Prêchi-prêcha sur les ondes

Signe des nouveaux temps ou retour du refoulé prêchi-prêcha, ou encore effet conjoint des deux, la tendance rampante d’une frange d’auditeurs à  détourner les plages « interactives » des radios en espaces de prédication.

Signe des nouveaux temps ou retour du refoulé prêchi-prêcha, ou encore effet conjoint des deux, la tendance rampante d’une frange d’auditeurs à détourner les plages «interactives» des radios en espaces de prédication. Outre l’évidence que ces actes sont déplacés en un média qui ne saurait avoir vocation à accueillir des moralisateurs, il est déplorable de constater que les prêcheurs peuvent débiter les pires inepties, propager les plus monstrueux délires, au nom d’un islam qu’ils ne connaissent que superficiellement, ils n’encourent aucun risque d’être contredits, dénoncés comme il se doit. Au Maroc, dès lors qu’on s’abrite derrière la religion musulmane, même pervertie, idéologisée, on a droit, quelle que soit l’ampleur des errements, à l’impunité. Récemment, une émission dédiée à la mémoire de Warda Al Jazaïria, arrachée à notre affection jeudi 17 mai, a été interrompue par un illuminé qui s’est mis à lancer une «fatwa» contre la musique, vouant ceux qui la servent aux flammes de l’enfer. Elle constitue une offense à Allah, un outrage aux préceptes coraniques et, par conséquent, devrait être prohibée dans un pays islamique, éructait-il. On se croyait revenus au XIIe siècle, lorsque Mehdi Ibn Toumert, le chef spirituel des Almohades, de retour d’Orient, arpentait les rues de Fès à la poursuite des musiciens, dont il brisait les instruments, tant il avait une pieuse horreur de la cadence. Al Mawsili, Zyriab, Ibn Baja, au secours !