«Une femme nommée Rachid» gagne le prix Sofitel

La militante Fatna Bouih a décroché le prix littéraire du Sofitel, dans sa quatrième édition, grâce à son roman «Une femme nommée Rachid».

Lors d’une cérémonie organisée le 17 mars, le jury de la quatrième édition du prix Sofitel pour la littérature féminine a désigné la militante et activiste associative Fatna Bouih comme gagnante, parmi les neuf romancières en lice. Son roman Une femme nommée Rachid, publié en 2002, vient d’être réédité en version poche par les Editions Le Fennec. L’œuvre, très personnelle, s’inscrit dans l’esprit témoignage des années de plomb.

Le jury, présidé par les célèbres auteurs Tahar Benjelloun et Catherine Enjolet, était composé de plusieurs personnalités littéraires de renommée internationale et nationale telles que Driss Jaydane, Emmanuelle De Boysson, Mazarine Pingeot, Betty Mialet et Olivier Weber. Un deuxième prix a été décerné à Maï Do Hamisultane pour son roman Santo Sospir.

Qui est donc Rachid ?

Originaire de la commune de Ben Ahmed, mère de deux filles et enseignante au secondaire, Fatna Bouih a publié son livre Une femme nommée Rachid pour raconter son périple depuis son enlèvement, sa torture et son emprisonnement durant cinq longues années. Dans le bagne, même sa féminité lui est refusée : «On me donne un numéro et un nom : ‘‘Maintenant tu t’appelleras Rachid… Ne bouge pas, ne parle pas, sauf si tu entends ton nom. Rachid’’. C’est le début de la dépersonnalisation : enlèvement, séquestration arbitraire, et maintenant la négation de ma féminité».

Pourtant, Fatna s’est accrochée à l’espoir d’une délivrance avec la conviction de ceux qui ont raison. Regarder son bourreau dans les yeux ne l’effrayait guère. «La première fois où mes yeux ont rencontré ceux de mon tortionnaire, je savais que c’était lui le perdant», disait-elle.

Une fois dehors, Fatna Bouih a rassemblé ses bris de femme et a tenté de se reconstruire. Elle a professé l’enseignement et a pu donner vie à deux filles. Le livre quant à lui a attendu vingt ans dans l’ombre avant sa publication. Par peur de représailles mais également par pudeur, Fatna a pris le temps de choisir l’édition qui puisse l’accompagner dans cette aventure.

En 2008, son histoire fait l’objet d’un film documentaire réalisé par Rachid Kasmi. Un film de 30 minutes pour rendre hommage à son vécu et réconcilier son passé militant politique avec un présent d’activiste associative. Le prix Sofitel est, quant à lui, une reconnaissance supplémentaire pour célébrer le talent de l’écrivain, en sus du passé honorable de Fatna Bouih.