Le verre est aussi à  moitié plein

La présence d’un film traitant d’un sujet aussi tabou que l’homosexualité parmi la sélection officielle du FNFT 2014 est la preuve que quelque chose est en train de bouger dans le champ institutionnel marocain. Car, et il est important de le souligner, le Festival national du film de Tanger n’est pas n’importe lequel des événements culturels. C’est une rencontre organisée par le CCM dont le président du conseil d’administration n’est autre que Mustapha Khalfi, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement.

Bien que glacial, surtout en ces jours où la pluie a enfin été de retour, ce nouvel arrondissement préfectoral casablancais présente un visage correct. Certes, on pourrait déplorer son atmosphère hall de gare mais, en comparaison avec la déliquescence des bureaux précédents, il serait mal venu de se plaindre. Cette amélioration, certes appréciable, de l’espace n’est cependant pas ce qu’il y a de plus important. Là où réside le vrai changement est dans la fluidité nouvelle des démarches administratives. Ainsi du renouvellement du passeport. Pour qui a connu ces temps, pas si lointains, où l’obtention du précieux sésame relevait du parcours du combattant, la rapidité avec laquelle celui-ci se fait désormais est déconcertante. Trois photos, un formulaire, un timbre et quelques photocopies et le tour est joué. En un tour de main, les papiers nécessaires sont réunis et, quelques jours à peine après le dépôt, le document peut être retiré. Un vrai miracle permis en partie par l’instauration de la CIN biométrique. Certes, cela signifie un fichage encore plus performant de nos personnes mais celui-ci l’étant déjà largement, ce plus ne change pas grand-chose à la donne. Fichés pour fichés, autant  en retirer quelques bienfaits. Et là, ce passeport que vous faites en un clin d’œil, cela vous donne vraiment le sentiment d’avoir changé d’ère. Du coup, même l’attitude des fonctionnaires travaillant dans les arrondissements préfectoraux en est impactée. Un extrait d’acte de naissance ? Vous tendez l’ancien au préposé installé de l’autre côté du guichet et, dans les minutes qui suivent, il vous en établit un nouveau. Magique non ? Pour le certificat de résidence, cela reste encore un peu (beaucoup) archaïque avec un moqaddem sur le retour duquel il faut se caler, mais bon, il ne faut pas trop demander sinon on ne va plus s’y retrouver du tout ! Tout cela pour dire que oui, quand on creuse un peu, des changements positifs sont à relever dans le paysage quotidien

Dans un tout autre domaine, culturel cette fois-ci, on peut là aussi démarrer l’année avec un satisfecit pour l’audace tout à fait surprenante de certains acteurs institutionnels. Je parle là des organisateurs du pourtant très officiel Festival national du film de Tanger. Ainsi, dans le cadre de la 15e édition de FNFT, ces derniers n’hésitent pas à rompre avec le politiquement correct, quitte à se mettre à dos tout ce que le Maroc compte de messieurs la vertu. La sélection officielle des 22 longs métrages en compétition à Tanger, à partir du 7 février prochain, compte en effet L’armée du salut, de Abdallah Taïa, écrivain devenu réalisateur en adaptant lui-même au grand écran son troisième roman qui raconte le parcours difficile d’un jeune homosexuel au Maroc. «J’espère que L’armée du salut aidera le Maroc à changer son regard sur les homosexuels», a déclaré Abdallah Taïa qui n’hésite pas à afficher son homosexualité et se présente comme un militant engagé de cette cause. Il n’est pas assuré qu’en dehors de sa projection lors du FNFT, L’armée du salut se retrouve sur les écrans marocains mais sa présence à Tanger est déjà, en soi, une petite révolution.

Réalisé en 2012, le film de Taïa a déjà engrangé ses premiers succès. Le plus important, et sans doute ce qui a dû décider les organisateurs du FNFT à le sélectionner, fut sa projection en 2013 lors de la 70e édition de la très prestigieuse Mostra de Venise. La présence d’un tel film parmi la sélection officielle du FNFT 2014 est la preuve que quelque chose est en train de bouger dans le champ institutionnel marocain. Car, et il est important de le souligner, le Festival national du film de Tanger n’est pas n’importe lequel des événements culturels. C’est une rencontre organisée par le Centre cinématographique marocain (CCM) dont le président du conseil d’administration n’est autre que Mustapha Khalfi, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement. L’an passé, ce dernier avait boudé la projection du film de Kamel Lachgar et rien ne dit qu’il n’en sera pas également de même cette année pour celui de Abdallah Taïa. Mais qu’un tel film sur un sujet aussi tabou que l’homosexualité soit sélectionné par un organe officiel, c’est là un pas à saluer. Au-delà de la problématique homosexuelle, le film de Taïa pose la question des libertés individuelles. Et il est heureux de constater qu’il est des acteurs dans le champ institutionnel qui, au nom de la création artistique, ont le courage de les défendre publiquement.