« Amussu » : de chair et de dignité

De retour de Toronto, où il a figuré dans la sélection officielle du célèbre Hotdocs, «Amussu» sera présenté au public marocain dans le Fidadoc courant juin. Le documentaire, signé Nadir Bouhmouch, raconte la vie normale dans les villages de la commune d’Imider, sur fond d’une lutte citoyenne pacifique soutenue.

Il y a huit ans, la presse relatait des manifestations massives dans une commune rurale recluse. Les habitants d’Imider se plaignaient de l’exploitation minière voisine qui, non seulement ne leur rapportait aucun bénéfice, mais les privait de leurs ressources hydriques. Un mouvement citoyen pacifique s’est alors constitué, se donnant le nom de «Movement on Road’96», en référence à des sit-in antérieurs, pour les mêmes raisons.

Loin de l’information journalistique et des comptes de faits, «Amussu» nous raconte Imider d’aujourd’hui. Ses femmes, ses hommes, sa vie normale évoluant au rythme d’une mobilisation pacifique qui ne s’amoindrit pas.

Marche ou crève

Dans son film documentaire, Nadir Bouhmouch donne un visage et une voix aux villageois, de la profondeur à leur histoire et du volume à leurs espoirs. En ancrant dans la réalité leurs besoins, leurs manques et leurs souffrances, le réalisateur légitime les revendications socio-économiques et écologiques des habitants d’Imider.

Amussu (mouvement en amazigh) est une ode à la résistance. Acharnés, mais pacifiques, les manifestants d’Imider forcent l’admiration.
Dans leur ‘‘Agraw’’, ou assemblée générale, la parole est donnée aux petits et grands, expression ultime d’une démocratie intégrée. L’on est séduit par la multiplicité des canaux d’expression, dont le festival artistique qui traite autrement les diverses doléances de la population.

Beautés, vues, entendues

La présence des femmes est particulièrement remarquable. Elles sont au premier plan lors des discussions, des manifestations et de l’action politique. La scolarisation des filles semble clairement outiller la génération future pour un meilleur plaidoyer.

Dans ce film, au message politique et social, on ne peut passer à côté de la somptuosité des prises de vues. C’est même l’un des aspects qui captent l’attention dès le départ. On comprend aisément l’attachement des villageois à leur région à la beauté souveraine. Que ce soit le décor des amandiers, jetant des ombres ouatées sur des champs d’un vert électrique, ou les paysages désertiques, invitant à la méditation face à des panoramas dépouillés. Magnifique !
L’un des points forts du film, c’est sa poésie. Durant tout le long métrage, des chants poétiques rythment l’action, donnant du sens et du ton aux discours. En effet, c’est en écoutant les complaintes et doléances de ces poèmes que l’on retrouve cette émotion tapie sous le visage digne de la résistance. Cela rappelle que l’aïta a, de tout les temps, été une documentation politique et sociale de la vie quotidienne.

«Amussu» capte également des moments de légèreté, les rires des enfants, les chants de femmes ou d’hommes, des gestes de tendresse à l’égard des chiens, ces témoins fidèles de l’histoire de la région. Si la pauvreté de la région est bien visible, les 99 minutes du film ne font pas état de l’infortune. Loin même de tout misérabilisme, le documentaire rehausse l’espoir, la dignité et la joie, effet inéluctable de la survie.

A Lire aussi :   Nadir Bouhmouch : « Amussu est une production collective et participative qui n’implique aucune société de production »