Vers un flottement du dirham ?

Le régime de change du dirham va-t-il connaître un nouveau mode de gestion ? La question est donc de savoir s’il serait souhaitable pour le Maroc d’envisager une plus grande flexibilité de son taux de change, c’est-à -dire de renoncer à  son rattachement à  un panier de devises afin d’assurer une plus grande continuité dans l’ajustement à  l’équilibre extérieur.

Le régime de change du dirham va-t-il connaître un nouveau mode de gestion ? La question est donc de savoir s’il serait souhaitable pour le Maroc d’envisager une plus grande flexibilité de son taux de change, c’est-à-dire de renoncer à son rattachement à un panier de devises afin d’assurer une plus grande continuité dans l’ajustement à l’équilibre extérieur. Un choix s’impose entre, d’une part, les coûts et les avantages du rattachement du dirham au panier, et, d’autre part, les coûts et les avantages d’une plus grande flexibilité de la monnaie nationale. En fait, il existe une très grande variété de régimes de change, qui se répartissent entre deux extrêmes : changes fixes et changes flexibles. Un régime de change fixe qui suppose la définition d’une parité de référence entre la  monnaie du pays considéré et une devise (ou un panier de devises), à laquelle la banque centrale s’engage à échanger sa monnaie. Lorsque le marché des changes est libéralisé, le respect de cet engagement lui impose d’intervenir sur le marché des changes dès que le taux de change s’éloigne de la parité établie. Lorsque le marché des changes est contrôlé, la monnaie est inconvertible, la parité est définie arbitrairement et soutenue artificiellement. Les régimes de change fixe peuvent donner lieu à des modifications exceptionnelles de la parité pour restaurer l’équilibre du solde courant. Des bandes de fluctuation peuvent être définies, étroites ou plus larges. 

Dans un régime de change flexible, à l’inverse, aucun engagement n’est pris au sujet du taux de change, qui flotte librement (flottement pur), en fonction de l’offre et de la demande sur le marché des changes. La politique monétaire retrouve alors son autonomie, mais la banque centrale abandonne le contrôle du taux de change nominal, qui est déterminé sur le marché des changes. Le flottement s’applique donc, en principe, à un marché des changes libéralisé, même si l’on peut imaginer un régime de flottement impur encadré par un contrôle des changes. Entre ces deux extrêmes, on trouve des régimes intermédiaires, qui se distinguent  selon les fluctuations que la banque centrale autorise autour de la parité de référence, et selon la fréquence des réalignements de cette parité. Les régimes intermédiaires peuvent prendre diverses formes. Celle d’un régime de parité glissante dans lequel le taux  de change est en principe fixe, mais la parité de référence est modifiée régulièrement selon des  paramètres prédéterminés ou de manière plus discrétionnaire afin de compenser partiellement au moins les écarts d’inflation  avec le pays d’ancrage. Ils peuvent aussi prendre la forme d’un régime de flottement administré dans lequel les taux de change sont flottants, mais des interventions ponctuelles et/ou coordonnées des banques centrales  informent les marchés sur la parité considérée comme souhaitable. Il s’agit d’un flottement  impur.

Le Maroc a opté pour une politique de taux de change fixe par rapport à un panier de devises. Cette option a permis de contribuer à l’établissement d’un cadre de stabilité macro-économique. L’établissement de taux de change fixes représentait en ce sens une stratégie appropriée pour combattre l’inflation qui constitue la  priorité de la banque centrale. Le régime de taux de change fixe a aussi créé un environnement favorable à la discipline budgétaire. Le système a, par ailleurs, facilité le commerce extérieur en réduisant les coûts de transaction et en limitant l’incertitude de change. Plus encore, l’ancrage nominal a  atténué les anticipations inflationnistes, et donc les taux d’intérêt.

Aujourd’hui, le Fonds monétaire international appelle à l’adoption d’un taux de change libre. Bank Al-Maghrib envisage d’introduire plus de flexibilité dans le régime afin d’assurer une plus grande continuité dans l’ajustement à l’équilibre extérieur. Les autorités monétaires nationales sont conscientes que le taux de change a un impact important sur la compétitivité prix : une dépréciation de la monnaie nationale aura ainsi un effet positif sur celle-ci. A l’inverse, cette même dépréciation rend les produits importés plus chers. Ainsi, un certain niveau de flexibilité du dirham serait souhaitable pour améliorer les conditions de l’insertion internationale de l’économie nationale. Par contre, un régime de taux flottant librement pour la monnaie nationale serait impraticable. Premièrement, étant donné les caractéristiques institutionnelles du marché des changes et la portée limitée des structures des marchés financiers, l’adoption du flottement du dirham s’accompagnerait de fluctuations erratiques à court terme du taux de change. Deuxièmement, les caractéristiques structurelles de la production, des échanges et des finances au Maroc indiquent qu’un régime de flottement libre risquerait de se traduire par de fortes fluctuations à court terme du taux de change du fait des variations saisonnières (agriculture) et périodiques (phosphates, tourisme, entrées des RME) qui influencent la production et les recettes des services et les transferts. Cela accroîtrait l’incertitude dans la destination des facteurs de production, ce qui pourrait compliquer la tâche des pouvoirs publics dans la gestion de la croissance. Troisièmement, dans le contexte de structures économiques et financières peu développées, l’instabilité des taux de change qui en découlerait amènerait les résidents à se désintéresser des instruments financiers nationaux et à se tourner vers l’étranger, ce qui découragerait la croissance des institutions dont la vocation est d’acheminer l’épargne des résidents vers les investissements nationaux. Le fait aussi qu’un pays ait un régime de change caractérisé par une instabilité de la valeur extérieure de sa monnaie risque de décourager les apports extérieurs de ressources productives. Ce qui va à l’encontre de la nécessité de mobiliser l’épargne intérieure et extérieure aux fins de développement.