Khedmouni : quand le théâtre déglingue le chômage

La troupe 19h théâtre a présenté sa deuxième création originale, «Khedmouni», le 12 décembre dernier, au Studio des Arts Vivants de Casablanca. La nouvelle pièce jette la lumière sur l’emploi des jeunes et le chômage, dans une trame tragico-comique.

On les attendait avec impatience. Le public, qui se bousculait à la porte du Studio des Arts Vivants cette soirée du mercredi, était sûrement resté sur le souvenir allègre de la truculente pièce «Llah yeslah», première création originale de la troupe «19h théâtre». Cette fois-ci, il s’agissait de la première de la deuxième pièce signée Youssef Lahrichi, «Khedmouni : on m’a fait marcher», qui traite de la crise de l’emploi chez les jeunes. La mise en scène en a été assurée par Imane Hadi et l’auteur lui-même.

L’histoire concerne Azzeddine, un jeune homme au chômage, sans grande motivation, qui cumule les rejets avec passivité au grand désarroi de sa mère, sa fiancée et sa sœur handicapée, mais débrouillarde. Tout cela, sur fond d’histoire d’amour, parce qu’il faut bien de l’amour, pour continuer à croire à la vie… et au théâtre.

Le chômeur à la loupe

Ils n’y vont pas de main morte pour dépeindre le chômeur. Jeune licencié faiblard et peu volontaire, Azzeddine préfère se lamenter sur son sort, rester au lit ou traîner dans le café du coin, riche d’un argent de poche, grappillé chez la sœur. Quand il est acculé à affronter les employeurs potentiels, lors d’entretiens d’embauche, il ne comprend pas la consternation des recruteurs face à son faible niveau, préférant la prendre pour du rejet social et alimenter des théories de complot et des mythes de piston.
Stéréotype ? Non, puisqu’il ne s’agit que d’un cas unique, mais quand bien même il aurait concerné plusieurs personnages, il ne s’éloignerait pas beaucoup de la réalité. L’auteur a visiblement voulu trancher avec le discours victimaire de la jeunesse. Toutefois, même en faisant prendre ses responsabilités au chômeur, le système et le gouvernement ne sont pas, non plus, épargnés des piques justes et bien dosées de l’auteur.
Il est toujours difficile de s’imposer après un franc succès. Même demandé sur le ton le plus enthousiaste qui soit, la question de «l’après» sonne comme une menace.

Le challenge relevé

Pour rappel, «Llah Yeslah» avait été jouée à guichets fermés jusqu’en début d’année actuelle. Pour ne rien faciliter à la tâche, la pièce est une commande soumise par l’EFE, ONG qui accompagne les jeunes avec des programmes et formations d’insertion pour trouver un emploi durable. Tout artiste sait la difficulté et le stress qui jonchent le processus d’une création sur commande. Mais rassurez-vous: la troupe «19h théâtre» s’en est sortie haut la main, les félicitations du public en prime. On y retrouve la finesse dans le dialogue cher à Youssef Lahrichi, qui affectionne le jeu de mots et qui trouve visiblement du plaisir à en faire. Cela dit, l’histoire est dense en événements, en soubresauts et en profils complexes, rendant la trame narrative un peu moins fluide que «Llah yeslah» (on ne peut éviter la comparaison). Heureusement, rien n’est figé et les quelques petits couacs seront rattrapés en cours de mise en scène. On retiendra des scènes hilarantes, comme celle d’Azzedine dénonçant le chômage et le gouvernement sur Youtube : fou rire garanti. Pour une première, ce fut une belle prestation.