Agriculture biologique : un nouveau palier franchi

D’après les estimations de la Fimabio, la production atteint 94 500 tonnes en 2018, pour une superficie de 9850 ha. Des fermes pilotes seront créées dans chaque région. La production sera, elle, commercialisée dans une chaîne de supermarchés au niveau national. La transformation reste le cheval de bataille de la filière.

La filière de l’agriculture biologique s’organise. Selon la Fédération interprofessionnelle du bio au Maroc (Fimabio), la production a atteint 94500 tonnes composées en grande partie de produits maraîchers, dont 16000 tonnes exportées, sur une superficie exploitée de 9 850 ha en hausse de 16% par rapport à 2017. Ces performances demeurent certes éloignées des objectifs du contrat programme de 2020 arrêtés à 400000 tonnes de production dont 60000 t à l’export, et 40000 ha de superficie, mais le nouveau bureau de la Fimabio (Fédération interprofessionnelle du bio au Maroc), présidé par Aboulkacem Abdelhamid, prépare déjà une nouvelle feuille de route qui sera présentée probablement au SIAM (salon où la filière bio bénéficiera d’un stand de 700 m2) ou au plus tard en 2020. En attendant, la Fimabio (qui regroupe les associations Anaprobio des producteurs, Valbio pour la valorisation et AnadexBio pour la distribution et l’exportation) essaie de trouver des circuits de distribution de proximité pour la filière. «Le contrat programme signé par le ministère avait prévu un budget de formation destiné à former et à sensibiliser les agriculteurs à investir dans la filière bio. Mais les canaux de distribution n’ont pas été cernés dès le début. Aujourd’hui, nous avons changé d’approche. Nous ciblons d’abord l’ouverture de circuits de commercialisation avant d’encourager à la conversion d’autant plus que le Maroc bénéficie d’un grand potentiel de consommation dans le marché intérieur», déclare Aboulkacem Abdelhamid. D’ailleurs, un grand projet de développement du marché local à travers la création de fermes pilotes dans chaque région se prépare à la Fimabio. «L’idée est de créer dans chaque moyenne ou grande ville une série de 3 à 5 petites fermes bio qui bénéficient de contrôle de la qualité de la production et du processus», explique le président de la fédération.

Transport spécifique

En outre, la Fimabio a signé une convention avec une chaîne de supermarchés (dont le nom sera dévoilé lors du SIAM) qui consacrera dans ses magasins un espace aux produits frais issus de l’agriculture biologique. Autre problème qui sera résolu : une flotte de véhicules sera dédiée à l’acheminement vers les marchés de proximité. Pour le président de la Fimabio, les camions qui approvisionnent habituellement le marché casablancais à partir d’Agadir, en passant par Marrakech, peuvent transporter la production issue de l’agriculture biologique à condition de séparer les produits bio des produits non bio dans les stations d’emballage. En amont, la production doit répondre à la demande croissante du marché. Pour ce faire, il est nécessaire de certifier les terres, former les agriculteurs, importer des semences bio, surveiller les intrants, mieux commercialiser la production et organiser le marché.

Le label Bio Maroc indispensable pour la commercialisation

L’arsenal juridique est prêt. Les décrets d’application de la loi 39-12 relative à la production biologique des produits agricoles ont été publiés au Bulletin officiel. Et depuis le 6 septembre 2018, il existe un label bio marocain. «Pour le moment, la certification européenne est encore valable au Maroc. Mais les agriculteurs qui souhaitent commercialiser leurs produits au Maroc doivent absolument obtenir le label Bio Maroc. Cela coûte 10000 DH/an en plus des frais de dossier, sans omettre un coût supplémentaire de 500 à 1500 DH/ha/an selon un barème dégressif. Les mêmes cabinets qui certifient pour le label européen Ecocert peuvent fournir la certification label Bio Maroc», déclare M.Aboulkacem.
En dehors de la certification, la transformation reste le cheval de bataille de la filière. «Il faut que les petits agriculteurs se regroupent dans des coopératives. Dans ce cadre, nous avons initié un projet intégré dans la région de Benslimane avec la Chambre d’agriculture. L’objectif est d’aider les agriculteurs à créer une coopérative et investir dans la transformation à travers l’achat de machines, moulins et emballages…», explique le président de la fédération. Avec tous ces efforts, la filière biologique connaîtra certainement de grandes évolutions dans les trois prochaines années.

Créée en 2013 par Tarik Benaissa, la Ferme biozemmour n’a commencé sa production qu’en 2016. Etalée sur 6 à 7 hectares dans la région d’Azemmour (à 45 min de Casablanca), la ferme produit des produits maraîchers et de plantes herbacées sur environ 25% de sa superficie. Le reste est dédié à la production d’orge, de céréales, de maïs et de blé. «Nous avons également des animaux qui vivent à l’air libre sur une superficie de 1,3 ha et profitent d’une surface de 1000 à 1500 m2/vache. Trois personnes travaillent à plein temps. Une quatrième nous rejoindra prochainement», déclare M. Benaissa. La ferme commercialise 83 paniers par semaine et livre ses clients mercredi et samedi dans des points de chute à Casablanca. D’autres viennent directement à la ferme le dimanche. La composition du panier de 12 à 13 Kg vendu entre 200 et 220 DH diffère d’une semaine à l’autre et d’une saison à l’autre. «Nous incorporons céréales et farines bio aux fruits et légumes. Dans 2 à 3 mois, la ferme pourra aussi commercialiser des œufs bio», confie Tarik Benaissa.
Biozemmour ne dispose pas encore de label Ecocert européen ni de label Bio Maroc, mais dit travailler à la confiance. «Aucun engrais chimique ni fumier conventionné n’est autorisé dans notre ferme. Nous achetons les semences paysannes de France et collectons nous-mêmes les insectes. Notre philosophie est tournée vers la permaculture», dit le propriétaire de la ferme. L’objectif de ce jeune agriculteur est de développer la culture céréalière sur 4 à 5 ha pour nourrir ses animaux et obtenir ainsi de la très bonne viande bovine mais aussi proposer plus de céréales à ses clients. La clientèle de Biozemmour est, elle, triée sur le volet. «Le client doit connaître notre démarche et accepter de consommer des produits de saison même s’ils ne collent pas avec la liste pré-établie. Certaines productions peuvent ne pas réussir à cause de la présence de champignons ou d’insectes nocifs. Elles seront remplacées par d’autres», explique-t-il. Le projet qui génère un chiffre d’affaires de 800000 DH par an a nécessité 4 ans pour être viable. M. Benaissa préfère maintenir la taille de la ferme et privilégier une montée en surface pour certaines cultures. «A travers notre démarche, nous respectons l’humain, la nature et les animaux. Nos prix sont équitables et rémunèrent l’effort fourni mais s’adaptent également au pouvoir d’achat du consommateur», résume M. Benaissa.