L’étrange affaire de Fouad Laroui

Absurdité, candeur et réalisme sont les atouts de «L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine», une Å“uvre hilarante à  souhait.

On a tous une histoire avec Fouad Laroui. Permettez-moi de vous raconter la mienne. Tout a commencé quand un ami m’a proposé de lire Méfiez-vous des parachutistes, convaincu de pouvoir me convertir à la littérature marocaine d’expression française. J’ai cru à une mauvaise blague jusqu’à ce que je croise la bête trônant dans une librairie tangéroise. Aux premiers abords, la créature est inoffensive, colorée et enjouée. Je l’embarque et la découvre sur une terrasse ensoleillée. Et tout de suite, un sourire, puis deux, puis trois. Et c’est ce à quoi invite Laroui : du soleil, des fous rires et de la bonne humeur ! Mais pas que. Rapidement, on découvre que sous la légèreté, l’homme décortique, au scalpel, les frasques de la société marocaine, sur un ton ironique à souhait, absurde comme jamais !

Un esprit vif, un regard simple, un sourire permanent et un sens de la critique hors du commun, voilà ce qui singularise l’auteur. Ajoutons-y un brin de formation d’ingénieur, une pincée doctorale qui sent bon l’économie, une once de poésie, une bonne douzaine de livres, et on se retrouve face à une figure emblématique de la littérature marocaine ! Un homme qui, à travers ses écrits, a su marier la pesanteur de l’art à la légèreté de l’être. Kundera s’y perdrait ! Venons-en à son dernier roman, cette étrange affaire du pantalon de Dassoukine, quelle histoire !

L’imbécile heureux, le berné candide

Comme à l’accoutumée, on retrouve des personnages charmants dans leur crédulité. C’est l’histoire de Dassoukine, missionnaire d’un jour, qui part, avec l’avenir de la nation sur ses (fines) épaules, ramener du blé de Bruxelles. Mais d’obscures circonstances lui escamotent son pantalon. Et comment se présenter chez les responsables, ô combien responsables, sans pantalon ! On peut décrire la situation comme burlesque, mais elle est formellement tragique ! Il y a aussi l’histoire d’une étonnante circulaire du ministère de l’éducation nationale qui imposerait la natation comme épreuve du baccalauréat inspirant les idées ingénieuses d’un ingénu à Ouarzazate qui crée la natation dans le sable ! Dressé devant nous, un mur de préjugés sur nos différences, sur lequel Laroui peint sans vergogne de grands graffitis bariolés d’un réalisme poignant. Simplement pour dire que nous sommes tous égaux. Dans l’absurde !