Un peu plus d’équipements, SVP !

la seule vue des marches imposantes du tribunal de première instance incite plus d’une personne en situation de handicap à  renoncer à  venir plaider sa cause. Pour information, le seul tribunal casablancais à  posséder un (plutôt deux) ascenseur, est la Cour d’appel. et ce n’est pas pour le citoyen

En cette fin d’année, il semble utile de faire quelques remarques pratiques, en espérant que cela ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd, mais dans celle d’un décideur efficace. Les tribunaux au Maroc sont de forts beaux bâtiments en général ; certains, édifiés sous le Protectorat, sont des merveilles d’architecture urbaine, à l’instar du tribunal de première instance de Casablanca. Curieusement, celui de Rabat, construit à la même époque, est assez terne, ressemblant à un vague tribunal de province en France, comme si les Français avaient deviné en 1922 l’essor fulgurant que connaîtrait la Ville Blanche…. D’autres, plus récents, sont des chefs-d’œuvre de l’architecture marocaine, comme le tribunal de commerce. Mais si les bâtiments sont réussis, les équipements font défaut, à part une petite touche d’excentricité, propre à notre cité.
Certes, de temps en temps, on procède au ravalement des façades et on plante ici et là quelques arbres, mais sans plus. Prenons le tribunal de commerce, qui a coûté plusieurs milliards de centimes. Autant l’intérieur est soigné, autant cela fait désordre de constater que l’unique buvette prévue (une simple bâche en plastique tendue entre deux colonnes, à l’extérieur du tribunal) est censée recevoir tout le monde (magistrats, avocats, justiciables, experts, badauds). L’architecte devait être distrait, ou alors il avait oublié qu’un tribunal, c’est aussi un espace ouvert au public, qui fonctionne selon des règles précises. Ainsi, par exemple, toutes les audiences du matin sont censées commencer à 9h, et peuvent se prolonger jusqu’à 15 ou 16 heures. Il faut donc prévoir, outre la traditionnelle et immense salle des Pas perdus où déambulent les gens, des espaces de repos, de restauration pour accueillir correctement toutes ces foules qui se pressent dans les tribunaux. Alors qu’il est facile de constater, de visu, qu’un seul cabinet de toilettes pour deux mille personnes ne fait pas l’affaire !

Autre constat : dans les tribunaux marocains, des dizaines de marches d’escalier à avaler chaque jour (aussi bien pour les fonctionnaires que pour les avocats ou autres usagers des lieux): nul n’a l’air d’être au courant que quelqu’un a inventé «l’ascenseur» il y a quelques décennies, ni que la population comporte aussi en son sein des personnes à mobilité réduite, qui ont parfaitement le droit de défendre leurs intérêts dans les tribunaux : mais la seule vue des marches imposantes du tribunal de première instance incite plus d’une personne en situation de handicap à renoncer purement et simplement à venir plaider sa cause. Pour information, le seul tribunal casablancais à posséder un (plutôt deux) ascenseur est la Cour d’appel : mais cela s’explique aisément car le bureau du premier président est au quatrième étage, et ceux des magistrats, juges, conseillers et procureurs, un peu plus haut.

Plus bas, dans les halls, et les parties fonctionnelles (salles d’audience, couloirs, coursives), les concepteurs sont partis d’un constat simple : le Maroc est en Afrique, donc il fait chaud, la pluviométrie est faible et les grands froids assez rares. Sauf qu’entre-temps, et changements climatiques oblige, la donne a changé : résultat, des locaux où l’on gèle en hiver, mais qui deviennent étuves en été, dans des bâtiments largement ouverts avec de grandes esplanades exposées à tous les vents. Et question équipements de travail aussi beaucoup reste à faire: deux photocopieuses pour cinq mille avocats, une seule pour dix mille usagers !

Un tribunal est un lieu vivant qui se doit de disposer de certaines commodités élémentaires : le justiciable a besoin de téléphones publics pour communiquer (à part les portables); dans certains cas précis (comme lorsqu’on demande de payer une taxe judiciaire imprévue, au montant supérieur à celui qui est dans sa poche), un distributeur de billets de banque simplifierait la chose, en lui évitant de sortir du tribunal à la recherche d’espèces; pour tous les documents émis par le greffe, nul ne l’ignore, il faut des timbres : où en trouver à l’intérieur du tribunal? dans un kiosque prévu à cet effet ? Que nenni, mais dans la poche d’un fonctionnaire qui arrondit (bien) ses fins de mois en vendant  à 15 DH les timbres fiscaux de 10 DH, à 25 ceux de 20 DH, etc. ; et la demande est soutenue ! (je me suis toujours demandé qui choisissait ce fonctionnaire et qui l’autorisait à remplir ce rôle en plein tribunal et officiellement?). Ainsi donc va la vie, dans les tribunaux casablancais, comme un long fleuve tranquille !
Bonne et heureuse année aux fidèles lecteurs de La Vie éco, avec mes remerciements à tous les assidus de la chronique judiciaire.