Question de mots

En politique, en principe, parler, c’est dire, et l’on ne saurait s’exprimer sans mesure ou là¢cher la bride à  sa fantaisie verbale, car la parole est acte, comme disait le pragmaticien Austin, qui, lui, tenait les politiciens pour des moins que rien, c’est un point de vue.

En politique, en principe, parler, c’est dire, et l’on ne saurait s’exprimer sans mesure ou lâcher la bride à sa fantaisie verbale, car la parole est acte, comme disait le pragmaticien Austin, qui, lui, tenait les politiciens pour des moins que rien, c’est un point de vue. Il se trouve que ce sain principe n’est pas toujours applicable, particulièrement aux sociétés complexes, l’Egypte en fait partie, et l’on se crêpe le chignon pour nommer ce qui s’y est passé le mercredi 3 juillet. Les Frères musulmans crient au coup d’Etat militaire contre un président choisi par les urnes, leurs opposants se frottent les mains de voir leur ennemi juré, Morsi, renversé par un «coup d’Etat démocratique». Là ça se corse, du moins pour ma pomme, parce que j’ai toujours cru que «coup d’Etat» et «démocratie» se rejettent. Peut-être que Barack Obama viendra à ma rescousse ? Désillusion. Malin comme un président en exercice, il s’arrange toujours pour ne pas définir l’événement. Motif ? La loi interdit l’aide directe à un pays dont le chef d’Etat a été victime d’un coup d’Etat dans lequel l’armée aura joué un «rôle décisif». Or le Pentagone soutient l’armée égyptienne à hauteur de 13 milliards de dollars annuels. Et moi, je ne suis pas sorti de l’auberge.