Le Maroc en quête de compétitivité

La compétitivité ne se décrète pas, elle se forge sur la base d’une coordination de l’action de tous les acteurs et d’un suivi de l’application effective, transparente et efficace des mesures et règlements décidés d’un commun accord

Aujourd’hui, de nombreux indicateurs statistiques décrivent une situation relativement sombre de la compétitivité de l’économie marocaine  : déficit extérieur, finances publiques en déséquilibre, marges des entreprises en baisse, hausse du chômage et pouvoir d’achat des Marocains en berne. Le Maroc est confronté à un réel impératif d’améliorer son positionnement dans le système de l’économie-monde. Un nouveau programme, la Banque Mondiale en appui à la compétitivité économique (PACE) est en cours. Il vise à améliorer les politiques publiques dans trois domaines : le climat de l’investissement, la politique commerciale et la gouvernance économique. Il fait suite au PACE I engagé il y a quelques mois sur les mêmes objectifs. Il s’ajoute aux actions d’autres bailleurs (UE, OCDE, BAD, BEI, USAID, GIZ..) impliqués, chacun sur un aspect ou un autre, dans le soutien à la compétitivité de l’économie nationale. Ces programmes, les mesures qu’ils préconisent sont-ils efficaces ? Sans doute. Ces dernières années, le Maroc a progressé notablement dans les réformes de l’environnement des affaires : en 2008, il se situait au 129e rang mondial ; aujourd’hui, il campe à la 72e  place. Un gain considérable grâce aux réformes engagées et au rôle joué par la Commission nationale de l’environnement des affaires. Mais l’impact réel de ces réformes reste insuffisant. Des faiblesses subsistent dans l’application effective des lois.  Le manque de coordination entre les organismes publics et le pouvoir discrétionnaire dans l’application des réglementations réduisent l’efficacité des politiques mises en œuvre.

Si l’économie nationale est bel et bien confrontée à un problème de compétitivité, le gouvernement fait face à des choix difficiles. Avec la priorité donnée au rétablissement des finances publiques, les marges d’amélioration de la compétitivité sont étroites : l’impératif du rééquilibrage des comptes publics limite le champ d’action politique. Dans l’absolu, il faudrait agir à la fois sur la compétitivité prix à court terme et la compétitivité hors prix à moyen terme.

Cependant, la difficulté à laquelle est confronté le Maroc tient à ce que le rétablissement des taux de marge des entreprises risque de se faire au détriment du pouvoir d’achat des ménages. Certes, les mauvaises performances de nos échanges s’expliquent en partie par la facture énergétique et le creusement du solde manufacturier. Mais, globalement, le commerce extérieur souffre de plusieurs maux : la spécialisation dans les premiers segments de la chaîne de valeur mondiale, le faible nombre d’entreprises qui exportent et une orientation géographique centrée sur l’Europe ; le Maroc profitant encore peu du dynamisme des autres régions mondiales.

Renforcer la compétitivité marocaine nécessite, au-delà de l’amélioration du climat des affaires, la mise en œuvre de réformes d’envergure : développement de l’économie de l’offre, avec, en particulier, l’ouverture des secteurs non soumis à la concurrence et le lancement de politiques ambitieuses de soutien à l’innovation; maîtriser le coût du travail et réformer le financement de la protection sociale; améliorer la compétitivité hors coût en misant sur la qualité et la qualification.

La compétitivité requiert l’existence d’un appareil de production diversifié. La composition du tissu productif, sa diversité deviennent ainsi des facteurs d’efficacité.

La dynamique de l’offre compétitive est également tributaire du maillage des activités à travers les synergies inter-branches, lesquelles dépendent de la convergence des politiques sectorielles. Elle suppose le positionnement des entreprises sur des créneaux porteurs, une gamme de produits suffisamment large, une qualité des produits qui attire la demande, des délais de livraison courts et une efficacité de la force commerciale. Si elle exige une organisation rationnelle de la sphère de la production, la compétitivité interpelle aussi les autres acteurs économiques : les institutions de l’Etat et son administration, les collectivités territoriales et les organisations professionnelles. Elle suppose la mise en œuvre d’un cadre permanent de concertation entre les partenaires socio-économiques ; elle nécessite des mécanismes de solidarité active garantissant la cohésion du tissu social.

La compétitivité-prix ne dépend pas uniquement du coût du travail (mais aussi pour une part importante du coût du capital et surtout de l’efficacité du travail) et la compétitivité extérieure ne dépend pas seulement de la compétitivité-prix. En fait, la compétitivité ne se mesure pas seulement à l’aune des prix relatifs, des différentiels de coût, d’inflation et de variations des taux de change ; elle est l’ensemble des interdépendances et des interactions réciproques d’un complexe de facteurs (capital humain, financement, innovation, infrastructures, efficacité de l’administration…). Elle est un tout indivisible, elle ne se décrète pas, elle se forge sur la base d’une coordination de l’action de tous les acteurs et d’un suivi de l’application effective, transparente et efficace des mesures et règlements décidés d’un commun accord. En ce sens, la compétitivité est une performance globale.