Le pari réussi de Timitar

Timitar 2014 n’a pas failli à  ses promesses. Tout en mettant à  l’honneur l’art et la culture amazighs, le festival a été le rendez-vous de musiques venues de l’autre bout de la planète.

Grande surprise pour les visiteurs d’Agadir, qui pensaient que les matchs tardifs du Mondial allaient retenir les gens chez eux : des milliers de spectateurs ont opté pour Timitar. Un choix qu’ils n’ont pas regretté car, contrairement à d’autres événements du genre, Timitar est un festival qui n’ignore pas son public. Sur toutes les places du festival, le menu principal se composait de rythmiques locales, portant sur scène des figures emblématiques de la chanson amazighe et des artistes novateurs fusionnant l’art ancestral aux sonorités de la world music. En accompagnement, des artistes marocains connus se sont partagé la fougue du public gadiri. Et en menu découverte, on aura goûté à la romance anglaise, à la passion argentine, à la paix africaine et à la mélancolie égyptienne.   

Imazighen en force

Les nouvelles figures de la musique amazighe ne font pas dans l’amateurisme. Bien engagé dans la défolklorisation du patrimoine, ils se plaisent à marier l’amazighité aux instrumentaux rock, folk et reggae. Le résultat ne déçoit pas.  
Vous connaissiez Ali Faiq dans ses belles prestations au sein du groupe Amarg Fusion. Depuis 2011, l’artiste s’est lancé dans la grande aventure de la carrière solo et s’est davantage ouvert à la World Music. Enchaînant les résidences artistiques et les collaborations au niveau international, Ali Faiq est en train d’investir son lourd capital, puisé dans la tradition des Rwayes, dans la scène mondiale. Les premiers dividendes se dégageaient déjà de sa prestation sur la scène de Timitar. Le public était en feu.

Sur la scène Bijaouane, Hicham Massine a rendu à sa ville natale tout ce qu’il lui devait. Le jeune Gadiri, imbibé de la musique de ses ancêtres, a rendu hommage au grand artiste Ammouri Mbarek qui l’a accompagné dans son album solo Inkraf, sorti en 2013.  
De son côté, Fuzz Anaruz a dévoilé son Atlas Celtic. Le dernier album de ce jeune groupe de Khemisset, primé au Tremplin Boulvard 2010, s’est fait un joli petit succès devant un public essentiellement jeune et avide d’ouverture.
Le Rif a également été représenté par Noumidia qui, depuis Al Hoceïma, a pour objectif d’épousseter la tradition musicale rifaine et la transcender suivant les standards internationaux.   
The Maghreb Star system et hommage posthume Douzi est un marteau-piqueur sur scène. Il n’y a pas de doute que l’écho du public scandant tous ses tubes lui procure les super pouvoirs d’un coach sportif en pleine cadence. Sa voix restait pourtant limpide, sa prestation charmante et son romantisme débordant pour le plaisir de ses fans.
Lorsque vous êtes dans le public et que vous avez droit à une vingtaine de versions du tube Enty, il est clair que vous vous impatientez autant que les autres de voir Saad Lamjared monter sur scène. Une apparition de star puisque les fans ont dû attendre très longtemps, non sans exaspération, mais tout de même avec beaucoup d’excitation.
Des cris, des hurlements et parfois des pleurs ont accompagné la prestation du fils de Elbachir Abdou et Nouzha Regragui. Un spectacle nouveau pour l’observateur de la scène marocaine.
Incroyable mièvrerie.  

Le jeune groupe algérien Babylone a fait un tabac en montant sur scène avec Zina. La belle a été vue plus de 25 millions de fois sur youtube et son succès a su traverser les frontières pour conquérir la scène maghrébine, réussissant, encore une fois, là où la politique échoue piteusement.  
Très vibrant hommage que celui rendu à l’âme d’Aziz Chamkh par Timitar. L’emblème de la chanson amazighe et leader de plusieurs groupes mythiques, dont l’irremplaçable Izenzaren, aurait été profondément touché par les témoignages d’amour et de respect des artistes et des personnalités présentes. Après un aperçu sur son glorieux parcours, ont été évoqués quelques entraves qui ont freiné son élan et les guerres intestines qui se sont opposées à la pérennité du groupe d’Izenzaren. Quoi qu’il en soit, l’équipe du festival Timitar a annoncé la prochaine production d’un album en hommage à feu Aziz Chamkh, portant le titre d’Argane d’omazigh. Un beau livre sera également dédié à la vie de l’artiste. Et pour couronner ce bel hommage, un concert a été organisé au théâtre de verdure avec le groupe Chamkh (frère du défunt) et d’autres artistes venus témoigner leur amitié.  

Quelques découvertes

Que vous soyez coincé entre deux concerts ou curieux de découvrir ce que c’est que l’électro-tango, vous ne pouvez que remercier la providence de vous livrer à l’envoûtement de ce fabuleux groupe venu des deux côtés du Rio de la plata. Les fans de Gotan Project, ancêtre du genre, ont été largement conquis par les solistes virtuoses de Bajofondo. Le reste du public a répondu présent en donnant l’aval, pour le grand plaisir du groupe.  Ceux qui, au Théâtre de verdure, ont assisté au concert de Maya Kamaty, sont rentrés avec des étoiles plein les yeux. La jolie jeune femme, bercée par les sons africains et indiens, a fait découvrir au public de Timitar les couleur de son île dans un langage et un imaginaire créoles. Afrobeat, Cumbia, Ethio-groove, Taranta, MPB, Electrotango, Neoklezmer, Blufunk, Latin Jazz et Oriental beats… C’est dans ces registres-là que jouent deux DJ venus de France. Le Mood du Mahmoud s’est incrusté entre les concerts pour métisser des genres et offrir à la jeunesse, fortement présente, une escapade vers des horizons nouveaux n fedwa misk