Eneko Landaburu : « Nous voulons montrer des films de réalisateurs dotés d’un vrai univers personnel »

Du 4 au 14 mars, les Semaines du film européen reviennent à  Casablanca et Rabat, avec une programmation alléchante. Au menu, des comédies bondissantes et des sujets qui interpellent, comme l’adolescence, la famille et l’histoire.

Le thème de l’édition 2012 avait été l’Amour. Quel sera celui de 2013 ? Votre communiqué semble indiquer que l’humour et la dérision seront fortement présents.

Effectivement, il y a plusieurs comédies au programme, mais l’humour n’est pas un trait qui relie tous les films. Il y a aussi des drames dans cette sélection. Cependant, il faut reconnaître qu’après la sélection 2012, qui était très sérieuse et plutôt centrée autour de mélodrames, nous avions envie de plus de légèreté. C’est pourquoi nous avons privilégié certains films pour leurs aspects comiques. Après, il y a certains thèmes qui sous-tendent cette sélection 2013. L’adolescence et ses déchaînements sont au cœur de plusieurs films : Camille redouble, The we and the I et Avé s’intéressent de près à cet âge de construction. La figure paternelle est au centre de Reality et Pour lui et de façon plus diffuse dans La fée. Enfin, il s’agit de revisiter l’histoire à travers El Gusto et de façon plus contemporaine aussi avec Essential killing. Donc, pour résumer, on pourrait dire que l’adolescence, la famille et l’histoire sont des thèmes récurrents dans les films présentés cette année.

Pouvez-vous nous présenter les grandes lignes de la programmation 2013 ?

Il s’agit toujours de présenter huit films d’auteurs européens de huit pays différents. L’accent est mis sur la qualité et l’exigence. Le rire est omniprésent cette fois-ci avec 4 comédies au programme. Nous avions présenté dans le passé les précédents films de Matteo Garrone et Andreas Dresen, respectivement Gomorra et 7ème ciel. Ils reviennent cette fois-ci avec deux films remarquables : Reality qui a permis à Matteo Garrone de décrocher de nouveau le grand prix lors de la dernière édition du Festival de Cannes et Pour lui, également primé à Cannes dans la section Un certain regard. Camille redouble de Noémie Lvovsky s’annonce comme l’un des films phares de cette sélection. Avec près de 900 000 spectateurs en France, des prix à Cannes et à Locarno ainsi que le chiffre record de 13 nominations aux Césars, cette comédie délicate et aussi parfois mélancolique sera un moment marquant de cette prochaine édition. Nous aurons le plaisir d’accueillir la réalisatrice irlando-algérienne, Safinez Bousbia, qui viendra présenter son très beau film documentaire musical El Gusto qui raconte l’histoire vraie de musiciens juifs et musulmans séparés par la guerre d’Algérie et que la volonté de fer de la réalisatrice / productrice amènera à se retrouver 50 ans plus tard. Cette édition est aussi l’occasion de retrouver le grand réalisateur polonais Jerzy Skolimowski (Deep end, Travail au noir) qui s’était fait rare au cinéma. Son dernier film Essential killing est un trip sensoriel, un film plastiquement superbe en même temps qu’une chasse à l’homme haletante. Du grand art ! Enfin, il y a quelques curiosités au programme : The we and the I de Michel Gondry se déroule entièrement dans un bus, concept aussi étonnant que réussi dans ce cas, Avé est un road-movie d’une grande douceur et la découverte certaine d’un nouveau cinéaste, et La fée qui rappelle l’univers de Jacques Tati ravira les amateurs du genre poético-burlesque.  

En 2012, le festival avait rencontré quelques soucis d’ordre technique car le cinéma Lynx de Casablanca n’avait pas encore entrepris sa transition numérique. Qu’en est-il cette année ?

Le souci est toujours le même puisque les salles dans lesquelles nous travaillons ne sont toujours pas équipées en technologie numérique, ce qui pose un vrai problème quant à la recherche de copies de films. Aujourd’hui, le 35 mm a disparu et les films ne sortent plus qu’en format DCP. Nous avons dû par exemple renoncer à montrer le dernier film de Pedro Almodovar, Les amants passagers, car il n’existe pas en 35 mm. On espère sincèrement que ce problème sera résolu très vite car l’avenir des semaines du film européen en dépend.

Vous avez été suivis, l’année dernière, par près de 12 000 spectateurs. L’audience est-elle en hausse au fil des années ? Pouvons-nous parler d’engouement pour les Semaines du film européen ? Combien de festivaliers attendez-vous cette année ?

L’audience a clairement fait un bond important à la fin des années 2000 et, depuis, les chiffres sont en constante augmentation. L’avènement des réseaux sociaux a permis de mieux communiquer autour du projet et de faire venir un nouveau public. Aujourd’hui, on peut dire que l’événement a un public fidèle qui ne cesse de grandir au fil du temps.

Quels objectifs se fixent ces semaines cinématographiques ? Élargir les horizons des cinéphiles, leur ouvrir de nouvelles perspectives ? Leur offrir autre chose que des blockbusters ?

L’objectif est de montrer des films de réalisateurs qui ont un vrai univers personnel et leur propre vision du monde. Il s’agit de montrer des films qui ne trouvent plus le chemin des salles au Maroc et de se différencier d’un cinéma plus commercial.