Quand le vin est tiré… il faut le boire

Le vin est tiré, il faut le boire et mettre
entre les mains des juges tous les dossiers.
A commencer par celui des offices, ONDA en tête,
et des établissements financiers. Toute tentation
de s’en tenir aux Basri’s boys est vouée à l’échec.
Laâfoura est trop intelligent pour jouer
les boucs émissaires consentants.

Les procédures entamées contre certains cadors de l’ère Basri font jaser. Remarquons que malheureusement la présomption d’innocence et le secret de l’instruction sont de vains mots.
L’une des défenses les plus pernicieuses de Abderrazak Afilal vient de ceux-là mêmes qui réclamaient, il n’y a pas si longtemps, la purge et la vengeance comme gage de la volonté de changement du nouveau monarque.
L’argument, spécieux, voudrait que le régime, le Makhzen, ou je ne sais quoi, soit incapable d’entrer en conflit avec un «pilier du syndicalisme» et le parti de l’Istiqlal «sauveur de la monarchie».
Laissant mes convictions intimes au vestiaire, je pense que tous les accusés sont innocents jusqu’au jour de leur condamnation… Le détail des affaires en cours est sur la place publique. L’ensemble du dossier du projet d’habitat Hassan II a été publié du vivant du Roi Hassan II, sans que les personnes concernées pensent à ester en justice contre moi ou l’hebdo dont je dirigeais la Rédaction. Les présomptions sont sérieuses, les documents éloquents. Le système de rapine généralisé avait fini par devenir grossier, par ne plus s’entourer de la moindre des prudences. Et, apparemment, plus on était proche de Driss Basri, moins on avait de précautions à prendre.
J’ai longtemps défendu l’idée que la meilleure attitude politique était une sortie par le haut, une sorte de temps zéro. Tout simplement parce que l’étendue du mal était telle qu’elle éclaboussait l’ensemble du système. Gouverneurs, élus, banquiers, hommes d’affaires, architectes, experts-comptables, petits fonctionnaires…, toutes les couches de la société sont concernées.
Ce n’est pas cette approche qui a été adoptée, mais celle de laisser la justice faire. Elle est plus courageuse, mais elle implique une vraie prise de risque.
Le premier des griefs qui revient chez les jeunes des milieux populaires est l’«impunité». Ils sont horrifiés que les responsables du CIH soient relâchés, ou que x ou y ne soit pas inquiété. Ils serait aujourd’hui suicidaire de cantonner l’affaire Slimani-Laâfoura à Ouled Ziane, c’est toute la gestion de Casablanca durant les 30 années Basri qui est en cause. Laâfoura, qu’on dit en veine de confidences, en était un personnage-clé, mais pas l’unique «méchant».
Sans crier gare, la justice marocaine a jugé plus de 100 présidents de commune. Plusieurs ex-gouverneurs sont dans le collimateur. Les Marocains n’ignorent aucun détail sur les faits reprochés, et ils sont gravissimes.
La seule attitude politiquement correcte est de laisser la justice aller jusqu’au bout, toute intervention pour arrêter le processus est proprement subversive. Des personnes emblématiques tomberont. Cela ne fera que dévoiler encore plus les liens entre ex-opposition et pouvoir et la manière d’«intégrer» quelques ténors au système. Cela profitera aux discours populistes, mais juste un temps. Après, c’est la nouvelle ère qui y gagnera en crédibilité et en force de mobilisation.
Le procès de Abderrazak Afilal aura de toutes les façons lieu. Il a poursuivi Al Ahdath pour diffamation en cherchant à se limiter à l’affaire de la villa. Sa technique est ridicule puisqu’il arbore son titre foncier, qui n’a été confectionné qu’après la vente. Ceci libère El Brini et sa rédaction qui vont se spécialiser en «afilalerie» d’ici le procès. Les forces saines de l’Istiqlal s’en détacheront d’ici là.
Mais se limiter au trio Laâfoura- Slimani- Afilal serait en lui-même une injustice. A qui pourrait-on faire croire que, dans les autres villes du Maroc, l’intégrité régnait ? Le vin est tiré, il faut le boire et mettre entre les mains des juges tous les dossiers. A commencer par celui des offices, ONDA en tête, et des établissements financiers. Une autre paire de manches sera de récupérer l’argent ; mais punir les responsables sans récupérer les fonds ne contentera les masses qu’à moitié.
Toute tentation de s’en tenir aux Basri’s boys est vouée à l’échec. Laâfoura est trop intelligent pour jouer les boucs émissaires consentants.
Or, c’était le maître-d’œuvre du système. S’il ne dévoilait que le scandale des terres collectives, il y aurait de quoi remplir El Ader. Qu’ils plongent tous, dans le respect de la loi