L’alibi de la productivité

A voir les bas salaires dans le privé et la réticence des patrons à  répondre favorablement aux revendications de revalorisation, on peut douter que les employés soient considérés comme de véritables partenaires dans l’entreprise.

L’argument souvent avancé pour justifier le refus d’augmenter les salaires, les plus bas en particulier, est la perte de compétitivité de l’industrie marocaine. Ce qui est très discutable. D’abord, si le SMIG au Maroc est le plus élevé en Afrique, le coût de la vie n’arrête pas d’augmenter. Un employé qui peine à joindre les deux bouts sera forcément peu productif. Ensuite, il y a d’autres gisements de gain de productivité que les chefs d’entreprises semblent vouloir ignorer: regroupement avec des entités concurrentes ou complémentaires, investissement technologique, R&D, optimisation des process organisationnels… Visiblement, la situation actuelle qui fait que les deux tiers de la richesse nationale va au capital et le reste au travail arrange les affaires des patrons. Mais jusqu’à quand ? Si les conflits sociaux s’aggravent, cela ne profiterait à personne. Et si le tissu économique continue d’accumuler les retards en termes d’évolution technologique et d’innovation, la perte de compétitivité serait inévitable même si on gelait les salaires !