All the world is stage : Quand le monde est tombé sur Marrakech

En marge de la COP22, une installation signée Mohamed El Baz orne le parvis de la gare ferroviaire de Marrakech. Réalisée avec le soutien du groupe OCP, dans le but de sensibiliser le public aux enjeux du développement durable, l’œuvre demeurera sur place durant les six prochains mois.

Votre train s’arrête à Marrakech. Vous traînez vos valises pour courir après un taxi ou… pour en fuir un. Peu importe. Prenez le temps de vous arrêter un instant devant cette installation monumentale qui se dresse sur le parvis de la gare. De jour comme de nuit, cette œuvre a de quoi vous interpeller, vous questionner et même vous émouvoir, pour peu que vous en cerniez les détails.

«All the world is a stage» est l’œuvre de l’artiste Mohamed El Baz. Il s’agit d’une installation imposante mettant en scène les cinq continents plantés au sol, comme s’ils étaient tombés du ciel, autour d’arbres photovoltaïques. Au bout de chaque mât de l’installation, un personnage vaque à une occupation donnée : un garçon qui prie, une fille qui marche, un homme qui danse, etc. «On peut les voir tels des vigiles, des lanceurs d’alerte, qui guident le regard vers l’ailleurs», explique Mohamed El Baz. De nuit, les bancs qui entourent les continents dégagent la lumière, «comme si c’était le public qui illuminait l’œuvre», ajoute l’artiste. Les frontières entre les pays servent également de sources vives de lumière ornementale.

Un artiste engagé

Lorsqu’il écrivait «Être moderne, c’est bricoler dans l’incurable», dans ses Syllogismes de l’amertume, Emil Cioran était loin d’imaginer que ses mots allaient se graver dans l’âme de Mohamed El Baz, ni que celui-ci allait faire de ces mots la devise de son œuvre. Soigner le mal-être contemporain est donc la mission de cet artiste qui porte en lui les inquiétudes de son  époque. Le climat n’en est-il pas une ? «L’art est un acte nihiliste pour soigner le monde malade de son environnement», dit-il lors de la conférence organisée dans l’espace de conférences du groupe OCP dans la zone verte de la COP22.

L’idée d’une telle installation germait depuis un moment dans l’esprit de Mohamed El Baz. Il s’agissait, dès le début de la réflexion, de  rassembler les gens autour de leurs préoccupations dans l’espace public. La difficulté de trouver les supports nécessaires limitait l’aboutissement de l’idée. Mais «lorsque j’ai appris que la COP22 allait avoir lieu au Maroc, j’ai décidé de réactiver ce projet. J’ai imaginé le monde tomber sur Marrakech, avec un espace entre les continents permettant symboliquement d’y circuler librement», explique Mohamed El Baz. Le soutien d’OCP, immédiatement obtenu, a accéléré la finition de l’œuvre qui était en parfaite harmonie avec les valeurs du groupe.

Une œuvre propre

«Le climat étant au cœur de l’événement, il était tout naturel de penser au solaire comme source d’énergie. Ensuite, la piste de la photosynthèse s’est peu à peu imposée», explique El Baz, d’où l’idée de l’arbre qui recueille la lumière le jour, pour nourrir l’installation la nuit. «J’aurais pu imaginer des silhouettes d’arbres plus réalistes. Mais je voulais garder un aspect industrialisé pour rendre hommage à la modernité d’une certaine façon. Car il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain», précise l’artiste.

Tous les éléments constituant l’installation ont été travaillés de la manière la plus écolo qui soit. L’installation elle-même devrait couler des jours heureux à l’Université de Benguérir où elle fera l’objet d’un développement de contenu virtuel. «C’est donc une installation propre», conclut l’artiste.

Pour le moment, l’œuvre est adoptée par le public. L’émotion de l’artiste grandit à chaque fois qu’il voit, autour de son œuvre, s’animer des familles et courir les enfants. «J’ai même observé des touristes asiatiques cherchant leur pays et s’étonnant de ne pas le trouver, avant de comprendre que les frontières dans ce monde là n’étaient pas réelles», confesse Mohamed El Baz. A méditer…