«Il faut signer des partenariats culturels avec les pays africains»

Le succès de Visa for music signe les prémices d’une nouvelle ère pour un marché musical en devenir dont la Maroc peut être leader grâce à ses récentes avancées en matière d’industrie musicale. Explications avec Brahim El Mazned, président fondateur de Visa for music.

Après trois éditions seulement, toutes réussies, peut-on parler d’évolution ?

Du côté de l’organisation, nous notons déjà l’évolution en nombre des candidatures. Nous en étions à un peu plus de 300 candidatures la première édition, un peu plus de 500 la deuxième édition et nous sommes à un peu plus de 800 cette année. Durant les quatre jours, 47 concerts et showcases de qualité ont attiré beaucoup de monde. Visa fort music continue à permettre les rencontres entre professionnels qui sont précieuses pour les différents acteurs. Je tiens à préciser que nous recevons des professionnels de la musique et des journalistes qui viennent spontanément et à leurs propres charges, pour y assister.

Nous notons un engouement africain important pour cet événement.

Absolument. L’industrie musicale concerne des territoires en mutation en Afrique. Nous avons reçu beaucoup de délégations, notamment du Bénin, du Gabon, du Mali, d’Afrique du Sud, de la Gambie…  Ces délégations ont été reçues à Rabat pour suivre des formations et participer aux activités. Mais nous avons aussi des invités du monde entier: des Coréens, des Chiliens, des Brésiliens, des Vénézuéliens, des Européens et même une délégation américaine importante.

Peut-on parler aujourd’hui d’un marché musical africain?

Evidemment qu’il existe un marché africain, mais il se noie en grande partie dans l’informel. Et ce type de rencontres participe à l’en extraire, pour aller vers une réelle économie autour de l’industrie de la musique et de la culture de manière générale. L’informel arrange quand l’économie est présente, que les structures de l’industrie musicale sont en place et les circuits bien rodés. Autrement, il ne rend pas service. Aujourd’hui, il y a quelques démarches intéressantes au Cap Vert et en Afrique du Sud qu’il faut encourager.

Qu’en est-il du Maroc ?

Je pense sincèrement qu’aujourd’hui, entre le bureau d’export que nous mettons en place (Momex) et les différents appels à projets du ministère de la culture,  il y a de quoi faire évoluer les mentalités à la fois des artistes et l’ensemble des acteurs du secteur musical, pour aller vers une industrie musicale en bonne et due forme. Le Maroc mise aujourd’hui un million et demi d’euros sur le seul secteur de la musique. Il est considéré comme un exemple par les autres pays africains et a un rôle de leadership à jouer sur le continent.

Visa for music s’inscrit dans une logique Sud-Sud. Mais le Maroc ignore les artistes africains, comme les autres pays méconnaissent ses artistes…

En effet. La circulation des artistes entre les deux rives du Sahara reste très complexe, pour des raisons de coût aérien, de faiblesse ou d’absence de liens historiques et de méconnaissance des musiques et des cultures de part et d’autres. L’Afrique centrale connaît la musique de l’Afrique centrale, l’Afrique de l’ouest est consommatrice de sa propre musique, au Maroc nous écoutons la musique du Maghreb, etc. Il y a certes un peu de mixité qui se ressent dernièrement. Au Maroc, on commence à écouter quelques groupes du Nigéria  sur nos radios. Mais il y a un réel travail à faire là-dessus.

Qu’est-ce qui pourrait changer cela ?

Par exemple, le Maroc est actuellement en train de signer un nombre important de partenariats économiques avec différents pays africains. A mon avis, le partenariat doit aussi se faire par le biais de la culture, parce que ça permet aux deux communautés de se connaître mutuellement. Ce qui rend service à l’économie, mais permet également  de la consolider via le développement d’une industrie culturelle».