Nabyla Maan : «les chemins les plus difficiles donnent des œuvres qui résistent au temps»

Rare et précieuse, la voix de Nabyla Maan ne s’élève que pour charmer et séduire. Son dernier travail a transformé un chant andalou traditionnel en une messe chorale classique et classieuse. Elle nous parle de sa chanson «Ahin ya Sultani».

Racontez-nous l’histoire du choix de cette chanson…
A la base je travaillais sur des compositions Tarik (ndlr: son mari) et moi, j’avais pris sa guitare et je me suis mise à chantonner «Ahin Ya Sultani» qui est un thème traditionnel andalou sur des accords de guitare. Ça nous a vite séduits et Tarik s’est mis à l’arranger.

Comment s’est fait l’arrangement du morceau et quelles sont les influences qui vous ont nourrie et qui s’y sont exprimées ?
Cette fois les influences s’orientent plus vers la musique classique. Cette chanson inspire un amour grandiose, cela s’est traduit par une orchestration de large envergure. Le quatuor à corde a rajouté cette touche céleste, céleste tel un amour pur qui transcende nos âmes. Et puis à la fin, ce chant polyphonique qui nous met dans un tourbillon d’émotions un concentré d’amour et de passion.

Qu’est-ce qui vous a inspiré la collaboration avec Les Voix du Chœur ?
Les Voix du Chœur est une chorale que nous connaissons bien Tarik et moi. Ils ont un parcours très riche et intéressant et possèdent une énergie assez particulière. Tarik avait décidé d’arranger la chanson avec un climax à la fin. Le relief de ce climax allait être assuré par le jeu de la batterie qui est intense vers la fin. Une fois la maquette finalisée, l’idée de la chorale est apparue plus qu’évidente. Tarik avait donc proposé aux Voix du Chœur cette collaboration. Ils ont fait preuve d’un sens artistique particulier pendant toute la période de la production de la chanson.

Le clip de la chanson a été réalisé par Reda Lahmouid, un jeune nom dans la profession. Parlez-nous de votre collaboration…
Reda nous avait proposé de nous faire un clip. Quand il avait écouté la chanson, nous avions senti qu’il avait bien assimilé son esthétique et il nous avait proposé des idées à la fois simples et brillantes. Du coup, nous avions décidé de le faire ensemble. Après, c’était un long travail pour ficeler toute la conception. Sa touche est bien particulière et c’était un réel plaisir de collaborer avec lui.

L’arrangement a transformé le chant traditionnel andalou en un morceau résolument moderne. Les paroles sont belles et intelligibles. Avez-vous l’aspiration de séduire le monde arabe ?
Mon aspiration est de séduire le monde tout court. Mais ce n’est pas aussi facile que cela puisse paraître. Chaque projet musical m’ouvre des portes et permet à ma carrière de s’élargir géographiquement. Donc à chaque fois, c’est énormément de travail pour quelques pas en avant mais accompagné de passion on ne s’en lasse jamais. Le plaisir est toujours là et ça me réjouit.

Plusieurs jeunes artistes tentent çà et là de moderniser la musique andalouse, avec plus ou moins de succès. Que faut-il à votre avis pour que cette dynamique donne des fruits réels et pérennes ?
Je pense qu’il faut chercher l’originalité. Et souvent en musique, les chemins les plus longs, les plus difficiles donnent des œuvres qui durent dans le temps. Je pense que pour réinventer les musiques traditionnelles, il faut se démarquer à partir d’un concept qui soit homogène et équilibré. Tout cela nécessite beaucoup d’apprentissage et de recul par rapport à ce qu’on apprend. Je prends toujours l’exemple des poètes arabes classiques qui devaient apprendre un certain nombre de poèmes et les oublier avant de devenir poètes.