FIFM : un retour en force

Le Festival International du film de Marrakech arrive à sa fin samedi 8 décembre, soirée d’annonce des grands prix du festival. La 17e édition a été riche en émotions, en découvertes et en rencontres.

Il a fait étrangement beau en cette première semaine de décembre à Marrakech. Un ciel clair, un soleil éclatant et une température arrivant jusqu’à 27°, mais la magie était ailleurs. Plus exactement dans les alentours du Palais des congrès, où se tient la 17e édition du Festival international du film de Marrakech. L’évènement phare du 7e art, au Maroc, est revenu en grande pompe, après une année de pause, pour réflexion et restructuration. Après plusieurs changements apportés au fonctionnement et à l’organisation du festival, le public a eu droit à un retour en force, avec de nouveaux rendez-vous, de nouvelles sélections, mais surtout des rencontres avec des stars mondiales du 7e art, réunis à l’occasion d’hommages, de conversations publiques et de projections diverses. Les différentes salles et scènes de projection ont été comble: preuve, s’il en faut, de la satisfaction et la gratitude du grand public pour ce retour triomphant.

Des films et des merveilles

Côté sélection officielle, le FIFM a maintenu son positionnement en tant que plateforme de compétition de jeunes réalisateurs. Il s’est agi, comme d’habitude, de premiers et de deuxièmes films prometteurs triés sur le volet par la nouvelle direction artistique. Ce choix éditorial a, d’ailleurs, été salué par Martin Scorcese qui a complimenté le festival sur la lumière qu’il met sur une jeune génération douée et encore peu connue.
Dans la sélection 2018, l’humain a été profondément sondé. A travers des sujets divers, d’actualité ou intemporels, les films ont mis à nu l’universalité des préoccupations, des problèmes et des émotions humaines. Dès le début du festival, le ton a été donné par le film The good girls, de la réalisatrice mexicaine Alejandra Marquez Abella, qui a été en compétition à la dernière édition du Festival de Toronto et qui traite la thématique de déclassement social, à travers l’histoire d’une famille qui perd ses richesses et privilèges lors de la crise des années 80. Joy a, quant à lui, mis des images à la fois cruelles et pudiques sur la réalité de l’exploitation de prostituées nigérianes en Autriche, situation qui rappelle douloureusement celle de certaines Marocaines en pays du Golfe. Dans l’histoire de Diane, une mère Teresa au dévouement angélique, l’on retrouve la trace du sentiment de culpabilité qui peut miner l’être au point de la condamner au sacrifice éternel. Dans le film tunisien Look at me, on regarde un homme s’escrimer à devenir le père, en assumant la responsabilité qu’il a fui sept ans auparavant.
Mais le FIFM, c’est aussi plusieurs autres sélections, s’inscrivant dans des catégories diverses, habituelles ou nouvelles, telles que le 11e continent qui donne à voir des films faisant preuve d’inventivité et d’innovation, le panorama du cinéma marocain ou celui du jeune public. Dans les séances spéciales, At eternity’s Gate a fait l’ouverture du festival. Le biopic sur la vie et l’œuvre de Vincent Van Gogh, récompensé à la Mostra de Venise, a été l’un des temps forts du FIFM, puisque projeté en présence de son réalisateur, Julia Schnabel. Le public du FIFM a également eu droit à la projection de Green book, en présence du grand acteur Vigo Mortensen. Cette ode à l’amitié et à la fraternité, dans l’Amérique raciste des années 60, est de sortie en 2019 dans les salles françaises, pour dire le privilège des festivaliers du FIFM. La projection d’autres films, tels que le Lion d’or Roma ou la palme d’or Capharnaüm, hissent le festival aux rendez-vous cinématographiques d’exception de par le monde.

Rencontrer le mythe

Le plus beau dans le festival reste quand même ces moments privilégiés, où le public et les professionnels marocains rencontrent ces monstres sacrés du cinéma mondial. Dans un pays à la tradition cinématographique assez récente et relativement modeste, mais également en l’absence d’industrie réelle et de pénurie des salles de projection, quelle serait la chance de croiser une Monica Bellucci, un Laurence Fishburne, un Gabriel Garcia Bernal ou un Robert Pattinson ? Mais encore mieux: entendre Martin Scorcese dire sincèrement son amour pour le Maroc et son bonheur pour le retour du festival ? C’est avec une fraîcheur et un entrain incroyable que le grand cinéaste s’est prêté à la conversation face à un Faouzi Bensaidi et une Laila Marrakchi, totalement émus. Devant une salle archi comble de stars, internationales et nationales, de professionnels et de cinéphiles, Scrocese s’est raconté depuis son enfance, jusqu’à aujourd’hui en décrivant ce qui a forgé son parcours et son nom, tout en réfléchissant à voix haute sur le futur du septième art, à l’aune de la nouvelle ère technologique.
La 17e édition du FIFM nous a également offert un moment exceptionnel de bonheur, lors de l’hommage d’un monstre du cinéma américain. On a pu voir, de très près, un Robert de Niro ému et émouvant, qui s’est éternisé sur le tapis rouge pour signer des autographes, prendre des selfies et même se laisser étreindre par des jeunes fans impressionnés. Ses mots engagés en faveur d’un cinéma ouvert sur le monde et d’une culture qui annihile les différences resteront gravés dans les esprits. Mais en dehors des rencontres et des activités officielles, il serait injuste et incomplet de ne pas transmettre cet aspect magique du FIFM qui rend possible un bref échange personnel du réalisateur oscarisé Guillermo Del Toro avec des élèves de l’ESAV, un selfie de Dakota Johnson avec des jeunes femmes voilées, ou celui du membre du jury Daniel Bruhl avec des touristes chinois. Et tout cela dans une ambiance paisible et chaleureuse qui répond sans mots superflus à la question «pourquoi l’art et la culture ?», dans un monde soulevé çà et là de tensions et de turbulences. Et pour cela et bien d’autres raisons, merci au FIFM.