Art needs help

Amir Rouani est le jeune réalisateur de la fameuse série «L’couple» diffusée sur 2M Ramadan dernier. Vous le connaîtrez davantage via son engagement dans «Art needs help», un projet d’aide à  l’art qu’il espère transformer en mouvement.

D’où vous vient cette idée de «Art needs help» ?

Art needs help était, à l’origine, le titre d’un documentaire que je comptais réaliser au sujet de tous les gens qui font de l’art, mais qui l’ignorent. J’avais été ébahi par le fabuleux travail de ce petit artisan qui avait confectionné 300 sculptures pour une grosse production américaine. De petits chefs-d’œuvre qui vaudraient des millions s’ils étaient réalisés par un grand nom, exposés dans de grands musées. L’humilité de cet homme qui, au final, ne cherchait qu’à faire vivre sa famille, m’avait touchée. À partir de là, j’ai commencé à m’intéresser à des exemples similaires de gens doués, méconnus, parfois exploités, souvent inconscients de la valeur de ce qu’ils font. J’avais commencé ce documentaire quand je me suis rendu compte que cela pouvait représenter le travail d’une vie. En même temps, la perspective de réaliser un travail artistique sur le sujet ne me suffisait plus. Je voulais aider ces gens à se faire connaître, à cesser de se faire exploiter, un peu comme moi au début de ma carrière. J’ai alors développé le concept pour le rendre plus efficace.

Et quel en est le concept actuellement ?

Art needs help est une sorte d’appel à l’aide de tous ces artistes qui s’ignorent, de tous les artisans anonymes qui réalisent des chefs-d’œuvre à leur insu, tous ces talents enfouis dans des ateliers de fortune à confectionner des commandes fabuleuses dont les succès vont à d’autres. Concrètement, cela consiste en une plateforme, ouverte à toutes les contributions, regroupant les réalisations artistiques de gens méconnus, non professionnels de l’art ou habitués des circuits d’initiés. Chacun de nous pourra recueillir et partager les œuvres surprenantes d’un artisan, ou d’un amateur, en donnant accès à sa bio et à toutes ses coordonnées. Mon plus grand souhait c’est de convaincre le maximum de gens de s’engager dans cette voie de la découverte et de voir la mobilisation se transformer en mouvement qui dépasse mes propres aspirations. Je suis actuellement en train de communiquer dessus dans mon entourage direct. Je ne laisse pas tomber un projet.

Mais est-ce que tout artisan cache forcément un artiste ?

Non, évidemment que non. Mais il ne le saurait jamais s’il n’a pas la moindre possibilité de le découvrir. Je pense que nous allons être étonnés de la quantité de talents tapie là où on l’attend le moins. Il faut banaliser l’accès à l’art, l’accès au public de l’art. Il ne faut absolument pas craindre la profusion, car, dans une forte effervescence, seuls les plus méritants percent. Il s’agit avant tout de mérite.