz Rabbah, ces deux projets «peuvent très bien être complémentaires, comme c’est le cas aujourd’hui pour le gazoduc Maghreb-Europe transitant par le Maroc et partant directement de l’Algérie vers l’Europe».
En attendant de connaître le sort du contrat du gazoduc Maghreb-Europe, le Maroc a fait le choix de la pro-activité. Quoi qu’il en soit, le Royaume a «déjà engagé la réflexion pour mettre en place le cadre institutionnel et organisationnel idoine pour gérer cette infrastructure qui deviendra dès 2021 la propriété du Maroc», avait déclaré M. Rabbah. De toutes les manières, le Maroc en sortira ainsi gagnant.

Nul ne peut le nier. Le secteur de l’énergie a été chamboulé depuis l’amorce de la Stratégie énergétique nationale en 2009. Celle-ci s’était fixé des orientations stratégiques, basées, entre autres, sur la montée de la part des énergies renouvelables, un mix-électrique optimisé, l’intégration régionale, l’équilibre entre productions et importations d’énergies et le développement de l’efficacité énergétique.
«La nouvelle stratégie énergétique nationale constitue une feuille de route qui vise à doter notre pays des moyens nécessaires pour assurer la disponibilité pérenne de l’énergie, préalable nécessaire à son développement durable», peut-on lire dans la lettre royale adressée aux Assises de l’énergie, tenues le 6 mars 2009 à Rabat. Les chiffres officiels les plus récents parlent d’eux-mêmes : le taux de dépendance énergétique a baissé de 97,5% en 2008 à 93,9% en 2017, malgré l’augmentation de la consommation énergétique de 14,8 Mtep en 2008 à 20,8 Mtep en 2017 (+4,7 par an).
De même, la part des produits pétroliers dans la consommation énergétique a baissé de 60% à 55,5% durant la même période. Celle du charbon a quasiment stagné en restant autour de 25%. S’agissant de la part des énergies renouvelables dans le mix-électrique, celle-ci a évolué de 25% en 2008 à 35% à fin 2017, sachant que les chantiers en cours permettront de dépasser l’objectif de 42% fixé à l’horizon 2020. En clair, la transition énergétique n’est pas qu’un slogan, mais une réalité. Au-delà des évolutions chiffrées, le paysage institutionnel a connu des changements majeurs. Du côté des acteurs privés, plusieurs mastodontes de l’énergie se sont implantés au Maroc pour répondre à la pluie d’appels d’offres, lancés dans le cadre des différents projets, en l’occurrence ceux des énergies renouvelables. Des opérateurs nationaux et internationaux de taille moyenne y ont également trouvé leur compte. La formation et la recherche se sont aussi développées avec l’émergence de nouveaux instituts. Parmi eux, il y a lieu de citer l’Institut de recherche en énergie solaire et en énergies nouvelles (IRESEN) qui a investi 400 millions de DH entre 2011 et 2017, en créant 12 laboratoires et en encadrant 540 chercheurs.

Le tracé du gazoduc Nigéria-Maroc devrait traverser 12 pays et servir 300 millions de consommateurs potentiels, pour un budget de 20 milliards de dollars. L’un de ses objectifs essentiels est d’accélérer l’électrification de la région de l’Afrique de l’Ouest. Après la conclusion de la première phase, la deuxième phase devra aboutir à la décision finale d’investissement.